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Faune, climat et vignes : le grand BOULEVERSEMENT en Bourgogne Dans la région, comme ailleurs, le climat et la main de l'homme perturbent la flore, la faune et notre vie quotidienne. Tour d'horizon.

Chapitre 1 : la vigne en pleine mutation ?

"Si on est sur un scénario “à la Trump”, il y aura trop d’aléas climatiques pour maintenir la vigne en France", Jean-Marc Touzard

Des vendanges plus précoces

Au fur et à mesure des années, les vignes et les vins vont être de plus en plus impactés par le réchauffement climatique. Mais un premier changement est déjà perceptible : la date des vendanges. « Sur la tendance générale, elles débutent de deux à trois semaines plus tôt qu’une trentaine d’années auparavant. Et dans les années à venir, les vendanges en août seront la norme », prévenait en août Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’Inra de Montpellier.

Des vignes plus vulnérables

Photo Darius JF

Le réchauffement des températures, c’est aussi le chaos météorologique, et l’apparition plus fréquente d’événements climatiques « extrêmes », même en France : tornades, gels, canicules… Des conditions qui peuvent détruire des vignobles plus vulnérables.

La chaleur peut aussi réduire les tannins et l’acidité, et donc changer le goût d’un vin.

Le goût pourrait changer

Le réchauffement climatique va également avoir des conséquences directes dans le verre ! La hausse des températures tire vers le haut les taux de sucre et donc les taux d’alcool. Exemple dans le Languedoc, où les breuvages sont passés de 11,5° d’alcool à 14,5° sur une trentaine d’années. La chaleur peut aussi réduire les tannins et l’acidité, et donc changer le goût d’un vin.

Des cépages anciens remis au goût du jour ?

Actuellement dans le monde, 12 cépages (sur les 1 100 variétés de raisin de cuve cultivées) occupent 45 % des vignobles de la planète, cabernet-sauvignon ou merlot en tête. Or, ces variétés sont sensibles à la chaleur. Dans une étude publiée début 2018, des chercheurs de l’Inra et de l’Université de Harvard (États-Unis) suggèrent d’exploiter d’autres raisins pour résister à la montée des températures. C’est l’objet d’expériences dans le Bordelais et des études menées par Jean-Marc Touzard à Montpellier. « On travaille sur des croisements entre des cépages classiques et des vignes sauvages. Mais l’une de nos pistes majeures, c’est la réintroduction de vieux cépages, abandonnés car trop tardifs auparavant », explique ce dernier. Et certaines appellations d’origine protégée acceptent désormais une part de ces cépages résistants comme la syrah.

Des vignes plus au nord

Bientôt des vignes en Belgique ? Photo Manuel Desbois

C’est peut-être la conséquence la plus spectaculaire du réchauffement climatique. Des pays et régions plus au nord (comme le Pas-de-Calais, la Belgique ou même le Danemark) vont pouvoir produire du vin. Mais pour Jean-Marc Touzard, « ce ne sera pas avant 2050, et ce sera sur des volumes de production plus marginaux. » Si les régions viticoles vont globalement rester les mêmes, les frontières des appellations pourraient évoluer. « Il n’est pas insensé de penser que ces zones engloberont des terrains et communes plus au nord et à des altitudes plus élevées », prédit le chercheur de l’Inra. Et même dans les appellations viticoles, les vignes pourraient se déplacer : « Parmi les solutions envisagées, il s’agirait de déplacer les plantes sur des coteaux moins exposés au soleil, ou situés plus en altitude. On envisage même de changer l’orientation des rangs. »

Réchauffement climatique et maladies de la vigne

Les abeilles victimes des pesticides et du frelon asiatique

Chapitre 2 : la faune victime du climat et de l'homme

La main de l'homme mais aussi l'évolution du climat ont perturbé la biodiversité sur nos territoires. Petit tour non exhaustif.

Menace sur les libellules

Photo Cezar Popescu/Creatives Commons
"En Bourgogne, 20 % des libellules sont menacées de disparition"

Alexandre Ruffoni, entomologiste et hydrobiologiste à la Société d’histoire naturelle d’Autun (SHNA) nous expliquait en août dernier que la libellule était menacée dans la région en partie à cause du réchauffement climatique. « La raréfaction des milieux aquatiques (notamment des mares), la baisse de la qualité des milieux aquatiques (empoissonnement, loisirs…), la pollution des milieux aquatiques comme terrestres et le réchauffement climatique (baisse des débits, évaporation, réchauffement…) font disparaître les libellules. En Bourgogne, 20 % d’entre elles sont menacées de disparition et environ vingt autres pourcents sont proches de l’être. Or, elles font partie des prédateurs importants dans certains écosystèmes aquatiques, mais aussi terrestres. »

Les guêpes et la canicule

De nombreuses guêpes ont été observées en 2018. Photo Philippe Trias

Ça ne vous aura pas échappé. Cette année, les guêpes étaient partout, même en surnombre. Une seule raison à cette prolifération : les températures extérieures. « Nous avons eu un hiver trop doux, suivi d’un printemps et d’un été très chauds. Les colonies n’ont pas été éradiquées durant la saison froide et se sont reproduites de plus belle depuis le mois de mai », nous expliquait an août Jérôme Mairet, autoentrepreneur dans les interventions contre les nuisibles à Aiserey.

Des espèces d’oiseaux disparaissent de nos campagnes

Photos Fabrice Croset et Lullington Heath

La ligue de protection des oiseaux (LPO) est formelle : il y a une disparition de nombreuses espèces d’oiseaux communs dans les campagnes. « On observe une simplification de notre biodiversité. Les espèces généralistes qui peuvent s’adapter à un plus grand panel de milieux s’en sortent mieux et leur population est en hausse. Cela veut dire que plus on avance, plus les milieux naturels se ressemblent. On tend vers quelque chose de beaucoup moins complexe », analysait pour nous en mars dernier Joseph Abel, directeur de la LPO de Côte-d’Or. Par exemple, en quinze ans, l’alouette lulu a perdu 66 % de ses effectifs. Le nombre de martinets noirs a également chuté de 78 %. Cet oiseau niche dans les trous des murs ou sous les toits. Il souffre donc de la rénovation des quartiers. Il souffre également de la disparition des insectes dont il se nourrit en permanence. À l’inverse, le milan noir, qui se nourrit de déchets organiques et qui fréquente les décharges, connaît, depuis quinze ans, une hausse de sa population de 240 %.

«La biodiversité mondiale va souffrir terriblement au cours de ce siècle, à moins que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir» expliquait, en mars, le Fonds mondial pour la nature.

Pyrales : l’invasion infernale

Photo Philippe Trias

Introduite accidentellement en France en 2008, la pyrale du buis s’est très rapidement multipliée à travers le territoire national, jusqu’à arriver en Côte-d’Or il y a trois ans. « L’année dernière, elle s’était arrêtée au sud de Beaune », nous expliquait en août dernier la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) de Bourgogne-Franche-Comté. « Cette année, elle s’est développée plus au nord, sur toutes les côtes dijonnaises. » Pour l’environnement, cet appétit a ses conséquences. Lorsqu’ils perdent leurs feuilles, les buissons de buis sont plus facilement inflammables. La destruction de leur feuillage conduit aussi à une perte de biodiversité en perturbant le nichage des oiseaux et favorise l’érosion, notait encore la Draaf.

Le frelon asiatique, redoutable colonisateur

Un nid de frelon asiatique détruit en 2017 à Chevigny-Saint-Sauveur.

Cela fait quatorze ans que le frelon asiatique – vespa velutina –, reconnaissable par sa couleur noire et ses pattes jaunes, se propage en France. En 2004, il a fait le voyage jusqu’en Europe par des poteries importées de Chine et livrées dans le Lot-et-Garonne. Cet insecte est un nuisible très invasif en raison de son mode de reproduction exponentielle et de ses besoins protéinés. Le frelon asiatique est particulièrement nocif pour la biodiversité. C’est un véritable prédateur pour les autres insectes, comme les mouches, les guêpes, mais aussi les abeilles avec lesquelles il nourrit les larves de sa colonie. Il est de fait destructeur de la diversité et menace la chaîne alimentaire autour de ses nids. Son invasion n’est pas près de s’arrêter : il a déjà colonisé d’autres pays européens : l'Espagne, le Portugal, ou encore la Belgique et l’Allemagne. D’autant qu’il est encore difficile de l’éradiquer. Les chercheurs planchent sur le sujet. En attendant, reste le bon vieux piège à l’aide d’une bouteille en plastique.

Les punaises diaboliques envahissent

La punaise diabolique, inoffensive pour l'homme, pas pour les cultures. Photo CC / HECTONICUS

Une couleur brune-grise, une taille de 17 mm, un corps en forme de bouclier... L'halyomorpha halys ressemble assez à sa cousine autochtone, mais il s'agit bien d'une espèce invasive. Elle est originaire d'Asie de l'Est, de Chine précisément. Depuis, elle a essaimé, transportée par l'humain. En 2007, elle a été signalée en Suisse. Sa première en Europe. Un spécimen a ensuite été signalé en Alsace, en 2012. Sa première dans notre pays. Et elle ne s'est pas arrêtée en si bon chemin... "Depuis la moitié du mois de septembre, nous sommes submergés d’appels et de signalements de la part d’habitants de presque tous les arrondissements de Paris et de nombreux départements en France, du nord au sud", explique dans Ouest France Romain Garrouste, chercheur au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) à Paris. Inoffensive pour l'homme, elle pose des problèmes dans les vergers et les champs. Pommes, poires, cerises, pêches, maïs... Là où les punaises asiatiques passent, rien ne repousse. Elles dévorent tout. Ou plus exactement elles piquent les fruits et se nourrissent de la sève des branches, entraînant des pourrissements en série.

L'année 2018 sera marquée par une sécheresse record

CHAPITRE 3 : UN ÉTÉ 2018 EXCEPTIONNEL

Orages violents, sécheresse intense, été caniculaire... L'année 2018 a été particulièrement remarquable au niveau du climat
À Lux, en Côte-d'Or, la Tille à sec

La sécheresse

Sécheresse des sols, sécheresse des nappes phréatiques. Voire les deux. Cet automne, presque partout en France, le sol a soif. Et ce n’est pas nouveau. Il a eu soif cet été. Mais aussi en 2017, ou encore en 2015. Et en 2003, évidemment. Actuellement, des restrictions d’eau ont été décidées, par les préfectures, dans 61 départements dont la Côte-d'Or. Et le manque d'eau, de plus en plus récurrent sous nos latitudes commence sérieusement à se faire ressentir...

"Actuellement, quelqu’un qui se promène dans les bois ne verra pas de champignons."

Cette sécheresse persistante pose en effet de sérieux problèmes aux passionnés de cueillette, comme Alain Gardiennet, président de la Société mycologique issoise (SMI). « Si le réchauffement climatique perdure, que va devenir la forêt dans 20 ans, dans 50 ans, dans 100 ans ? Difficile de répondre à cette question tant plusieurs acteurs ou facteurs entrent en jeu. Les sécheresses successives affaiblissent les arbres directement, mais aussi ses partenaires du sol, dont les champignons. Localement, il suffit d’aller à la combe Lavaux, à Gevrey-Chambertin, pour constater que les combes ont déjà changé de visage. Mais il est encore plus facile de noter l’absence des fructifications de champignons lors des traditionnelles saisons. Certaines espèces mycorhiziennes n’ont pas été vues depuis un bon nombre d’années, les différents inventaires tenus par les sociétés mycologiques en attestent. Le mycophage local ne le contredira pas : que sont devenues les pousses de girolles d’antan ? La communauté scientifique peut se pencher sur le problème, l’Homme et la nature vont devoir s’adapter. »

"On peut dire que c’est du jamais vu"

Situé le long de la Tille, au cœur d’une plaine céréalière, le village de Lux est très fortement éprouvé par la sécheresse. Renaud Lehmann, le maire de Lux, craint, avec les changements climatiques, que la situation se dégrade. Consterné, il précise : « Personnellement je n’avais vu ça depuis 1976, mais on peut dire que c’est du jamais vu, du fait que notre village a été inondé au début de cette année, en janvier. Au printemps, tout était redevenu normal. Mais depuis le mois de juillet, il n’y a plus une goutte d’eau qui circule dans la Tille. J’ai pensé que cela ne sera pas la dernière fois que l’on verra ça. Il va falloir trouver des parades ou des solutions ».

Pourquoi si peu de pluie ?

Photo Philippe Bruchot

"Un anticyclone récurrent et persistant est positionné au-dessus de l'Atlantique. Il fait barrage aux perturbations, qui contournent cet anticyclone" nous indiquait cette semaine MétéoNews. La Bourgogne entière se retrouve ainsi sans une goutte de pluie depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Alors que le mois de juillet, grâce aux orages (voir ci-dessous), avait été bien arrosé, les valeurs relevées depuis sont impressionnantes par leur faiblesse. A Dijon, en août, il n'est tombé que 21 mm contre 60 mm en moyenne. En septembre, c'est pire. 11 mm ont été relevés dans la capitale bourguignonne contre 35 mm en moyenne. Pour le mois en cours, 12 mm sont tombés le 6 octobre. Depuis, quasiment rien hormis la rosée du matin qui fait grimper le total à 16 mm. Etant donné qu'aucune goutte n'est prévue pour les dix prochains jours sur le département, on devrait être encore une fois loin de la moyenne pour ce mois qui se situe à 35 mm. "On a certes déjà connu des situations comme celles-là, mais ce qui change, c'est que cela devient de plus en plus récurrent. C'est une tendance de fond. Cela peut poser question en effet", nous précisait encore cette semaine MétéoNews. "Il y a un manque de dynamisme qui fait que l'anticyclone est paresseux, il n'est pas bousculé. Pour tenter d'expliquer cela, deux hypothèses. La première serait que les courants océaniques, qui créent la dynamique générale, sont plus lents. La seconde hypothèse se situe au niveau du réchauffement climatique dans les régions polaires. Il fait plus chaud au niveau des pôles, donc il y a moins de contrastes de températures pour former des dépressions".

Photo Rémi Daugeron

2018, une année foudroyante...

De mémoire de spécialistes de la météo, cela faisait plusieurs dizaines d’années que le département de la Côte-d’Or, comme le reste de la France, n’avait pas été autant touché par les perturbations, notamment par les orages. À la date du dimanche 16 septembre, Météorage, opérateur du réseau européen de détection de la foudre et acteur mondial dans la surveillance des orages et la prévention du risque foudre, avait recensé « 11 886 éclairs nuage-sol dans le département ». Or, la moyenne sur trente ans est d’environ 8 600 éclairs nuage-sol par an. Il y a donc eu environ 38,2 % d’éclairs nuage-sol en plus en 2018 par rapport à une année normale. Le mois record a été, pour la Côte-d’Or, celui de juillet, « avec 4 063 éclairs nuage-sol, suivi par le mois de mai avec 3 235 éclairs nuage-sol », détaille Météorage. Là-aussi, la récurrence de ces phénomènes viendrait d'un blocage de dépressions sous nos latitudes

Beaucoup d'orages et violents ! Cet été, les phénomènes ont été particulièrement violents poussant les sapeurs-pompiers à intervenir plus de 200 fois depuis janvier 2018. Dans l'agglomération dijonnaise, à Quetigny, des pluies diluviennes se sont abattues début juillet et fin août provoquant d’impressionnantes inondations. Plus tôt dans la saison, en mars, c'est le village de Magny-la-Ville qui a été durement touché par une importante inondation.

... et chaude !

Photo Jérémie Blancféné
« Il a fait chaud, très chaud même durant quasiment tout l’été météo »

Fin septembre, Frédéric Decker, prévisionniste chez MétéoNews, nous indiquait que l’été 2018 n’est « pas le plus chaud, il est devancé par celui de 2003, mais se place juste derrière ». Le prévisionniste poursuivait : « Il a fait chaud, très chaud même durant quasiment tout l’été météo, de juin à août. La chaleur s’est invitée très régulièrement au cours de ces trois mois, rarement interrompue par de courts rafraîchissements, notamment vers le 10 juillet ou encore fin août. » « Avec une moyenne de 21,6 °C, le mois d’août 2018 est le quatrième plus chaud depuis 1946, derrière ceux de 1947 (21,7 °C), 1997 (22,1 °C) et, bien sûr, 2003, toujours très largement devant (23,9 °C) », précise Frédéric Decker.

"Un réchauffement déjà visible mais peut être pas inéluctable"

Textes et images : Thibault Liessi, AFP, Philippe Bruchot, Darius JF, Marie Protet, Manuel Desbois, Joël Philippon, Philippe Trias, Jérémie Blancféné, Alicia Warcholinski, Catherine Bonnet, Anne-Lise Bertin, Vincent Lindehener, Yves Souben, Ryad Benaidji et Amandine Robert.

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