LA CAMPAGNE EN CAMPAGNE Présidentielle 2017 - Ille-et-vilaine

Comment l'élection présidentielle est-elle perçue dans les villes moyennes et les villages d'Ille-et-Vilaine ?

De Plélan-le-Grand à Antrain, de Cancale à Pléchâtel, les journalistes d'Ouest-France sont allés à la rencontre des Bretilliens.

Pour voter à Saint-Jean-sur-Couesnon, le taxi c'est gratuit !

À Saint-Jean-sur-Couesnon, Alexis propose de transporter gratuitement les électeurs les jours d'élection. Une initiative originale contre l'abstentionnisme.

Alors que l'abstention risque d'être un enjeu majeur du scrutin, l'idée pourrait faire des petits. À Saint-Jean-sur-Couesnon, entre Fougères et Saint-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine), c'est opération « taxi gratuit » pour la présidentielle.

En lisant dans les colonnes d'Ouest-France qu'un collègue costarmoricain proposait de véhiculer gratuitement les personnes isolées de sa commune, Mickaël Lamberet a eu le déclic. « Je trouvais l'idée fabuleuse, j'en ai parlé à mes proches, j'ai appelé le maire pour savoir si ça ne lui posait pas de problème. Tout le monde a dit que c'était génial. »

Le premier édile, Pierre Prodhomme « salue l'idée » et y voit peut-être un moyen de « lutter contre l'abstention, qui s'annonce élevée. Les gens sont tellement indécis pour cette élection ».

Installé depuis trois ans à Saint-Jean-sur-Couesnon, le patron emmènera donc gratuitement toutes les personnes de la commune, isolées ou en incapacité de se déplacer, jusqu'au bureau de vote.

« De la prise en charge au domicile jusqu'à la mairie, et puis le retour. Mais je veux offrir un vrai service : ils pourront prendre le temps de mettre leur bulletin dans l'urne et de discuter après avec leurs amis à la mairie, s'ils en ont envie. »

Action citoyenne et sociale

Au-delà de l'action citoyenne, Mickaël Lamberet y voit aussi une oeuvre sociale dans un bourg d'à peine 1 200 âmes. En espérant que l'initiative fasse boule de neige chez ses collègues.

« C'est important de s'investir dans sa commune. Je ne fais pas ça pour me faire de la pub, je suis le seul taxi à Saint-Jean, tout le monde me connaît. Mais voter c'est un droit et un devoir. Un de mes clients habite à 2 km de la mairie, or pour lui, impossible de se déplacer jusqu'au bureau de vote. J'en ai un autre, un ancien militaire, il en serait malade de pas se rendre aux urnes. Et puis s'il faut s'arrêter pour aller prendre le pain... »

Le chauffeur de taxi assure faire cela sans arrière-pensées politiques, alors que la droitisation du vote de l'électorat âgé ne fait pas de doute. Sans oublier son poids sur l'élection sous le double effet du vieillissement démographique et d'une surparticipation devant les urnes.

« Moi, je ne fais pas de politique, prévient Mickaël Lamberet. Et aujourd'hui, qui est capable de dire pour qui il va voter à la présidentielle ? »

En tout cas, le 23 avril et le 7 mai, ça risque de parler politique dans le taxi du Couesnon.

Contact : tél. 02 99 69 89 50 et 06 78 54 45 67

Antoine VICTOT.

Saint-Jean-sur-Couesnon - 1 136 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Saint-Jean-sur-Couesnon

À Saint-Péran, on taille des costards au comptoir

La présidentielle ne changera pas leur vie. Mais presque tous iront voter. Pas par conviction, mais parce qu'ils en ont « marre que les politiques parlent à leur place ».

« Pff... Les élections ? Franchement, elles me passionnent ! Je n'ai jamais autant rigolé... » C'est Luc, le rigolard de la bande, qui parle.

Vendredi soir, au café-concert La Fontaine, à Saint-Péran, ils sont quelques-uns à avoir accepté de venir parler de politique.

Il y a Loïc, 63 ans, comédien ; Jean-Yves, 67 ans, gérant d'un organisme de formation ; Bruno, 49 ans, employé dans l'agroalimentaire ; Serge, 63 ans, ancien syndicaliste ; Ronan, 30 ans, éducateur pour personnes handicapées ; Thomas, jeune prof de collège... Et puis il y a Luc, l'artiste, Coline, l'étudiante, et aussi le maire, Maurice Renault.

Aucune raison au vote FN

C'est d'ailleurs l'élu qui se lance le premier. L'an dernier, les nombreuses inscriptions sur les listes électorales l'incitaient à être plutôt confiant. Aujourd'hui, il tente encore de rester optimiste. « Par rapport à tout ce qui se passe, les gens hésitent, forcément. Mais il ne faut pas faire mine d'être surpris... Il y a un décalage énorme entre le pouvoir et l'échelon local. Le contexte actuel peut, peut-être, être un coup de fouet pour la démocratie. »

Bruno est plus décapant. « Les affaires, ce n'est pas nouveau. Il y a toujours eu des pots-de-vin. Simplement, on est sans doute beaucoup plus au courant maintenant. Les infos circulent vite. Cette année, c'est vraiment la curée ! »

Des « Tous pourris », il en entend tous les jours au boulot. De fil en aiguille, la discussion glisse vers le vote Front national. « Vous savez qu'ici, Marine, c'est presque 30 % », lance, dépité, un client depuis le zinc.

Ronan acquiesce et fait la moue. « Je suis arrivé dans la commune il y a un an. Franchement, j'ai entendu des discussions qui font froid dans le dos. Certains expliquent que seule Marine peut nous sauver. Ils assument complètement leur vote... »

À Saint-Péran, tranquille commune de 400 habitants, ce recours au parti frontiste interroge. « Fondamentalement, il n'y a aucune raison pour l'expliquer », reconnaît le maire.

Sauf que... Ici aussi, les médias sont désignés à la vindicte. « Le FN a voulu se dédiaboliser et les médias l'ont rendu de plus en plus visible », constate le jeune prof. Serge met dans le même sac les réseaux sociaux et les patrons de presse qui, selon lui, brouillent les cartes. Du coup, dit-il, « les gens ont beaucoup de mal à avoir la vérité ! Le niveau de réflexion a beaucoup baissé ».

Désabusés ou fatalistes, tous pestent contre une cette « arrogance » du monde politique. « Si on en est arrivé là, c'est qu'on n'a pas pris en compte les besoins des gens, assène Serge. J'en veux à tous les politiques ! » Bruno est plutôt d'accord, car il a le sentiment que la représentation du peuple n'existe pas.

Ronan, lui, est plutôt déçu, car il a le sentiment d'être privé du débat politique qui est « occulté par les affaires ».

Idem pour Thomas. Il regrette que les sujets essentiels, comme la sauvegarde de la planète et de notre espèce, passent à la trappe. « Les politiques font des comptes d'apothicaires sur des données virtuelles alors que notre maison brûle. Ils sont complètement à côté de la plaque ! »

Jean-Yves prône quant à lui un « statut de l'élu en France ». Pragmatique, il estime que cela contribuerait à préparer une campagne politique intelligente.

« Marre de voter contre... »

Le constat est accablant. Pour autant, pas question d'aller à la pêche le 23 avril. Tous, ou presque, iront voter. Thomas hésite. Il voudrait que les politiques « descendent un peu de l'estrade ».

« Je ne veux pas tomber dans le « tous pourris », mais j'en ai assez de voter juste pour que le fascisme ne passe pas. J'attends autre chose de la démocratie... »

Coline, 23 ans, doute aussi. Beaucoup de ses amis ont l'intention de voter blanc. « Dommage que ce vote n'est pas encore reconnu. » Luc, lui, préfère en rire. « Avec de tels champions du monde, je me marre plus qu'avec Coluche. »

Pascale LE GUILLOU.

Saint-Péran - 395 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Saint-Péran

À La Guerche, travaux et pluie comptent plus que la politique

Sur le marché de La Guerche-de-Bretagne, les commerçants se sentent loin du monde politique. Ils dénoncent un théâtre et n'en attendent plus grand-chose.

« Les hommes politiques, c'est comme les pêcheurs et les chasseurs... Tous de grands menteurs ! » Le ton est donné.

Ce mardi matin, au marché de La Guerche-de-Bretagne, dans le pays de la Roche aux Fées, trois hommes sont attablés devant un petit café. Ils se protègent de la pluie qui tombe depuis le début de la matinée. On leur parle de la prochaine élection. Les hommes sourient : « Toutes les affaires, ça nous fait bien rire. De toute façon ça ne changera rien à nos vies. » Ils ne semblent pas avoir beaucoup d'espoir... « Surtout, aucune confiance. »

Vont-ils aller voter ? « Oui, bien sûr, annonce l'un d'eux. Mais moi, c'est pour faire une croix. Je vote parce que c'est un droit et pour montrer que je suis venu. Je ne me retrouve dans aucun candidat. »

« C'est le pompon »

La foule n'est pas au rendez-vous, ce mardi matin. Pourtant dans ce chef-lieu de canton de 4 301 habitants, le marché est un important pôle d'attraction rural. C'est le deuxième plus gros marché d'Ille-et-Vilaine, derrière celui des Lices, à Rennes.

Une institution ce marché ! Il date de 1121. Chaque semaine, environ 200 commerçants s'y installent. Dont Christophe Bougerie. Il vend les légumes qu'il cultive à Bourgbarré. Il ne veut surtout pas « revenir au franc ». Mais ne se fait aucune illusion sur cette élection. Il espère juste « que les charges s'allègent ». Il sait que sur ce marché les clients sont « discrets et parlent peu de politique ».

Les chalands sont plutôt préoccupés par « les travaux dans le bourg qui durent et coûtent. Et la pluie ». Car pour leurs jardins ou leurs champs, ils en ont besoin et annoncent que « ce crachin ne suffira pas ». Alors, la politique, à côté...

Dans son food truck, Kévin Kempa aimerait un monde « sans politique, sans frontière, sans racisme ». Le vote, ce n'est pas pour lui. Les vendeurs de légumes bio, en face, dénoncent « une vraie pièce de théâtre ». Ils déplorent « le manque d'écoute des petits candidats ». Ils ne voteront pas non plus : « Nous attendons quelqu'un qui nous ressemble. Dans cinq ans peut-être... »

Pierre-Yves Amy est traiteur à La Mézière (près de Rennes). Lui est décidé et annonce : « Le changement, il faut que ce soit maintenant. À 44 ans, j'ai même envie de partir de France. » Il sait pour qui il votera. « Macron ! Je suis de droite mais les affaires de Fillon dépassent les limites. La politique a toujours été comme ça. Cette fois-ci, c'est le pompon. »

« Un jeu de rôle »

Plus loin, Christine David, la maraîchère, fait le marché depuis 37 ans : « Je ne voterai pas. Je suis communiste. Si voter, ça changeait les choses, ce serait interdit. » Ça l'amuse de citer une phrase de Coluche. La politique, elle dit que c'est « pipé. Un jeu de rôle ». Aucun candidat ne lui convient. « Ou peut-être Jean Lassalle. Un sacré bonhomme. Le seul qui vient du peuple. »

Jean-Pierre Legay vend des volailles vivantes. Les élections, lui aussi en rigole : « Ils sont tellement loin de nous. » Il veut juste « moins de paperasse et d'administratif ». Il votera mais, attend encore un peu avant de choisir. « Après les débats... »

À La Guerche-de-Bretagne, les maisons à porche et les rues médiévales resteront en place longtemps... Les habitants se sentent loin de l'agitation politique : « Ce n'est pas notre monde. Ici, ce sont des travailleurs. On ne parle pas politique. »

Nicole CONQUER.

La Guerche-de-Bretagne - 4 301 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à La Guerche-de-Bretagne

Le village le plus branché de France se démène

Saint-Sulpice-la-Forêt a ressuscité son dernier commerce, attiré des médecins et une délégation de Chinois venue s'inspirer de la « ville intelligente ».

« Vivre dans une petite commune, ce n'est pas une maladie ! On peut y faire des choses intéressantes. » Et même aller jusqu'à inspirer des mégalopoles chinoises !

En décembre, le maire de Saint-Sulpice-la-Forêt, commune de presque 1 500 habitants, à trente minutes de Rennes, a reçu une délégation de Shanghaï (25 millions d'habitants), qui a fait spécialement le voyage pour découvrir le village le plus branché de France.

La commune fait figure de plus « petite smart city du monde », depuis qu'elle a installé des capteurs longue portée, une trentaine dans six bâtiments communaux, pour gérer en temps réel la consommation énergétique de ses bâtiments communaux, grâce à l'internet des objets. « Notre ambition est de baisser de 20 % notre consommation énergétique, en trois ans », indique le maire, Yann Huaumé.

Saint-Sulpice-la-Forêt, qui « perd des habitants au moment où les petites bourgades ont plutôt tendance à en gagner », se démène pour maintenir services et commerces. Elle construit un pôle santé, une initiative prise avec des professionnels de santé exerçant déjà dans la commune. Après une attente de deux années, deux femmes médecins s'y sont installées, il y a quelques semaines.

« La conjoncture et l'héritage »

Au printemps 2016, le dernier commerce du bourg renaît. Le bar Le Guibra est prolongé par un dépôt de pain, une épicerie bio, des concerts... La mairie a confié la gérance du lieu à un groupe de six copains.

« L'action vaut mieux que des grands mots », formule le maire sans étiquette qui, fraîchement élu en mars 2014, à 36 ans et à la tête d'une équipe située « dans une logique de gauche », s'est donné pour ambition de « proposer une alternative, en concertation avec les habitants, sans arrêter les projets mis en place par la précédente majorité ».

Trois ans après son élection, il annonce une augmentation de trois points (15 %) de la taxe foncière et de la taxe d'habitation. Après les avoir déjà augmentées de presque 10 %, l'an passé. L'état de la dette atteint un niveau d'alerte. La capacité d'autofinancement se dégrade. Le résultat de « la conjoncture » et de « l'héritage ».

La municipalité l'a expliqué aux habitants. « Ce n'est pas parce que c'est compris que c'est admis », concède le maire. Qui porte aussi le poids des efforts demandés aux collectivités. « Après les lois NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) et Maptam (sur le transfert de compétences aux métropoles), il faut de la stabilité. Il ne faut pas trop abîmer l'échelon local, les gens en ont conscience », dit-il aussi.

Le maire mesure la particularité de sa commune « aussi rurale que métropolitaine » : du vert à deux pas de Rennes. « Même petite, la collectivité ne doit pas être dans une posture attentiste, évacue-t-il. La métropole apporte autant qu'on lui apporte. »

Yann Huaumé se sait d'un naturel optimiste. Sauf lorsqu'il réfléchit à l'élection présidentielle et au flou qui l'entoure. « C'est le grand point d'interrogation. Les gens sont perdus. » Alors il se rassure un peu : « Participer à l'animation de la cité permet de donner ou d'avoir une représentation différente de la politique. Peut-être que notre modèle peut inspirer certains comportements ? »

Angélique CLÉRET.

Saint-Sulpice-la-Forêt - 1 375 habitants

Les résultats de l'élection présidentielle 2012 à Saint-Sulpice-la-Forêt

En fauteuil, Boris voit la vie au-delà du handicap

Handicapé après un accident du travail, cet homme de 48 ans vit à Pléchâtel. L'ancien artisan appelle les politiques à « investir dans l'humain ».

« Je n'ai pas besoin d'avoir plus d'aides. Je veux être considéré », explique Boris Jouanneau, un habitant de Pléchâtel, une commune de 2 700 habitants. À 48 ans, celui qui fut artisan à son compte fait aujourd'hui « partie des gens différents », comme il dit. En fauteuil roulant depuis son accident de 2002, Boris Jouanneau veut se « rendre utile » aux autres.

« Une vie qui bascule en quelques secondes »

Après une formation dans une école hôtelière, Boris Jouanneau travaille dans l'entreprise de son père, à Cesson-Sévigné, comme plombier-chauffagiste. En 1996, il crée sa boîte au Châtelier, sur la commune de Pléchâtel. « On avait décidé de s'installer à la campagne pour élever nos deux enfants. » Il travaille sur les chantiers, « ma femme s'occupe de la comptabilité et de l'administratif ».

Six ans plus tard, « la vie bascule » en quelques secondes. Sur une construction à Belle-Isle, dans le Morbihan, « j'utilisais un quad pour aller de mon camion jusqu'au chantier ». Sur le chemin, « je suis tombé du quad ». L'artisan perd l'usage de ses jambes dans cet accident « bête » qui tombe au mauvais moment : « J'avais prévu d'embaucher un jeune salarié... »

Retour au Châtelier, « dans une maison pas du tout adaptée » pour un fauteuil roulant. « La boîte est mise en sommeil pendant deux ans. » Puis, l'entreprise est « fermée ». Un point final à l'activité professionnelle. Juste « une rente » pour vivre. Son épouse, Laurence, trouve un travail dans une école, pour accompagner les enfants à l'heure de la cantine et après la classe.

« Si tu ne fais pas du sport, tu deviendras fou »

Après cet accident, les élus de Pléchâtel sont « bienveillants », reconnaît Boris Jouanneau. Auprès d'un bailleur social, il est « prioritaire » pour un logement en location qui se libère dans un lotissement. Une petite maison plus fonctionnelle. Mais, pour les transports, c'est un peu la galère. « Il y a bien un circuit de car... Mais pas prévu pour les fauteuils. » C'est à ce moment-là que la couple achète « une voiture adaptée ».

Cette commune « tranquille » met en place de « beaux projets ». Comme cette « maison de santé pluridisciplinaire », ouverte en 2014, qui réunit aujourd'hui une dizaine de praticiens et une pharmacie, en plein coeur du bourg. Voilà qui apporte « un confort de soin », reconnaît Boris Jouanneau. Même si, à ses yeux, « il n'y a pas un véritable projet commun de santé ».

Pendant près de dix ans, sa voiture lui permet d'aller à Rennes faire du sport. Dans l'équipe de handibasket. Comme bénévole dans l'association, aussi. « Le sport m'a beaucoup aidé à sortir la tête de l'eau, poursuit-il. Hadda Guerchouche (nageuse, médaillée aux Jeux paralympiques de Barcelone) m'a dit un jour : « Si tu ne fais pas de sport, tu deviendras fou ». » À la campagne, « il y a des handicapés qui ne sortent jamais de chez eux, car ils n'ont pas de moyens de transport adaptés ».

« Que les politiques investissent dans l'humain »

Aujourd'hui, Boris Jouanneau s'informe beaucoup. Il lit, regarde ses documentaires à la télé. Il est sévère avec les politiques. « Qu'ils arrêtent de se f... de nous ! » Les « affaires » le mettent en colère. Il estime qu'« on devrait prendre exemple sur le modèle suédois », où tout écart d'un élu est sanctionné. Il met aussi en garde contre « tous les discours populistes » qu'on entend.

Boris Jouanneau souhaite que les hommes et les femmes au pouvoir « investissent davantage dans l'humain ». Qu'ils ne soient « pas que des comptables ». Qu'ils s'intéressent, par exemple, « à la vie de nos anciens dans les maisons de retraite, en embauchant des aides-soignantes ». Qu'ils « s'occupent mieux de tous ceux qui sont... différents » à cause d'accidents de la vie, de maladie ou de vieillesse.

Dans ces secteurs social et paramédical, il est persuadé qu'il y a « des emplois à créer ». Il poursuit : « Ça me trotte dans la tête : j'ai envie de reprendre le travail. » Une volonté de se rendre « utile pour tous ceux qui ont du mal à se dépatouiller avec les démarches administratives, c'est tellement le bazar... »

Boris Jouanneau cite alors le Dr Peter Marshall, un pasteur de l'Église presbytérienne, dont les mots sont affichés sur la fenêtre d'accueil de son ordinateur : « Un monde différent ne peut être construit par des gens indifférents. »

Laurent TRÉHU.

Pléchâtel - 2 693 habitants

Les résultats de l'élection présidentielle 2012 à Pléchâtel

« Nous sommes oubliés des programmes »

Il y a quelques jours, sur le marché de Pleine-Fougères, des habitants nous ont dit ce qu'ils avaient sur le coeur. Les candidats leur semblent loin, très loin...

« Ils se bouffent tous entre eux... Je n'ai jamais vu cela. Et les candidats sont loin des campagnes », estime Anne-Marie, retraitée rencontrée sur le marché de Pleine-Fougères, commune de moins de 2 000 habitants située non loin du Mont-Saint-Michel.

Gérard, également retraité, ancien de la DDE, est du même avis : « Ils sont très éloignés de nos préoccupations. »

« Belles paroles »

« Nous sommes totalement oubliés des programmes, pense aussi Monique, de La Boussac, une commune toute proche. Il faudrait qu'ils viennent ici voir comment cela se passe. »

« Ils sont tous à mettre dans le même panier. À gauche, comme à droite, poursuit Frédérique, 49 ans, de Sougeal. Tout le monde a de belles paroles, mais après... »

Quel candidat répond le mieux, ou le moins bien, à leurs attentes ? « C'est Macron qui me parle le plus, déclare sans hésiter Monique. Même si je ne suis pas d'accord avec lui sur tout. Quant à Fillon et toutes ses histoires... »

Le candidat Les Républicains vient de déclarer à la radio qu'il ne parvenait pas à mettre de l'argent de côté. Et ça, ça coince, entre les étals du marché hebdomadaire. « Quand j'entends ça, j'ai envie de voter Le Pen », lance Didier. « Si c'est ton choix, répond Gérard, qui, lui, penche pour Mélenchon. Je le trouve romantique, passionné. Il n'est pas comme les autres. Fillon, le pauvre ! Ce n'est pas le même train de vie que nous, c'est sûr », dit-il avec ironie.

Pour Jean-François, de Bazouge-la-Pérouse, « la vraie politique est locale. Avec certains maires qui se battent pour faire vivre leurs territoires, qui vont frapper aux portes, qui savent se remettre en question ».

Véronique, l'une des commerçantes du marché, a un exemple sous la main avec le maire de Pleine-Fougères. « Il m'a demandé si je connaissais une productrice pour venir ici, et garder le marché vivant. »

Quelles sont les préoccupations à Pleine-Fougères ? « Les retraites, les candidats n'en parlent pas beaucoup. Ce serait bien de les augmenter. Car ici, elles ne sont pas hautes, dit Jean-Alain, un ancien ouvrier de chez Citroën. C'est juste pour finir le mois. »

« Petit à petit, on meurt »

Anne-Marie aimerait, elle, que les prix en Ehpad (Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) baissent. « Je paie 1 900 € par mois pour mon mari. Je dois vivre avec peu. » Alors que le foyer logement d'avant coûtait « 700 € par mois », affirme Monique. « Le canton est le plus sinistré d'Ille-et-Vilaine, poursuit-elle. Il n'y a pas d'usines, pas de cadres. Le niveau de vie est inférieur de 20 % à celui de Dol-de-Bretagne. » Les deux communes sont distantes d'une petite vingtaine de kilomètres.

Gérard pense aux services publics, qui maintiennent la vie sur place. « Il était question d'en transférer à Dol. »

« Petit à petit, on meurt, renchérit Anne-Marie, qui a connu plus de commerces à Pleine-Fougères. À La Boussac, il n'y a plus que la boulangerie. Sains n'a plus que son église. Des jeunes vivent ici mais travaillent en ville. Ils communiquent moins et n'achètent pas là. Heureusement, il existe encore un peu de solidarité entre voisins. »

Nadine PARIS.

Pleine-Fougères - 1 955 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Pleine-Fougères

À Cancale, les migrants n'influencent pas le vote

Cet hiver, Cancale s'est retrouvé centre d'accueil pour les migrants. L'accueil a pris le dessus sur la peur. Tout s'est bien passé. Les électeurs n'y pensent plus.

Cancale, plus de 5 000 habitants, un ciel bleu, des huîtres gouleyantes. Sur le port et dans le bourg, ça parle météo, touristes qui arrivent et margate, la seiche qu'on pêche aux casiers.

Dans le salon de coiffure, Le temps d'une pause, la politique ne fait pas non plus partie des sujets du jour. Mais quand on lance le sujet des migrants, Marguerite a les bigoudis qui se dressent sur la tête. « Accueillir ces gens-là, non merci ! Je suis allée dans les pays musulmans et faut voir comment ils traitent les femmes, c'est insupportable. Je ne veux pas de ça ici. »

« Grandes goules »

Au bac à shampoing, sa voisine ferme les yeux. « Moi, je pense tout le contraire », confie la retraitée. « Cet hiver, tout le monde a pu voir que ce sont des gens comme nous. Peut-être un jour, nos enfants ou petits-enfants seront dans la même situation », commente d'une voix douce Claire qui ira voter dans cet état d'esprit.

« Il n'y a pas de raison que les migrants influencent les votes », commentent trois amies dans la rue commerçante. « Je ne parle jamais politique dans le magasin, sourit Cristèle, devant sa boutique de vêtements et de cadeaux. Mais, moi qui ne suis pas d'ici, je trouve les Cancalais très accueillants ! »

Marie-Christine, née dans la commune, renchérit. « C'est vrai qu'on est réputé pour être grandes goules, mais on a le coeur à aider. Il y a toujours eu des gens à partir et d'autres qu'arrivaient d'ailleurs. »

À la poissonnerie, Nathalie découpe la sole d'une main experte. « J'ai 52 ans et je n'ai jamais vu une campagne pareille. Je ne sais même pas pour qui je vais voter ! Ce ne sont pas les migrants qui vont changer quelque chose », constate la patronne.

« C'est la méchanceté qui prend le dessus. Les candidats, on a l'impression qu'ils vont se taper les uns sur les autres... Les migrants, ils passaient devant chez moi, toujours avec le sourire », poursuit Georgette en payant son poisson.

« Chacun a fait son boulot »

Martin, 28 ans, travaille pour Condor Ferries et rayonne sur la Côte d'Emeraude. « J'ai l'impression que les jeunes s'identifient plus à ces personnes du même âge, obligées de partir pour survivre, et que cela les rend plus tolérants. » Il sait pour qui il va voter et ce n'est pas sur ce thème qu'il a basé son choix.

En bas, sur la Houle, les vacanciers se dorent au soleil. Mimia, la pétulante patronne du restaurant A contre-courant, sert les Cancalais, les touristes, les Blancs et les Noirs avec le même sourire éclatant. « Je reçois au resto comme à la maison. J'ai été élevé avec ce principe d'hospitalité. »

Les Soudanais et autres exilés, elle était la première à répondre à leur bonjour. « La mairie, les associations, chacun a fait du bon boulot. Si toutes les villes de France pouvaient gérer la venue de ces personnes comme ça s'est passé à Cancale, tous pourraient avoir une place et ça deviendrait normal. Alors plus personne ne penserait à voter FN », rêve cette infatigable optimiste.

Karin CHERLONEIX.

Cancale - 5 200 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Cancale

À 10 ans, la présidentielle c'est déjà du sérieux

Ils sont écoliers à Plélan-le-Grand, à l'ouest de Rennes. La campagne électorale, ils s'y intéressent de près... ou de loin. Ils ont en tout cas pas mal de choses à dire.

Emploi fictif, Marine Le Pen, revenu universel, immigration, Europe... Dans la classe de Vincent Gagnet, à l'école Notre-Dame de Plélan-le-Grand, les élèves de CM2 passent les sujets à la moulinette. Sans interdit. Avec des réactions parfois assez vives.

D'entrée de jeu, les écoliers prennent le débat à leur compte. « En fait, je trouve que c'est injuste que, lorsqu'un candidat est favori, on essaye de le déstabiliser. On fait tout contre lui. C'est embêtant », s'agace une élève. Un autre fait le parallèle avec l'élection de Donald Trump : « Pendant les élections américaines, il y a beaucoup de choses qui ont été dites contre Hilary Clinton, du coup, c'est Trump qui a été élu. »

« Avec 500 € tu peux rien faire »

On parle d'emploi fictif. C'est quoi d'ailleurs ? « En fait, tu es soi-disant employé, tu ne travailles pas, mais tu es payé quand même... » Mais le sujet ne passionne pas.

En revanche, c'est une proposition du candidat Benoît Hamon qui fait mouche. « J'ai entendu dire qu'il donnera 500 € par mois à ceux qui ne travaillent pas », annonce un écolier. « Oui, mais avec 500 € tu peux rien faire », lui rétorque son voisin.

La discussion s'anime. « Il y a un sérieux problème avec Hamon, car il n'y aura pas assez d'argent. Où est-ce qu'il va le trouver ? En augmentant les impôts », interroge une demoiselle. « Oui, mais c'est bien 500 € pour attendre de trouver un travail », justifie une autre.

Marine Le Pen aussi fait réagir. A fortiori lorsqu'on aborde le thème de l'immigration. « Elle dit qu'elle veut exclure les étrangers qui n'ont pas de travail... » L'annonce ne laisse personne de marbre. « Ça ne se fait pas, répliquent sévèrement des copains au fond de la classe. S'ils préfèrent être en France, ils ont le droit... »

Prêts à accueillir tout le monde ?

Il est question de racisme. « On ne peut pas juger les gens sur leur couleur », s'accordent-ils.

Mais aussi de terrorisme... « On ne peut pas accueillir tout le monde. La plupart des gens viennent de pays en guerre et si on les renvoie chez eux, ils meurent. Mais certains viennent avec des mauvaises intentions et sont dangereux. »

La question est de savoir comment faire la différence. « On regarde de quel pays ils sont. S'ils sont islamistes, on garde un oeil sur eux... » Oui mais attention ! « On peut être musulman et ne pas être terroriste, tempère un autre élève. On n'a pas le droit de condamner les gens sur leur religion. »

« Si on quitte l'Europe, on ira sur quel continent ? »

Parmi les thèmes qui interpellent encore les écoliers, il y a la peine de mort. Le sujet est très clivant. Très délicat à aborder aussi. « Je suis d'accord pour qu'elle s'applique aux terroristes. Mais si quelqu'un est tué et qu'on se rend compte après qu'il n'avait rien fait... C'est trop tard, on ne peut pas revenir en arrière. »

La remarque laisse perplexe. Beaucoup d'hésitations... Et au final une certaine réticence à s'emparer du sujet.

Du coup, on embraye sur l'Europe. Dans la classe, certains marquent leur inquiétude. « Si on quitte l'Europe, on ira sur quel continent ? », demande sérieusement un écolier. Un autre s'inquiète de la participation de la France à l'Euro... de foot. Quelques sourires timides qui nécessitent tout de même une mise au point par le professeur : « On parle de l'Union européenne. La France restera de toute façon sur le continent européen. »

Le Brexit, beaucoup en ont entendu parler. Et si la France devait suivre le même chemin ? Les jeunes Plélanais ont des avis bien tranchés. « Ma mère a dit que si on sort de l'Europe, ce sera la catastrophe ! » Pour son camarade, « ce serait un gros changement. Déjà qu'en étant dans l'Europe notre pays va mal, si on en sort ce sera encore pire ».

En une petite heure, difficile de faire le tour des préoccupations de ces jeunes citoyens. Certains avouent d'ailleurs que ça ne les intéresse pas plus que ça. Reste que la majorité se montre plutôt attentive, à défaut d'être complètement captivée.

Mais s'il y a une chose qu'ils ont retenue, c'est que les beaux discours, ça ne suffit pas. « On sait que les candidats ne tiennent pas toujours leurs promesses... »

Pascale LE GUILLOU.

Plélan-le-Grand - 3 772 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Plélan-le-Grand

« La religion permet de prendre du recul »

Dimanche, des centaines de fidèles se sont retrouvées à Monthault à l'occasion du chemin de croix vivant. L'occasion de recueillir leur sentiment sur les élections.

La marche est solennelle, presque silencieuse. En ce dimanche des Rameaux, des centaines de chrétiens gravissent le rocher de la chapelle Notre-Dame de la Délivrance, à Monthault, où, depuis trente ans, un chemin de croix vivant est organisé.

La plupart des participants viennent des communes avoisinantes. Ils sont là « pour se ressourcer », « par acte de foi » ou « par curiosité ». Et alors qu'un acteur, coiffé d'une réplique de la Sainte couronne d'épines, avance d'une station à l'autre, les fidèles lui emboîtent le pas religieusement.

À quoi pensent-ils ? « À beaucoup de choses, mais certainement pas à la politique, répond l'un d'eux. Dès que l'on allume la télévision, qu'on lit les journaux, qu'on discute avec des amis... la politique s'immisce. C'est normal, du fait des prochaines élections, mais c'est usant. »

« Des officiers de salon »

Par discrétion ou agacement, en ce dimanche ensoleillé, plusieurs personnes bottent en touche quand il est question de parler de la campagne présidentielle. « Il faut dire que l'on entend tellement de choses, tellement d'histoires. Comment voulez-vous que l'on s'y retrouve », lâchent, désabusées, deux retraitées originaires de Mellé.

Un peu à l'écart, Marie, la cinquantaine, avoue elle aussi être un peu perdue. « Je sais pour qui je ne voterais pas, mais pour le reste... C'est plus compliqué. »

« On ne nous propose que des officiers de salon, or pour commander des hommes, il faut savoir se mettre à leur place », abonde dans le même sens un habitant de Maen-Roch.

Sur le chemin de la démocratie, les croyants semblent avoir du mal à trouver des repères. Pourtant, si l'on en croit Henri Chesnel, vicaire général du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo, qui préside la cérémonie ce jour-là, la religion peut être un guide au moment de mettre son bulletin dans l'urne. « L'église n'est pas une tribune politique, mais la prière n'est pas coupée du monde, explique-t-il. Quand la parole de Jésus nous dit qu'il faut prêter attention à ceux qui souffrent, elle nous indique un chemin de vie que nous ne devons pas oublier. »

Seulement, cette manière de vivre, chacun l'interprète en son âme et conscience et semble finalement peu influencer le vote de ces électeurs. « Mises à part les différentes opinions sur la laïcité, qui pourraient nous renvoyer vers tel ou tel candidat, la religion permet simplement de prendre du recul. Dans l'isoloir, chacun est libre de suivre ce que lui dicte sa pensée », résume un fidèle.

Une opinion qui n'est pas toujours très tendre à l'égard des grands favoris du scrutin. Car, si la plupart des croyants rencontrés dimanche assurent qu'ils iront voter, plusieurs, entre deux messes basses, recommandent volontiers aux candidats d'aller se confesser...

Charles DROUILLY.

Monthault - 271 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Monthault

« Voter pour donner une claque au système »

Deux anciens salariés des abattoirs AIM d'Antrain ont perdu leur emploi. Ils témoignent de cet épisode douloureux qui aura des conséquences sur leur vote.

« Quel gâchis... » À quelques encablures du bourg d'Antrain, à proximité des bâtiments qui appartenaient auparavant au groupe Abattoirs industriels de la Manche (AIM), Jean-François Monnereau ne fait pas semblant d'être ému. Partagé entre colère et tristesse, il n'ose pas regarder son ancien lieu de travail.

Pendant plusieurs années, cet homme, aujourd'hui âgé de 59 ans, y a exercé le métier de désosseur-pareur. Mais englué dans des difficultés financières, son employeur dépose le bilan, en janvier 2015.

La faute à la crise ? « Cette situation, nous, les salariés, nous l'avons vue venir. Nous l'avons même dénoncée. Mais la direction ne voulait rien entendre », enrage encore Jean-François Monnereau.

« Nous avons été oubliés »

À ses côtés, un ancien technicien de maintenance qui souhaite rester anonyme, partage son désarroi. « Mais le pire est arrivé après, lâche-t-il. Il y avait deux repreneurs susceptibles de récupérer la boîte et, avec l'un d'eux, je pense que l'on aurait pu sauver tout le monde. »

Pour rappel, à l'époque, le site d'Antrain employait 179 salariés. Deux offres de reprise avaient été déposées : les Établissements Fantou, qui s'engageaient à conserver 107 salariés et Montfort Viandes, qui ne comptait en garder que 61. La première sera finalement retirée au profit de la seconde.

« Beaucoup de personnes sont restées sur le carreau, poursuit son ancien collègue. Il y a eu une commission de suivi. Ils ont fait beaucoup pour les salariés, leur maximum je pense. Mais sans formation, sans diplôme, ils ne pouvaient pas faire de miracle... »

Les deux hommes sont toujours en contact avec d'anciens collègues. « Nous avons été oubliés, jetés dehors comme des malpropres. Certains ont eu beaucoup de mal à remonter la pente. Je connais quelqu'un qui est encore très durement touché par ce que nous avons vécu. »

« C'est du pareil au même »

Dans dix jours, au moment de mettre un bulletin dans l'urne, ces ouvriers comptent bien rendre la monnaie de leur pièce à ceux qu'ils tiennent pour responsable de cette situation.

« À l'époque, nous avons rencontré Ségolène Royal et Stéphane Le Foll. Ils nous ont fait des promesses. On attend toujours... », rapporte l'ancien technicien de maintenance.

« Macron, Fillon, c'est du pareil au même, ajoute Jean-François. Le système actuel est de pire en pire pour les salariés. Quand ils visitent les entreprises, les politiciens ne se rendent pas compte de l'état dans lequel se trouve le monde du travail. Il faut qu'ils ouvrent les yeux. »

Pour les réveiller, les deux chômeurs misent sur les coups de balai de Mélenchon.

« Il n'y a pas si longtemps je pensais voter pour Marine Le Pen. Pour donner une claque à ceux qui ont le pouvoir, reconnaît Jean-François Monnereau. Mais l'idée de bâtir une VIe République me plaît. Je pense que l'on peut relancer l'économie sans pour autant étouffer les ouvriers. Je crois que l'on peut dépasser les calculs politiciens et remettre le pays en marche, vers un monde plus humain. »

Charles DROUILLY.

Antrain - 1 342 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Antrain

« Notre travail est de plus en plus administratif »

Dans la commune de Combourg, entre Rennes et Saint-Malo, le jeune médecin Frédéric Mas partage sa vision de la profession de généraliste.

Combourg, 6 000 habitants. C'est à quelques pas de l'église seulement, dans une maison médicale en plein coeur du bourg, qu'exerce le Dr Frédéric Mas, 37 ans. Son bureau est lumineux, bien équipé, accessible. Pas de quoi envier ses confrères de la ville.

Frédéric Mas le dit lui-même, « la différence se ressent peu dans l'exercice de notre métier. La population est plus âgée en campagne, mais on a aussi beaucoup de jeunes, du fait de la proximité avec la ville ».

Installé depuis 2010 dans la commune, après trois années de remplacements, le jeune médecin ne regrette pas son choix. « Ici, il y a une notion de médecin de famille qui m'est chère. On suit vraiment toutes les générations, de l'arrière-grand-mère aux petits-enfants. »

Autre avantage d'une population restreinte : les professionnels de la santé se connaissent mieux. « On peut mettre en place des projets, travailler ensemble. »

Désintérêt des jeunes générations

Malgré tout, Frédéric Mas déplore le désintérêt de nombreux jeunes pour la profession. « Que ce soit en ville ou à la campagne, le mode d'exercice n'est pas suffisamment attrayant pour les jeunes, alors qu'on a de moins en moins de médecins. »

Un problème qu'il attribue à un manque de souplesse de la part des pouvoirs publics. « Il y a aujourd'hui une forme d'idéologie, au sein des pouvoirs publics, à faire disparaître l'aspect libéral de notre profession. On aimerait mettre en place plus de projets, faire de la prévention, mais les cahiers des charges sont extrêmement lourds. Notre travail est de plus en plus administratif. Ce n'est pas tenable en termes de disponibilité et de coût. »

Des conditions qui poussent certains médecins à se passer d'un secrétariat. Pourtant, « on est une oreille attentive aux patients, expliquent Coline Gautier et Isabelle Bernard, secrétaires à la maison médicale. On connaît les gens, ils nous confient leurs soucis. Cela créer une véritable relation de confiance. »

Des patients désabusés

À l'approche des présidentielles, aucun candidat ne se démarque vraiment pour le Dr Mas. « Cela fait peur, pour des jeunes, d'entrer dans toutes ces démarches. Il faudrait apporter de la fluidité dans la coordination des soins. Mais actuellement, aucun candidat n'a vraiment compris ce problème. »

Un peu plus loin, en salle d'attente, autre son de cloche. Sylvie et Dominique, deux patientes, sont unanimes : « En zone rurale, on est deux fois plus impactés par l'isolement. »

« S'il nous arrive quelque chose, on a le temps de mourir, ironise à peine Dominique. Quand on n'est pas motorisé, c'est la galère. Et si on doit faire des examens à Rennes, n'en parlons pas. Le train coûte 20 €, il faut se libérer la journée entière. La mobilité, c'est le coeur. »

« Et puis ici, il n'y a pas de travail », déplore Sylvie. « Et quand il y en a, les gens viennent le chercher, mais n'habitent pas là, ajoute Dominique. Les petites communes deviennent des cités-dortoirs. »

Ce qu'elles attendent des élections ? « Rien. Ça fait dix ans, vingt ans, qu'on nous promet la même chose. Mais rien n'est fait », conclut Sylvie.

Émilie GINESTOU.

Combourg - 5 813 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Combourg

« Les bonnes initiatives sont quand même rares »

Malgré l'expérimentation d'un dispositif innovant et la venue récente d'une ministre, les habitants de Pipriac se sentent délaissés par les candidats.

Devant les étalages de fruits et légumes, les Pipriatains ont des avis très tranchés. « On n'a jamais vu une élection comme cette année », souffle Margot, 67 ans, lassée. Les affaires juridiques sont pointées du doigt, mais aussi la déconnexion de la réalité des candidats. « Ils ne vont pas sur le terrain et restent dans leur tour d'ivoire. La preuve, ils ne connaissent pas le prix d'une baguette de pain », dénonce Yves.

Pourtant, il y a quelques semaines, Pipriac et sa voisine Saint-Ganton recevaient toutes les attentions des représentants politiques et des médias nationaux, grâce à l'expérimentation Territoire zéro chômeur. L'initiative est particulièrement innovante et saluée.

Une entreprise, Tezea, embauche tous les demandeurs d'emploi volontaires afin de réaliser des tâches habituellement délaissées par les sociétés classiques. Et, pour lui permettre de boucler son budget en complément de ses activités, l'État redirige le coût habituel du chômage, soit entre 15 000 et 20 000 € par personne chaque année. Quatre-vingts personnes devraient en bénéficier d'ici l'été.

« Dispositif intelligent »

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, s'est notamment déplacée en février. Mais cette visite, en catimini, n'a pas redoré le blason des personnalités politiques. « Certains cherchent à améliorer les choses, mais en règle générale, les candidats s'occupent de leur programme sans se soucier des électeurs », pense Joseph. Jean-Jacques, un autre habitué, ajoute : « Ils s'intéressent uniquement aux territoires où ils peuvent récupérer des voix, c'est du marketing. »

Jacqueline a une autre vision, comme d'autres sur le marché ce jour-là : « Territoire zéro chômeur est un dispositif intelligent, c'est une bonne initiative. » La jeune retraitée reste cependant sceptique sur la suite : « Les bonnes initiatives sont quand même rares et elles n'effacent pas le manque d'attention des candidats pour les petits villages. Mon vote ne sera pas influencé par cette mesure ou une autre. »

Un autre citoyen ajoute : « Si le dispositif fonctionne bien, les politiques vont pouvoir s'en servir et on entendra parler des campagnes. » Reste que pour la majorité des habitants rencontrés, les représentants politiques ne sont pas populaires. « Ils prétendent qu'ils sont là pour le peuple, mais ils sont surtout là pour leur portefeuille », lance Joseph, très remonté.

Certains ont déjà leur avis, comme Jean-Claude, qui votera Macron. Cet ancien militant socialiste l'assure : « Toute ma famille votera pour lui. » Il y a aussi les indécis, et notamment Margot : « Quand on discute avec des amies, on est d'accord pour dire qu'on est toutes dans l'indécision, même avec une orientation politique au départ. »

Benjamin ALEBERTEAU.

Pipriac - 3 685 habitants

Les résultats de la présidentielle 2012 à Pipriac

Dimanche 23 avril 2017,

dès 20 h, retrouvez

tous les résultats de l'élection présidentielle

sur www.ouest-france.fr

Credits:

Created with images by Unsplash - "christmas yuletide mistletoe"

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