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Constellations de Metz : les cinq plus belles œuvres à voir la nuit

Placée sous le signe des arts numériques, la troisième édition du festival Constellations de Metz se tient du 20 juin au 7 septembre 2019. Elle propose 500 rendez-vous artistiques pendant 80 jours.

Vous disposez d’une seule soirée ?

Voici cinq installations dans le parcours nocturne « Pierres numériques » à ne, surtout, pas manquer. Elles sont visibles chaque jeudi, vendredi et samedi. Leurs créateurs nous disent ce qu’ils ont imaginé pour chacune d’entre elles.

Photo : Anthony PICORE
1. Vincent Masson sublime la cathédrale

Invité l’an dernier à la dixième Biennale internationale d’arts numériques d’Enghien-les-Bains, l’artiste parisien Vincent Masson, 32 ans, réalise le nouveau vidéomapping sur la cathédrale Saint-Étienne à Metz, Morphosis.

Votre projet s’appelle « Morphosis ». En quoi consiste-t-il ?

Vincent MASSON : Pour moi, ce projet est une belle opportunité de réunir le vidéomapping que je pratique depuis sept ans avec l’art numérique, un domaine vers lequel je me suis tourné il y a quatre ans. Dans mon travail, je m’intéresse beaucoup aux questions de frontières corporelles.

Metz m’a intéressé parce que c’est une ville frontière. J’ai eu deux points d’accroche : d’un côté, le positionnement géographique de la ville et ses nombreux changements de souverainetés, de l’autre, les 7 500 m² de vitraux de sa cathédrale, qui en font la plus grande surface de vitraux d’Europe !

« Metz m’a intéressé parce que c’est une ville frontière »

Avec Morphosis, j’ai écrit une narration historique liée aux événements de l’histoire de Metz et une narration cyclique qui suit le rythme de la lumière au fur et à mesure de la journée, sur la surface vitrée de la cathédrale.

Combien de temps avez-vous consacré à ce projet ?

J’y ai consacré trois mois avec beaucoup de temps pour la modélisation de la cathédrale. C’est gigantesque car j’ai un travail sur l’image qui est très fourni. Et puis, cette façade occidentale de la cathédrale a plusieurs niveaux. Elle n’est pas unie. Elle a un portail avancé, des coursives. Mon travail a consisté à offrir dans ce vidéomapping un rendu unifié.

Photos : Anthony PICORE

Une fois sur place, la cathédrale vous a-t-elle semblé différente ?

C’est seulement sur place, face à elle, qu’on se rend compte des volumes ! La cathédrale de Metz a un côté asymétrique.

On voit le Graoully apparaître dans vos images. Comment l’avez-vous imaginé ?

J’ai essayé de former le Graoully à partir de cylindres. J’ai lu qu’il avait fini sa vie, noyé. C’ est ce qui m’a donné l’idée de créer une tempête d’eau qui finit par l’engloutir.

Quand voir le mapping sur la cathédrale de Metz

Notre avis : une réussite en matière de couleurs. Un travail très fin. L’artiste puise son inspiration aussi bien dans le XVIIIe siècle que l’Art déco en passant par la culture nippone et la science-fiction.
Le saviez-vous ? : Le mapping est l’œuvre la plus coûteuse du parcours numérique. Elle coûte à la ville 250 000 €. « Cela comprend les coûts de création, de diffusion et de sécurité autour de l’événement », précise Hacène Lekadir, adjoint à la culture de Metz
2. Romain Tardy célèbre la fin de l’ère numérique au Temple Neuf

Invité à trois reprises à Metz, avec le collectif ANTIVJ, dans le cadre de la Nuit blanche, l’artiste français Romain Tardy, installé aujourd’hui à Bruxelles, revient présenter une installation audiovisuelle à 360° dans le Temple Neuf de Metz. L’occasion de découvrir l’intérieur de cet édifice religieux

Que signifie « In vivam memoriam », titre de votre installation ?

Romain TARDY : In vivam memoriam évoque la mémoire vive des ordinateurs J’ai imaginé une fiction qui célèbre la fin des arts numériques. C’est une pièce d’anticipation où je pose la question des limites actuelles et à venir du numérique et aussi celle des adaptations à avoir par rapport à lui.

Photo : Anthony PICORE

En quoi le Temple Neuf a t-il influencé votre travail ?

Le Temple a donné la direction cérémonielle, cette idée du recueillement, de se positionner en faveur de la lenteur et de ralentir le numérique.

Photos : Anthony PICORE

« Se positionner en faveur de la lenteur et de ralentir le numérique »

Votre œuvre, elle-même, n’est pas seulement liée aux arts numériques…

Je souhaitais réaliser une œuvre hybride. A côté des arts numériques, il y a de la photographie sur fonds lumineux, du son qui passe par douze canaux et des poèmes lus par Maud Marique. Ce sont des hyper-poèmes qui ont été réalisés à partir de noms de groupes Facebook.

Quand se rendre au Temple Neuf

Notre avis : l’œuvre de Romain Tardy ressemble à une cérémonie de fin du monde, un peu inquiétante. Une très belle image est celle de ce drap de lumière mauve qui passe au-dessus de nos têtes et traverse tout le chœur.
Le saviez-vous ? : La Ville estime entre 10 000 et 15 000, le nombre de personnes accueillies à chaque soirée de Constellations d’où des jauges très précises pour chacun des lieux. On trouve la plus petite jauge, 19 personnes, dans l’ancien transformateur électrique situé jardin Fabert avec l’œuvre de Hovver, duo d’artistes venus de Brooklyn. Le Temple Neuf, lui, peut accueillir jusqu’à 80 personnes en même temps.
3. Guillaume Marmin transforme la basilique Saint-Vincent en vaisseau spatial

Invité il y a deux et demi à Metz pour le festival Musiques Volantes, Guillaume Marmin présentait à l’église des Trinitaires, un faisceau de lumière qui sculptait l’espace. Proposé au festival Constellations par l’agence de diffusion artistique lyonnaise TETRO + A, l’architecte de lumière a, cette fois, choisi la basilique Saint-Vincent pour créer son télescope de lumière.

Pourquoi ce titre « 1,3 seconde » ?

Guillaume MARMIN : Le festival Constellations célèbre les 50 ans du premier pas de l’homme sur la lune. Cela m’a donné envie de travailler sur l’histoire du cosmos. Je me suis intéressé à la vitesse de la lumière et, plus précisément, au temps que met la lumière entre le moment où elle impacte la lune et où elle nous arrive dans la rétine. Cela dure 1,3 seconde. C’est devenu le titre de mon œuvre.

En voyant votre travail, on pense aux artistes de l’art cinétique comme Julio Le Parc…

Je m’inscris complètement dans la lignée de l’art cinétique, cet art qui, derrière la recherche, provoque une sensation physique et de l’émotion. Quand on s’intéresse à la lumière, l’aspect technique est important puisqu’il faut savoir la restituer mais il y aussi un aspect plus philosophique et métaphysique. Goethe, dont on oublie souvent qu’il a été romancier, l’a très bien décrit dans sa « Théorie des couleurs ». Il montre comment la forme et le fond se nourrissent.

Après Constellations, vous prenez la direction des Etats-Unis…

En juillet, je serai invité pour la première fois aux Etats-Unis par une galerie à Pittsburgh, la ville du ketchup et d’Andy Wahrol ! Quand on conçoit des installations lumineuses comme moi, on a n’a rien à vendre. On ne fait pas fortune sur le marché de l’art. En revanche, on a plein d’occasions d’être invité.

Quand se rendre à la basilique Saint-Vincent

Notre avis : une œuvre envoûtante et hypnotique. L’artiste a travaillé sur une rythmique d’1,3 seconde pour les mouvements de la lumière et du son. Une expérience assez étonnante.
Le saviez-vous ? : pour son installation, l’artiste a eu recours à un gros montage technique, de 250 projecteurs et 32 colonnes de LED de 4 mètres.
4. Joanie Lemercier peint la lumière sur la pointe Fabert

Utilisée en hiver par le Département de la Moselle avec le Sentier des lanternes, la pointe Fabert devient, dans le cadre de Constellations, le théâtre d’un projet technique fou. Inspiré par le cosmos et la géographie des étoiles, l’artiste Joanie Lemercier a imaginé un spectacle audiovisuel projeté sur des gouttelettes d’eau ! Son titre : Constellations.

Pourquoi ce désir de s’affranchir de l’écran ?

Joanie LEMERCIER : Les écrans, on en a partout, tout le temps dans notre quotidien. Je suis très intéressé par l’idée de trouver un nouveau support, presque le vide ou l’immatériel. J‘ai cherché une surface transparente, une forme de projection dans le vide.

Vous êtes obsédé par les motifs, la géométrie, le sublime et surtout le mystère qui entoure le cosmos…

Le cosmos reste quelque chose hors d’accès, de contrôle. Les hommes se croient engagés dans une course à devenir « dieu ». Mais le cosmos, son immensité, son mystère nous remettent à notre place.

Que voulez-vous partager avec le public ?

Je veux proposer un voyage imaginaire, une balade entre les étoiles et offrir un peu de légèreté pour ne pas être écrasé par l’infiniment grand du cosmos.

Quand se rendre à la pointe Fabert

Notre avis : une œuvre d’une beauté esthétique et poétique époustouflante qui fait penser à ces artistes qui peignent sur des toiles d’araignée. En voyant ses images, on pense beaucoup à un autre poète et artiste de la nuit, le photographe d’origine hongroise Brassaï.
Le saviez-vous ? Joanie Lemercier a déjà présenté cette œuvre dans un bassin. A Metz, c’est la première fois qu’il montre son œuvre dans un contexte naturel, directement dans la Moselle !
5. Olivier Ratsi change la perspective au cloître de la Région

Le plasticien parisien Olivier Ratsi investit les ailes du cloître de la Maison de la Région avec d’immenses cadres traversés par des ondes lumineuses.

Olivier Ratsi est connu pour son travail d’installations immersives qui mettent en jeu la perception spatiale. Il a commencé par photographier des immeubles en Corée et au Japon pour les déstructurer avec l’outil numérique.

Photo : Anthony PICORE

Ses créations dialoguent avec les pierres, transforment les lieux qui les accueillent par leur simple présence ou leur mouvement et jouent l’anamorphose avec des formes qui se distordent en fonction de l’endroit où l’on se trouve.

« J’ai vraiment eu un coup de foudre pour le cloître de la Maison de la Région. Ce qui m’intéressait, c’est qu’il ne soit pas accessible habituellement au public et que peu de gens le connaissent », explique l’artiste, qui invite le public à rester, selon son envie, « de quelques minutes à plusieurs heures ».

« Frame Perspective » est une œuvre à la fois monumentale et proche du public qui peut utiliser ces différents cadres pour faire des photographies. « Le public peut déambuler à 360 ° et découvrir ce site sous un nouvel angle », poursuit-il.

Photos : Anthony PICORE

Quand se rendre au cloître de la Région

Notre avis : avec ses ondes lumineuses rouges qui traversent les cadres, l’artiste réussit à créer un mouvement et à changer notre perception sur le bâtiment.
Le saviez-vous ? La Région Grand-Est a acheté cette œuvre. Une fois le festival Constellations terminé, celle-ci sera présentée sur le reste du territoire.

Pour aller plus loin

Notre supplément numérique "Constellations : la tête dans les étoiles"

Retrouvez toutes les animations des trois parcours de Constellations

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À quoi ressemblait le mapping de la cathédrale en 2018 ?

  • Textes: Gaël CALVEZ
  • Photos : Anthony PICORE
  • Vidéos : Gilles WIRTZ
  • Réalisation : Guillaume OBLET
Created By
Le Républicain Lorrain
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