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Notre-Dame-des-Landes un dossier complexe, passionnel et politique qui n'en finit pas de diviser

Acte 1 : la genèse du projet

Au lendemain de la seconde guerre mondiale la France est à reconstruire. On pare, dans un premier temps, au plus pressé. Mais bientôt s’élèveront des voix pour dénoncer Paris et le désert Français.

Le 14 février 1963, le général de Gaulle et Georges Pompidou signent le décret n° 63-112 instituant la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, la Datar.

Le projet d'aéroport du Grand Ouest est l'une de ses initiatives prise en 1964. La préfecture de Loire-Atlantique décide en 1965 d’entamer "la recherche d’un nouveau site aéronautique pour les régions Bretagne et Pays de la Loire." On veut y accueillir des longs courriers et même des supersoniques comme le Concorde. Il doit remplacer l’Aéroport de Château-Bougon, son nom avant qu’il ne devienne Nantes-Atlantique.

L'avion de transport supersonique Concorde, PIERRE GUILLAUD / AFP

En 1967, le site de Notre-Dame-des-Landes est identifié comme site préférentiel, grâce à sa situation au nord de Nantes et aux possibilités de desserte routière.

La décision de créer un aéroport intercontinental à Notre-Dame-des-Landes est également confirmée par une mission parlementaire aux États-Unis conduite par le sénateur Michel Chauty en 1970, qui déclarait alors que "la métropole Nantes-Saint-Nazaire pourrait devenir le Rotterdam aérien de l'Europe par la création d'un aéroport international de fret au nord de la Loire".

En 1973, le Schéma Directeur de l’Equipement Aéronautique (SDEA) précise dans sa conclusion qu’il "est indispensable de réserver l’avenir aéronautique des métropoles d’équilibre en permettant à chacune, le moment venu, d’engendrer des liaisons long-courriers.

"Dans chaque métropole, le choix des sites doit être fait, et le plan de masse établi, en vue d’un possible trafic long-courrier futur".

En 1974, les pouvoirs publics décident de créer, par arrêté préfectoral, une Zone d’Aménagement Différée (ZAD) à vocation aéroportuaire de 1 225 ha au bénéfice du département de la Loire-Atlantique qui se porte acquéreur des terrains nécessaires à cet équipement.

La crise pétrolière des années 70 et l'opposition de l’Association de Défense des Exploitants Concernés par l'Aéroport (ADECA), créé en 1972 par des agriculteurs, mettront ce projet en veille pour de nombreuses années.

Acte 2 : le gouvernement Jospin rouvre le dossier

C’est en 2000 que le gouvernement de Lionel Jospin remet le dossier sur la table.

Le Comité interministériel du 26 octobre 2000 décide de "réaliser un nouvel aéroport, en remplacement de Nantes-Atlantique, sur le site de Notre-Dame-des-Landes afin de valoriser la dimension internationale et européenne des échanges de l’Ouest Atlantique".

Le 30 octobre 2000, Dominique Voynet, alors ministre de l’Environnement, répond à une "Question au gouvernement" à l’Assemblée Nationale, posée par Michel Hunault député de Loire-Atlantique.

"Vous serez d’accord avec moi pour reconnaître que nous avons un effort particulier à réaliser en faveur du rééquilibrage de la localisation des équipements vers l’ouest de notre pays. C’est pourquoi il a semblé nécessaire, compte tenu des nuisances qui pesaient sur les habitants de Nantes, de déplacer l’aéroport actuel sur le nouveau site de Notre-Dame-des-Landes"

En janvier 2002, pour rendre possible le pilotage du projet par l’Etat, quinze collectivités vont créer le Syndicat Mixte d'Études de l'Aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

On y trouve les régions Bretagne et Pays de la Loire, les départements d'Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Mayenne, le Morbihan, la Sarthe et la Vendée et six agglomérations et intercommunalités.

Il est alors acquis que l’aéroport nantais sera déplacé à la campagne mais qu’une partie de l’équipement actuel sera utilisé par l’usine Airbus qui livre ses pièces détachées par avion. Le préfet de la région Pays de la Loire reçoit le rapport reconnaissant l'utilité publique de ce projet le 13 avril 2007.

Acte 3 : la contestation

Les premiers à se battre contre ce projet d'aéroport du Grand Ouest sont les premiers visés : les agriculteurs que l'aéroport priverait de leurs terres.

Photo aérienne de la ZAD - Franck Dubray / MaxPPP

Dès 2000, l'ACIPA, l'association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d'aéroport se crée. Elle regroupe des riverains du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Parmi ses membres, l'agriculteur Michel Tarin. Il n'en est pas à sa première mobilisation. Il n'hésitera pas à observer une grève de la faim de 28 jours en avril 2012 avec un autre agriculteur Marcel Thébault.

Ils seront rejoints dans cette grève de la faim par Françoise Verchère, conseillère générale et coprésidente du CéDpa, Collectif d'élus Doutant de la pertinence de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, créé en 2009.

Marcel Thébault, Michel Tarin et Françoise Verchère lors de leur grève de la faim - Franck Dubray / MaxPPP

Le CéDpa précise alors que Françoise Verchère "devant le "silence assourdissant" des élus porteurs du projet, et de l'Etat, alors même que l'étude du cabinet Ce-Delft a montré les grossières erreurs du dossier, (...) voulait par ce geste demander que l'irréversible, c'est à dire l'expropriation et l'expulsion, n'interviennent pas tant que les recours juridiques n'aient pas tous été tranchés."

C'est également en 2009 que la ZAD* s'installe sur les terres dédiées au futur aéroport. Au cours de l'été, plusieurs milliers de personnes se réunissent pour le premier Camp Action Climat. Un appel à venir vivre sur la zone est alors lancé. Appel entendu par les opposants au projet qui viendront progressivement s'installer sur le site, occupant les maisons laissées vides ou construisant des cabanes.

Le 16 octobre 2012, l'offensive est lancée dans le cadre de l'opération César afin de déloger les squatteurs. 1 200 gendarmes et policiers interviennent sur le site. Les opposants lancent un mois plus tard une manifestation de "réoccupation" du site.

Affrontements sur la ZAD en octobre 2012 - Franck Dubray / MaxPPP

Une seconde opération d'évacuation est menée le 23 novembre 2012 au petit matin. 500 gendarmes sont mobilisés pour tenter de déloger les squatteurs. Cette opération aboutira à deux journées de heurts entre opposants au projet et forces de l'ordre.

Le 22 février 2014, une manifestation contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dégénère à Nantes. Vitrines brisées, façades tagguées, poubelles et engins de chantier incendiés, voies du tram dépavées... Le réveil est rude pour la ville et ses habitants le lendemain matin...

La manif du 22 février 2014 à Nantes - JS Evrard / AFP

*ZAD , à l'origine Zone d'aménagement différée. Mot détourné par les opposants en Zone à défendre désormais dans le dictionnaire.

Acte 4 : le référendum de juin 2016

Le 26 juin 2016, les électeurs de Loire-Atlantique sont appelés à se prononcer sur le projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes.

A la question "Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?", le Oui l'emporte avec 55,17% des voix. Mais les sondages montrent que le résultat aurait pu être tout autre si le référendum avait été national et non départemental.

Les résultats sont variés selon les communes. Le Non l'emporte majoritairement dans les villes les plus proches du site choisi pour le futur aéroport.

La commune de Notre-Dame-des-Landes votera ainsi pour le Non à 73,6%. A Nantes, la ville de Jean-Marc Ayrault, l'un des plus fervents partisans du projet, le Oui l'emporte sur le fil avec 50,05% des voix.

Au lendemain de l'élection, Bruno Retailleau, alors président du Syndicat mixte aéroportuaire de Grand Ouest et président du Conseil régional des Pays de la Loire, salue "la victoire du civisme et du bons sens", estimant que "les habitants ont dit oui à l’emploi" et "non aux casseurs de la ZAD".

"Il ne peut pas y avoir de contestation. Je vois que certains des opposants au projet acceptent le verdict. Je m'étonne que d'autres le contestent alors qu'il est incontestable"

déclare à l'Assemblée nationale le Premier ministre de l'époque, Manuel Valls.

Pour Jean-Marc Ayrault, "il y a eu une forte participation pour un référendum et il y a eu un vote qui est très net. Maintenant c'est l'Etat de droit qui doit s'imposer."

"Le droit a parlé, la démocratie a parlé"

Une présidence plus tard, François Hollande ayant cédé sa place à Emmanuel Macron, Edouard Philippe, fraichement nommé Premier ministre annonce la nomination d'un médiateur pour aider le gouvernement à trancher sur ce transfert contesté.

Edouard Philippe, Michel Badré, Gérard Feldzer, Anne Boquet, Elisabeth Borne, Nicolas Hulot, le 1er juin 2017 - Vincent Isore / MaxPPP

Trois médiateurs sont finalement nommés en juin dernier, Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne proche de Nicolas Hulot, Michel Badré, un ingénieur membre du Conseil économique, social et environnemental, et Anne Boquet, préfète.

Ils sont chargés "d'envisager les solutions permettant de répondre aux impératifs d'aménagement, dans un dialogue apaisé avec les acteurs et dans le respect de l'ordre public", indique Matignon, dans un communiqué.

Le 13 décembre 2017, les médiateurs remettent leur rapport au Premier ministre Edouard Philippe. C'est lui qui annonce le 17 janvier 2018 l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

Sur la Zad, les opposants sont en liesse. Ils ont gagné leur combat.

Le sémaphore du site de la Rolandière, sur le site de Notre-Dame-des-Landes - Olivier Quentin/France 3 Pays de la Loire

Reste néanmoins que Le Premier Ministre a donné aux occupants illégaux de la Zad jusqu'au printemps pour évacuer les lieux. Une mise en demeure qui a expiré le dimanche 1er avril, au lendemain de la trêve hivernale des expulsions.

Quelques chiffres

Le projet d'aéroport du Grand Ouest

  • Superficie : 730 hectares
  • Situation géographique : 20 kms de Saint-Nazaire, 40 kms de Nantes, 80 kms de Rennes, 100 kms d'Angers, Vannes et La Roche-sur-Yon.
  • Coût estimé : 556 millions d'euros HT

L'aéroport de Nantes-Atlantique

  • Superficie : 320 hectares
  • Situation géographique : Bouguenais, à 10kms au sud-ouest de Nantes
  • Taille de la piste : 2 900 par 45m
  • Trafic : 5 millions de passagers en 2017, +14% sur les 10 premiers mois de l'année
  • Trafic international : 55%
  • 42 000 nantais exposés au bruit
Created By
Fabienne Béranger
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