Loading

“Gilets jaunes” : QUAND LA RÉUNION SE RÉVOLTE

Depuis le 17 novembre 2018, date de la première journée de mobilisation des “gilets jaunes” partout en France, des milliers de Réunionnais ont trouvé là une occasion d'exprimer leur ras-le-bol, non seulement envers un coût de la vie trop cher, mais aussi envers une classe politique en qui ils n'ont plus confiance. Retour sur une mobilisation hors-normes, jour par jour.

Textes : Johanne Chung-to-sang

Images : Stéphane Laï-Yu, Ludovic Laï-Yu, Aurore Turpin, Philippe Madubost, Jean-Philippe Lutton, Christophe Erima, Emmanuel Morille & Valeska Grondin

Samedi 17 novembre 2018

Alors que les appels à manifester ce 17 novembre se multiplient sur les réseaux sociaux, au samedi matin, La Réunion ignore encore qu'elle se trouve au premier jour d'une mobilisation inédite, qui mènera à plus de deux semaines de paralysie du département.

Tôt le matin, quelques barrages se sont organisés, dont les premiers au rond-point des Azalées au Tampon, au rond-point de Gillot à Sainte-Marie, au rond-point de Bel Air à Saint-Louis ou encore au rond-point des Plaines à Saint-Benoît... Les débuts de la mobilisation restent pourtant timides. Mais très vite les vidéos se multiplient sur les réseaux sociaux, et le jaune commence à séduire. Les premiers manifestants sont rejoints sur les points de blocage pré-cités par d'autres Réunionnais.

Au fil de la journée d'autres barrages naissent sur les 4 voies, dans les rond-points, toutes communes confondues. Au plus fort de la mobilisation, on compte alors une grosse vingtaine de blocages principaux, sans compter les dizaines de petits rond-point dans les écarts, où les riverains sont aussi descendus afin de montrer leur mécontentement. Idem aux abords de la préfecture, ou encore des centres commerciaux.

A la mi-journée, ça y est, La Réunion est paralysée. Des kilomètres de bouchons se forment un peu partout, et les automobilistes trépignent d'impatience, sans se douter qu'il ne s'agit que d'un début. Peu à peu, les centres commerciaux et les supermarchés ferment, parfois sur demande des “gilets jaunes”, ou par crainte de débordements à proximité.

Un groupe de manifestants entreprend de bloquer l'accès au Port-Est.

Le soir tombé, la pression elle, reste au maximum. Les manifestants, qui se sont rassemblés un peu par hasard, ne sont pas organisés pour la plupart. Mais le noyau dur lui, anticipe une poursuite du mouvement et décide de passer la nuit sur place, comme à Gillot. Globalement, l'ambiance, ce premier jour, est bon enfant sur les barrages. Même si à plusieurs endroits le ton est monté, un automobiliste n'hésitant pas à faire usage de son pistolet à grenaille pour tirer en l'air, à Saint-Leu. A Sainte-Marie, un bus de touristes est caillassé.

Parallèlement, la situation dégénère à la nuit tombée quand des fauteurs de trouble décident de profiter du désordre ambiant. Sur certains barrages, les “gilets jaunes” de la journée laissent la place à des individus aux intentions moins louables, qui n'hésitent pas à demander de l'argent aux automobilistes pour qu'ils puissent poursuivre leur chemin.

Les quartiers les plus sensibles s'animent de feux de voitures, de poubelles, ou de barricades, notamment aux abords de rond-points. C'est le cas au Chaudron, au Moufia, à Vauban, à Saint-Benoît, à la Rivière-des-Galets, mais aussi à Langevin, Sainte-Anne, La Possession, Salazie, à la Ravine-des-Cabris ou à la Rivière Saint-Louis... Les forces de l'ordre resteront mobilisées toute la nuit, mais aussi les pompiers, afin d'éteindre les nombreux incendies.

Dimanche 18 novembre 2018

Au petit matin, les “gilets jaunes” remettent ça, estimant la colère trop forte pour n'être exprimée que le samedi 17 novembre. A Gillot, le barrage filtrant de la veille est remis en place, au niveau de la 4 voies. A l'instar de ce dernier, beaucoup d'autres érigés la veille sont encore d'actualité, et de nouveaux viennent encore s'y ajouter. Le mouvement “gilet jaune” est en train de prendre à La Réunion. Comme le samedi, les accès aux centres commerciaux sont bloqués par des manifestants.

L'aéroport, dont l'accès est bloqué par un barrage au rond-point à proximité, doit s'adapter. Les compagnies aériennes décalent leur planning de vol.

La nuit, les violences redoublent. Au Port, la concession Peugeot prend feu suite à des tirs de cocktail molotov. Plusieurs dizaines de voitures sont détruites et d'autres dégradées, pour un préjudice estimé à plus d'un million d'euros de dégâts. Quelques kilomètres plus loin, les jeunes émeutiers s'en prennent au restaurant McDo, qui est saccagé, pillé, et en partie incendié.

A Saint-Pierre ou à Saint-Denis, ainsi que dans d'autres communes, mêmes scènes que la nuit précédentes : des feux sont mis à des dizaines d'endroits, notamment dans le but de faire intervenir les forces de l'ordre et d'aller à l'affrontement avec ces dernières.

La question qui est dans toutes les têtes ce dimanche soir : la vie va-t-elle reprendre son cours normal après ce week-end agité ?

Lundi 19 novembre 2018

La réponse ne s'est pas faite tarder. Dès le lundi matin, les “gilets jaunes” remettent ça, plus déterminés que jamais à ne pas déserter les rues sans réponses à leurs revendications, qui ne tournent plus qu'autour du prix des carburants, mais autour de la vie chère de façon générale.

Les “gilets jaunes” l'ont dit : ce lundi serait un “lundi noir”. En fin de matinée, devant les difficultés de circulation, le rectorat décide la fermeture des établissements scolaires. L'Université n'ouvre pas non plus.

Les kilomètres de bouchons s'accumulent en effet aux abords des barrages qui ne sont plus seulement observés aux rond-points, mais aussi sur les 4 voies sur les principaux axes routiers de l'île : au niveau de Bel Air à Saint-Louis, au niveau de la Cocoteraie à Saint-André, à Quartier Français à Sainte-Suzanne, au niveau du Sacré Coeur au Port, au niveau de Gillot à Sainte-Marie... Au total, près de 30 barrages sont recensés.

Alors que le week-end, les forces de l'ordre étaient peu intervenues sur les barrages, le lundi, elles décident d'en évacuer certains, notamment celui de l'entrée de la route du littoral côté Saint-Denis. Provoquant la colère des manifestants qui estimaient être “pacifistes”.

Le matin, un défilé de manifestants fait même fermer les magasins du centre-ville de Saint-Denis. Des images frappantes montrent des jeunes du quartier piller le magasin Intersport près du boulevard Bank, et en repartir avec des articles de sport.

En fin d'après-midi, des cambrioleurs forcent l'entrée du magasin C'Ideal au Chaudron, pour repartir avec l'argent de la caisse.

En début d'après-midi, des manifestants attaquent l'hôtel de Région, et pénètrent à l'intérieur. Des violences et dégradations dont les auteurs seront condamnés, puisque 5 hommes ont été interpellés.

Les stations-service sont appelées à fermer, la SRPP étant bloquée à ce moment-là par des “gilets jaunes”. La préfecture active en fin de journée le plan Orsec “ressources hydrocarbures” et réquisitionne des stations.

Le soir, de nouvelles échauffourées éclatent dans les mêmes quartiers que précédemment. Ce malgré l'interdiction prise par plusieurs communes pour interdire la vente d'alcool et sa consommation sur la voie publique.

Les affrontements entre jeunes émeutiers et forces de l'ordre se poursuivront encore toute la nuit, tout comme les pillages dont sont victimes le Score de Vauban près du rond-point de la CGSS, la boutique Orange du Tampon, la boutique SFR de Saint-Paul, la supérette Simply Market de la Providence... parmi d'autres. A La Ravine-des-Cabris, des jeunes tentent, pour la troisième fois, de pénétrer dans le supermarché Leclerc.

Dans la nuit, le domicile du maire de Saint-Louis, Patrick Malet, est attaqué aux cocktails molotov.

Le préfet Amaury de Saint-Quentin demande des renforts à Paris, qui arriveront les prochains jours. Depuis Paris, la ministre des Outre-mer indique depuis Paris que la priorité est au “rétablissement de l'ordre public”.

Pendant ce temps-là, du côté des politiques, on comprend bien que quelque chose est en train de se passer à La Réunion. Certains se risquent à un communiqué ou une tribune, mais peu se rendent sur le terrain parmi les “gilets jaunes”. Ils se savent peu désirés sur les barrages...

Mardi 20 novembre 2018

Quatrième jour de blocages à La Réunion, sensiblement aux mêmes endroits que précédemment. Une trentaine de points de blocages sont constatés sur l'île par le comité de gestion des routes.

Dans plusieurs communes, les commerçants hésitent à ouvrir, les centre-villes font, à quelques semaines de Noël, triste mine. Les grandes surfaces n'ouvrent pas toute la journée, et les commerces de proximité sont pris d'assaut. La CCIR annonce son intention de demander l'état de “catastrophe économique”.

La Réunion est totalement paralysée : au moment le plus critique de la journée, on constatera même plus de 40 blocages. Les établissements scolaires et l'Université restent fermés.

Pendant ce temps-là, les premiers casseurs sont jugés, et sont condamnés à des peines qui serviront d'exemple. Pour le pillage du Promocash à Sainte-Marie, l'un d'eux prend 2 ans de prison ferme avec mandat de dépôt. Trois jeunes Dionysiens sont condamnés à cinq mois de prison pour avoir brûlé des poubelles.

Afin de faire cesser les violences nocturnes a minima, le préfet décide de la mise en place d'une “interdiction de circuler”, soit une sorte de couvre-feu, de 21h à 6h, dans 14 communes de l'île particulièrement concernées par les échauffourées. Il entre en vigueur dès le mardi soir.

Entre-temps, les premiers renforts de gendarmes mobiles sont arrivés à La Réunion.

Amaury de Saint-Quentin tente de nouer le dialogue avec des “gilets jaunes”. Mais pour diverses raisons, ces négociations ne mèneront pas à l'amélioration de la situation. Le débat s'installe autour de la légitimité de porte-paroles, ou encore sur la diffusion en direct des échanges entre délégations et autorités.

En fin de journée, le président de Région annonce le gel des taxes sur les carburants pour tous les Réunionnais. Mais les “gilets jaunes” sont désormais en guerre contre la cherté de la vie, et cette mesure ne trouve par grâce à leurs yeux.

Malgré le couvre-feu qui débute ce mardi soir, certains “gilets jaunes” ne lâchent pas leur blocage, comme à la SRPP au Port.

Au Chaudron, ce sont les émeutiers qui font fi de l'interdiction de circuler, et se livrent à des heures d'affrontements avec la police. Le chef du GIPN en sortira gravement blessé à la main, lors d'un tir accidentel de grenade. Le bilan est éloquent : 38 émeutiers seront interpellés cette nuit-là, et 16 forces de l'ordre blessés.

Mercredi 21 novembre 2018

5ème jour de crise. Les “gilets jaunes” peaufinent désormais leurs revendications. D'autres gendarmes mobiles arrivent en renfort. Du côté des blocages, ils se poursuivent. Des pénuries d'essence commencent à se faire ressentir chez les automobilistes. Mais les forces de l'ordre réussissent, dans la matinée, à déloger les “gilets jaunes” de la SRPP. Mais le kérosène est rationné, et les rotations aériennes sont réduites.

Les éleveurs eux, sont inquiets : ils ne sont plus approvisionnés en aliments pour animaux. La Réunion tourne au ralenti, pour ne pas dire pas du tout : les services administratifs sont nombreux à être fermés, tout comme les commerces.

Côté justice, les procès se poursuivent. Deux pilleurs du Score Vauban interpellés sont condamnés par exemple, à 6 mois de prison ferme. Trois pilleurs d'une concession de motos à 8 mois de prison. Mais cela ne met pas fin aux pillages pour autant : alors que la situation est tendue au Port, et que de violents échanges ont lieu entre des jeunes et forces de l'ordre, le magasin S'center est pillé en plein après-midi.

Un collectif d'artistes réunionnais lance un appel au calme en vidéo.

n fin de journée, une nouvelle rencontre est prévue entre des “gilets jaunes” et le préfet. Mais elle échoue encore, les manifestants souhaitant encore travailler leurs revendications.

Mais petit à petit, le mouvement tente de se structurer en collectifs. Plusieurs sont créés, dont la “Coordination des gilets jaunes responsables”, qui deviendra ensuite “Tous Unis pour La Réunion”.

En revanche, cette nuit de mercredi sera, au regard des précédentes, plus calme, certaines communes faisant encore exception. 16 personnes seront tout de même interpellées dans la nuit.

Jeudi 22 novembre 2018

Au 6ème jour de blocages, les acteurs économiques s'inquiètent, et réclament des mesures d'urgence. Les stations sont à sec pour la plupart, les efforts de ravitaillement se concentrant sur les stations réquisitionnées. Les commerces ouvrent quelques heures, mais les rayons sont vides et les clients nombreux.

Le réapprovisionnement tente alors de s'organiser de manière différente, et certains agriculteurs sont invités à écouler leurs produits directement sur les barrages.

Les “gilets jaunes” eux, maintiennent la pression sur les routes, avec encore plus de 30 barrages constatés dans la journée. Mais un des sites bloqués rassemble de plus en plus de monde : le Port-Est, tenu depuis le premier jour par les manifestants. Le soir venu, plusieurs centaines viennent y passer un moment, avec musique et jeux de lumières... en dépit du couvre-feu.

Les comportements malveillants sur des barrages tenus par de “faux gilets jaunes” comme on les appelle alors, ne se sont pas arrêtés. Un couple par exemple, sera interpellé ce soir-là à Sainte-Marie, pour avoir racketté des automobilistes. Quelques jours plus tard, ils seront condamnés à 18 et 24 mois de prison ferme.

Des élus, dont Jean-Hugues Ratenon ou Didier Robert, écrivent au président de la République lui demandant d'agir. La ministre Annick Girardin, de toute façon, sera bientôt sur l'île, apprend-on. Mais que faire en attendant ?

Vendredi 23 novembre 2018

7ème jour de blocage, et les “gilets jaunes” sont toujours en quête de référents. Même si la question de la légitimité de ces derniers pose toujours question pour les “gilets jaunes”. 5 revendications émergent du côté de la Coordination des “gilets jaunes” responsables.

Dans l'après-midi, une délégation de “gilets jaunes” doit rencontrer, pour de bon, le préfet, malgré des désaccords parmi eux. Une motion est finalement remise en préfecture par deux manifestants seulement.

Après une semaine de blocages, - qui durent toujours – les entreprises réunionnaises sont déjà à bout de souffle. Bars et restaurants inclus, puisque le couvre-feu le soir, et l'interdiction de vendre de l'alcool sur plusieurs communes, ainsi que les violences urbaines, empêche leur activité

La pénurie est désormais en vue, surtout pour les produits frais très disputés dans les rayons.

Les barrages eux, tiennent bon : au rond-point des Azalées au Tampon, comme à Gillot, parmi tant d'autres, les “gilets jaunes” s'organisent pour maintenir la pression. D'ailleurs, à Sainte-Suzanne, le mouvement reçoit l'aide des transporteurs qui montent eux aussi un barrage.

Le couvre-feu aide à réduire les violences urbaines, sans les faire disparaître totalement : à ce stade, les autorités déplorent une quarantaine de véhicules incendiés depuis le début de la crise... D'ailleurs, Amaury de Saint-Quentin décide de prolonger son arrêté d'interdiction de circuler jusqu'à dimanche matin. Ce qui n'arrêtera pas les “gilets jaunes” qui, après l'entrée en vigueur de l'interdiction de circuler, se rassembleront encore cette soirée de vendredi 23 novembre devant la préfecture ou sur le Port-Est.

Samedi 24 novembre 2018

8ème jour de conflit, mais aussi jour de grand rassemblement, au Port-Est. Les barrages habituels restent plus ou moins en place.

Le matin, alors qu'il avait été pointé du doigt pour ne pas avoir été à la rencontre des “gilets jaunes” à l'extérieur de la préfecture, c'est exactement ce que fera Amaury de Saint-Quentin. Qui après quelques mots pour les manifestants, leur annonce sa décision d'installer un kiosque dans ces jardins, pour recueillir les revendications de chacun.

Pendant ce temps-là, des centaines de manifestants convergent, souvent par convois de bus, vers le Port-Est. Les quelques centaines qui manifestent sur fond de maloya les rejoignent aussi. A la mi-journée, ils sont environ 2000 “gilets jaunes” réunis pour partager un pique-nique.

Parmi les sympathisants, l'ancien député-maire de Saint-Leu, persona non grata, qui sera contraint sous les sifflets et huées des “gilets jaunes”, de quitter les lieux.

Le soir, la “fête” se poursuit au Port-Est, comme les jours précédents. Alors que la visite d'Annick Girardin à La Réunion est annoncée, les “gilets jaunes” ne veulent absolument rien lâcher avant d'avoir pu lui soumettre leurs doléances.

Heureusement, les violences urbaines elles, se font bien moins nombreuses. Le couvre-feu dure toujours, ainsi que les interdictions de vendre de l'alcool dans les communes.

Dimanche 25 novembre 2018

9ème jour, le couvre-feu a vécu. Mais la vigilance reste de mise, d'autant que les barrages eux, sont toujours là. Mais au 9ème jour de conflit, certains débordements ont encore lieu sur les barrages.

La question qui est sur toute les lèvres concerne la réouverture ou non des établissements scolaires. Si l'accalmie relative du week-end est de bonne augure pour une reprise des cours, en fin de journée, les “gilets jaunes” se concertent : ils ne veulent pas que l'activité redémarre, y compris dans les écoles, et font passer un message en ce sens. Ils annoncent au contraire un “durcissement du mouvement” pour le lendemain.

Face à ces annonces, chacun prend ses précautions : si les établissements scolaires ouvrent, ce ne sera que pour les personnels, et pas pour les élèves. Et La Réunion se prépare à un nouveau “lundi noir”.

Lundi 26 novembre 2018

10 jours que le rythme de l'île est dicté par les “gilets jaunes”, qui d'ailleurs continuent de se coordonner.

Les barrages se défont et se refont. Ce lundi est annoncé comme “critique” sur les routes, en effectivement, au plus fort de la journée, on constate une soixantaine de blocages.

D'ailleurs, une partie plus “modérée” des “gilets jaunes” souhaitent au contraire un assouplissement du mouvement, avec moins de barrages, afin de ne pas retourner l'opinion publique contre eux. Mais tous ne l'entendent pas de cette oreille.

Certains manifestants n'hésitent pas à faire fermer des mairies, des centres commerciaux. D'ailleurs, ces derniers ne restent pas ouverts toute la journée malgré la foule qui s'y presse. Côté denrées, l'inquiétude grandit. D'autant que le barrage du Port-Est est toujours tenu par des manifestants, qui ont le soutien des dockers. Un temps envisagée, une tentative d'évacuation par les forces de l'ordre n'aura finalement pas lieu.

Le préfet Amaury de Saint-Quentin annonce des premières mesures d'accompagnement à destination des entreprises, qui sont de plus en plus nombreuses à crier leur souffrance.

Mardi 27 novembre 2018

11 jours de “gilets jaunes” à La Réunion, mais le carburant est moins cher... Annoncée par la ministre des Outre-mer, la baisse du prix du sans-plomb (-7 centimes) et du gazole (-13 centimes) est effective ce mardi, quelques jours plus tôt que prévu. Mais il s'agit surtout ici d'une baisse de prix liée au prix du baril dans le contexte international... Pas de quoi calmer les colères, donc.

Pendant ce temps, l'aéroport lui fonctionne toujours en mode “dégradé”, subissant la pénurie de kérosène. Les établissements scolaires n'ont toujours pas rouvert leurs portes aux élèves. Et les “gilets jaunes” sont en pleine concertation avant l'arrivée d'Annick Girardin prévue le lendemain matin.

A la veille de cette arrivée, la tension monte encore d'un cran. Surtout quand les forces de l'ordre, qui jusqu'ici n'avaient pas vraiment insisté à déloger les “gilets jaunes”, entreprennent de lever les barrages de la Cocoteraie et de Bel Air le matin, puis de La Possession à l'entrée de la route du littoral en fin de journée. A tous ces endroits, les manifestants se plaindront d'une intervention et d'un usage de violence injustifiés.

A Camp Magloire, près du barrage de la Possession, les affrontements avec les forces de l'ordre dureront jusqu'à une heure avancée de la nuit. Les bombes à gaz lacrymogène arriveront jusqu'à un EHPAD du quartier, provoquant la désapprobation de beaucoup.

La route du littoral doit alors fermer, endommagée par ces affrontements. Certains diront alors qu'il s'agit d'une manoeuvre destinée à faire baisser le nombre de manifestants à l'accueil de la ministre qui arrive dans quelques heures.

Mercredi 28 novembre 2018

C'est au 12ème jour de paralysie de La Réunion que la ministre des Outre-mer pose le pied sur l'île. Arrivée dans la matinée, elle tient parole : sa première rencontre sera pour les “gilets jaunes” du barrage de Gillot. Près de 3000 Réunionnais en colère l'attendent de pied ferme sur le barrage à proximité de l'aéroport, souhaitant des réponses concrètes à la problématique du pouvoir d'achat.

Pendant près d'une heure, Annick Girardin tendra le micro à ceux qui veulent exprimer leurs revendications, parmi lesquelles une minute de silence pour les “personnes blessées par les tirs de lacrymogènes sur les barrages” la veille.

La ministre rejoindra ensuite la préfecture, où là encore des délégations de “gilets jaunes” l'attendaient. Devant les grilles, elle échangera avec certains avant de recevoir les délégations à l'intérieur de la préfecture. Pendant 4 heures d'échanges filmés, Annick Girardin écoutera ce matin là une trentaine de “gilets jaunes” du Nord. Le reste de l'après-midi sera dédié à une rencontre avec les maires du Nord et de l'Ouest.

Le soir, elle conclue sa première journée de visite par une première salve d'annonces dans le domaine du social et de la lutte contre la pauvreté : minimum vieillesse revalorisé, annulation de l'augmentation de la CSG pour les plus pauvres, revalorisation de la prime d'activité, prise en charge totale pour les frais d'optique, dentaires et de prothèses auditives, places de crèches supplémentaires, petits déjeuners offerts dans les écoles... Mais elles peinent à convaincre, plusieurs pointant aussitôt du doigt des mesures “réchauffées”, déjà annoncées au préalable.

En marge des rencontres avec Annick Girardin, des rond-points restent bloqués, et ce soir-là, un adolescent est renversé, légèrement blessé, sur un de ces barrages sauvages. La situation commence à inquiéter les autorités sanitaires, et l'ARS déclenche le “plan blanc” dans tous les hôpitaux de l'ile.

Jeudi 29 novembre 2018

Annick Girardin pour son deuxième jour de visite, est attendue dans le Sud, puis dans l'Est. Le rectorat, la veille au soir, a annoncé la réouverture des collèges et lycées de toute l'île. A Saint-Denis et Sainte-Rose on reprend aussi l'école. Mais cette première journée de reprise progressive tournera au grand cafouillage, à cause des barrages toujours présents, de l'absence de transports scolaires ou de problèmes dans les cantines...

A Saint-Pierre le matin, elle est accueillie dans une ambiance tendue aux abords de la sous-préfecture, les “gilets jaunes” dénonçant un “foutage de gueule” concernant les annonces de la veille.

Malgré tout, un échange de plusieurs heures aura lieu, durant lequel elle réitèrera notamment sa demande de lever les barrages, sans quoi les derniers emplois seraient étouffés par cette paralysie de l'économie. Elle avance un délai de trois mois de travail, signifiant que tout ne sera pas réglé pendant sa visite de trois jours. “Soit vous me faites confiance, soit vous restez bloqués trois mois”, leur lance-t-elle.

L'après-midi, direction l'Est, à la sous-préfecture de Saint-Benoît. Là encore, elle rencontre les maires de la micro-région, puis deux délégations d'une quinzaine de manifestants de l'Est.

Plusieurs collectifs répondent à cette invitation, mais pas “Tous Unis pour La Réunion – Collectif des gilets jaunes citoyens”. Ces derniers attendent de pied ferme Annick Girardin sur le barrage de la Cocoteraie à Saint-André, afin de lui remettre une liste de revendications collectées ces derniers jours. Mais couac dans l'organisation, et manque de temps, la ministre ne fera finalement pas de crochet par Saint-André, au grand dam du collectif.

Le soir, nouvelle salve d'annonces, concernant cette fois l'économie et l'emploi : zéro charges sur le SMIC pour favoriser les embauches, défiscalisation industrielle jusqu'en 2025, nouvelle zone franche d'activité, 1000 contrats aidés supplémentaires... Annick Girardin réclame encore une fois la levée des barrages, et avance qu'on ne “construit pas sur des cendres”... mais les “gilets jaunes” ne veulent pas relâcher la pression, en tout cas pas avant son départ et ses dernières annonces. D'autres, dans le Sud, annoncent un assouplissement du mouvement, estimant les réponses de Girardin “assez favorables”.

Juste après cette prise de parole, Annick Girardin a convié les parlementaires du département pour une réunion de travail : députés, députés européens, sénateurs doivent se retrouver à la préfecture. Sauf que la grande majorité décide de boycotter cette réunion, estimant qu'ils avaient déjà alertés les mois précédents sur cette crise sociale. Et provoquent un tollé du côté de l'opinion publique, déjà déçue de ses élus. Seuls Jean-Hugues Ratenon (quelques minutes seulement), Nadia Ramassamy, et Younouss Omarjee (député européen) feront le déplacement.

Ce soir-là, un nouvel accident de la route vient émailler la mobilisation : un motard est blessé après une chute sur un barrage, au Port.

Vendredi 30 novembre 2018

Progressivement, les écoles ouvrent à nouveau. Cette troisième et dernière journée de visite pour Annick Girardin, au 14ème jour de mobilisation réunionnaise, débute au Port. Sans avertir qui que ce soit, à l'abri des objectifs de la presse, la ministre des outre-mer se rend au Port Est pour dialoguer avec les manifestants qui y siègent depuis le tout premier jour.

Puis, direction la sous-préfecture de Saint-Paul pour rencontrer deux délégations. L'après-midi, c'est le monde économique qu'Annick Girardin réunit autour d'une table à la préfecture, pour une réunion de travail. Avant la dernière salve d'annonces, la plus attendue par les Réunionnais : celle sur le pouvoir d'achat.

Mais avant, elle accorde une vingtaine de minutes au collectif “Tous Unis pour La Réunion”, qui la veille avait eu le sentiment de s'être fait poser un lapin sur le barrage de la Cocoteraie. Eux veulent lui transmettre une liste de revendications “du peuple”, mais qui ne sera finalisée que le dimanche, alors qu'Annick Girardin repart le samedi. Qu'à cela ne tienne, la ministre leur propose de les entendre depuis Paris par le biais d'une visioconférence.

En début de soirée, la ministre prend la parole à la préfecture, mais elle n'est pas seule. C'est un peu le “retour” sur la scène des élus qui, depuis plusieurs jours, avaient été pointés du doigt.

Aux côtés de la ministre qui passe en quelque sorte le relais, le président du Département Cyrille Melchior et le président de Région Didier Robert se fendent également d'un discours à l'attention des Réunionnais, garantissant qu'ils feront leur possible pour travailler avec les “gilets jaunes” pour plus de justice sociale.

Dans la foulée, Didier Robert annonce sa démission de la SPL Réunion des Musées Régionaux, et promet la création d'un conseil consultatif citoyen, de mener un travail sur la réforme de l'octroi de mer, d'instaurer une charte de transparence et d'efficacité des fonds publics, de créer une “continuité territoriale pour le fret”, ou encore d'imposer la règle “un homme, une fonction, un mandat”.

Annick Girardin elle, poursuit avec ses annonces sur le pouvoir d'achat : baisse du prix du bouclier qualité prix, création d'un panier de produits pays à prix abordable, d'ouvrir l'Observatoire des prix à un panel de 50 citoyens... et promet de faire intervenir l'Autorité de la concurrence pour scruter les prix à La Réunion.

Après ces diverses annonces, élus locaux et ministre estiment qu'ils ont tout fait pour renouer le dialogue, et que les barrages doivent désormais cesser pour laisser l'économie redémarrer.

Samedi 1er décembre 2018

La ministre a peut-être été entendue par les “gilets jaunes” ce 15ème jour de mobilisation. Dès le lendemain de ses dernières annonces, alors qu'elle doit reprendre l'avion pour la métropole, les barrages sont beaucoup moins nombreux sur les routes. Même si un grand nombre de “gilets jaunes” de La Réunion ne sont pas encore satisfaits et ne veulent pas stopper le mouvement. Certains organisent une marche à Saint-Denis, d'autres font fermer des centres commerciaux...

L'indéboulonnable barrage du Port Est lui, persiste, maintenant l'île dans une situation de pénurie qui préoccupe de plus en plus les autorités.

A l'aéroport, avant de repartir, Annick Girardin tient un dernier point presse, rappelant que certes, tout n'était pas réglé, et que le “travail ne faisait que commencer”. “La Réunion va s'en sortir et je serai à côté d'elle”, conclut-elle.

Pendant ce temps-là, à Paris, la situation se corse et donne lieu à de violents affrontements sur les Champs Elysées.

Dimanche 2 décembre 2018

16ème jour de mobilisation des “gilets jaunes” depuis le 17 novembre. Après le départ d'Annick Girardin, quelques petits barrages perdurent sur des rond-points notamment.

Si la tension est bien moins vive que les dernières semaines, elle reste palpable. Ainsi, la mi-journée est marquée par un incident à Saint-Gilles, lorsqu'un homme, à la vue de “gilets jaunes” présents sur un rond-point, sort de son véhicule pour asperger un manifestant de bombe insecticide. La scène est filmée par hasard, et les “gilets jaunes” présents afficheront le visage de l'agresseur au yeux de tous sur les réseaux sociaux, soulevant des polémiques aux connotations souvent racistes. Il sera jugé en février.

En fin d'après-midi, comme promis, la ministre reçoit par visioconférence les “gilets jaunes” du collectif “Tous unis pour La Réunion”. Avec plus d'une heure de retard – ils ne veulent pas entrer tant que les télévisions n'acceptent pas de retransmettre la rencontre en direct - une quarantaine de manifestants est reçue à la préfecture afin de dévoiler leurs revendications à distance à Annick Girardin. Plusieurs prennent la parole, et remettent le “Livre jaune” au représentant de l'Etat. Ils souhaitent, disent-ils, qu'au moins une de leur revendication soit satisfaite immédiatement. Ce à quoi Annick Girardin répond, comme les jours précédents, que “tous les corps d'Etat seront au travail dès lundi”, en toute transparence, mais qu'on ne peut “pas changer les règles du jeu toutes les 3 minutes”.

Sur ce, le collectif se réunit afin de définir la suite à donner au mouvement dès le lendemain. La Réunion est à bout après 16 jours de blocage du port, de barrages routiers, entraînant pénuries en tous genres et asphyxie de l'économie. La population est sous tension, en témoigne l'incident quelques heures plus tôt sur ce rond-point de Saint-Gilles. Les entraves à la circulation sont de plus en plus impopulaires, et les conséquences des pertes économiques sur les revenus commencent à se dessiner. Dans un tel contexte, beaucoup veulent que le mouvement se poursuive, mais sous d'autres formes. Décision est donc prise de bloquer des lieux symboliques, tels que les mairies, la préfecture, le Département, la Région...

Lundi 3 décembre 2018

17ème jour après le début de la mobilisation, et La Réunion a la gueule de bois, mais semble prête à tenter de reprendre une vie plus ou moins normale. Les écoles, collèges, lycées, sont enfin tous ouverts. Les transports en commun reprennent, l'économie chancelle mais essaie de se relever après deux semaines d'activité grandement limitée. L'aéroport reprend progressivement son planning de vols normal. Les services administratifs réouvrent.

L'heure est maintenant au travail entamé par Annick Girardin sur plusieurs points soulevés par les “gilets jaunes”. Afin de soutenir la limitation des mandats électifs prônée par le mouvement, le député Jean-Hugues Ratenon démissionne du conseil municipal de Bras-Panon.

Reste un gros point noir : le blocage du Port Est. Les forces de l'ordre sentent bien qu'il est devenu urgent de libérer le site, pour que les marchandises puissent enfin sortir. En début d'après-midi, la police et la gendarmerie investissent le secteur. Des affrontements auront lieu tout l'après-midi, et ne s'achèveront qu'en milieu de soirée. Donnant lieu à des scènes parfois surréalistes, les manifestants opposants des feux d'artifice aux tirs de bombes lacrymogène des forces de l'ordre.

Malgré tout, policiers et gendarmes parviennent à reprendre le contrôle des lieux. Un événement qui marquera d'une certaine façon la fin du mouvement dans sa version “dure”, tel qu'il perdurait depuis le 17 novembre.

Mardi 4 décembre 2018

Après l'intervention des forces de l'ordre la veille, l'activité portuaire reprend progressivement dès le matin.

Les rencontres entre délégations de “gilets jaunes” et élus s'organisent. A la mi-journée, Didier Robert reçoit à la Région une vingtaine de manifestants, et leur propose, outre les mesures déjà évoquées le vendredi précédent, d'annuler le festival “Liberté Métisse” qui devait être organisé pour le 20 décembre. Deux jours plus tard, il recevra aussi la Coordination des “gilets jaunes” lors d'une réunion du même type. Cyrille Melchior recevra aussi des délégations au Département.

Les barrages sont désormais de l'histoire ancienne. Quant aux alternatives évoquées le dimanche soir, pour bloquer les institutions, elles ont bien du mal à rassembler, et n'auront quasiment pas lieu. Quasiment du jour au lendemain, les barrages sur les grands axes routiers disparaîtront.

Les magasins sont peu à peu réapprovisionnés, et l'Etat se mobilise pour accompagner l'économie vers un retour à l'activité, à quelques semaines des fêtes de fin d'année.

Les jours suivants

Les “gilets jaunes” tenteront encore de se mobiliser de temps à autre avec une opération-escargot ou une marche ici et là. Mais elles se font en ordre dispersé. Pour certains, ce n'est pas que le mouvement s'essouffle ou n'existe plus, mais bien que l'heure est à la structuration et à la négociation.

Dans le même temps en effet, le travail d'après-crise se poursuit avec des réunions autour du BQP notamment. Ou pour établir des mesures d'urgence à destination des entreprises en difficulté.

Un défilé peinera à mobiliser en masse dans le centre-ville de Saint-Denis le samedi 8 décembre.

Vendredi 14 décembre

Conformément à ce qui avait été promis, Olivier Noblecourt, délégué interministériel à la lutte contre la pauvreté, revient pour une visite d'une journée à La Réunion histoire de faire le point sur le travail entamé.

Dimanche 16 décembre

Une poignée de manifestants tenteront de bloquer à nouveau la SRPP, appelant en fin de journée à venir les rejoindre... Mais au petit matin, le lundi, ils seront vite délogés par les forces de l'ordre.

S'ensuivront quelques tentatives de barrages ici et là, anecdotiques. Il faut dire que nous sommes alors à quelques jours de Noël, et que la mobilisation a du mal à émerger dans ce contexte. Mais certains l'assurent : les “gilets jaunes” n'ont pas dit leur dernier mot, et parlent de remobiliser les troupes dès les fêtes passées...

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.