Les personnes en situation de handicap sont elles encore des exclues ? Article réalisé par CLÉMENCE ABRIEU, ADÈLE Fages et manon lacombe

Sommaire :

I. Histoire du handicap, une progression lente mais positive.

A. Des handicapés au banc de la société.

B. Des lumières au XXIème : un difficile processus d'insertion.

II. Une insertion sociale encore problématique

A. Vers une meilleure insertion professionnelle ?

B. Le sport : un outil d’insertion pour les personnes handicapées ?

Remerciements

Bibliographie

Introduction :

“Les 5 sens des handicapés sont touchés mais c’est un 6e qui les délivre ; bien au-delà de la volonté, plus fort que tout, sans restriction, ce 6e sens qui apparaît, c’est simplement l’envie de vivre.” Grand Corps malade ‘Les handicapés’

Sur 65 millions de personnes en France, 12 millions de personnes sont touchées par un handicap et 80% présentent un handicap visible selon l’Insee en 2016. Le handicap se divise en six catégories : le handicap moteur, qui définit toute personne ayant l’incapacité de mouvoir une ou plusieurs parties de son corps, et qui peut résulter d’un handicap mental, une déficience du niveau du développement intellectuel d’une personne par rapport à un développement intellectuel « normal » en fonction de l’âge de la personne. On retrouve également le handicap psychique qui résulte des conséquences ou séquelles d’un handicap mental sur les facultés d’intégration sociale d’une personne, sans pour autant toucher ses capacités intellectuelles ou le handicap cognitif, un handicap invisible qui touche les fonctions cognitives d’une personne comme la faculté de percevoir, de lire, de parler, de comprendre, ce qui rend difficile voire impossible leur insertion sociale, scolaire ou professionnelle. Le handicap sensoriel résulte d’une atteinte d’un ou plusieurs sens. Les plus connus sont les atteintes de la vue et de l’ouïe. Des séquelles de traumatismes crâniens peuvent aussi altérer l’odorat et en répercussion, le goût. Enfin, le polyhandicap est un handicap grave qui se caractérise par une déficience mentale sévère associée à des troubles moteurs, entraînant une restriction extrême de l’autonomie et des possibilités de perception, d’expression et de relations.

Au sens de la présente loi, le handicap désigne «toute limitation d’activité ou restriction de la participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions.». L’exclusion sociale désigne quant à elle «la marginalisation, la mise à l'écart d'une personne ou d'un groupe en raison d'un trop grand éloignement avec le mode de vie dominant dans la société».

Le handicap existe depuis toujours et peut toucher toute personne à tout moment de sa vie. Sensibles au comportement humain et à l’acceptation de l’homme face à la différence, le choix du thème du handicap s’est avéré comme une évidence pour nous. Mais entre exclusion et évolution dans une société qui aujourd’hui se base sur des normes moyennes pour évoluer, les personnes en situation de handicap se retrouvent marginalisées. C’est pourquoi nous avons retenu la problématique suivante : «Les personnes en situation de handicap sont-elles encore des exclues ?». A travers ce TPE, nous avons voulu d’une part dénoncer les problèmes d’intégration qu’une personne en situation de handicap rencontre dans sa vie comme l’accès plus difficile à l’emploi face à la volonté d’hyper performance des entreprises, ou les bienfaits du sport sur le handicap, peu médiatisés, et d’une autre part les évolutions positives observées au fil des années comme le changement progressif de mentalité de la société face au handicap ou l’apparition de lois en faveur des personnes en situation de handicap. Pour répondre à cette problématique, nous verrons dans une première partie «Histoire du handicap, une progression lente mais positive» de la Grèce antique au XXIème siècle, puis dans une seconde partie «Une insertion sociale encore problématique» avec le questionnement d’une meilleure insertion professionnelle, ainsi que des bienfaits de l’outil du sport. Durant nos recherches, nous ne nous sommes pas axées sur un handicap en particulier, car nous avons pu remarquer que la question que nous nous posions s'adaptait à tout type de handicap, qu'il soit moteur, mental, psychique, sensoriel ou cognitif.

I) Histoire du handicap, une progression lente mais positive.

La vision de la société sur les personnes handicapées change selon les époques de l’Histoire. En effet, si on observe une évolution d'une époque à une autre, il suffit parfois d’une action ou d’un événement marquant de l'Histoire pour que les personnes en situation de handicap se retrouvent marginalisées. Ce n’est finalement que très tardivement que leur situation sociale va se stabiliser pour enfin connaître des améliorations.

A) Des handicapés au banc de la société.

Tout d’abord, il faut savoir qu’autrefois les personnes handicapées étaient nommées d’après l’infirmité dont elles étaient victimes, en y donnant une valeur péjorative. On retrouve par exemple la nomination de fou, incapable, ou de demi-portion. Le terme de «handicap» n’existera réellement qu’au cours du XXème siècle.

La Grèce antique est une des premières références. A l’époque ou l’homme devait devenir bon soldat, les infirmes et mal-formés de naissance étaient isolés du milieu social. Selon la société de l’époque, les personnes en situation de handicap étaient victimes d’une malédiction divine et laissées à la merci des dieux en qui la population avait toute confiance. Celles qui survivaient représentaient un symbole particulier et devaient alors être acceptées par la société qui ne voulait pas évoquer la colère de leurs dieux. Les hébreux quant à eux les considéraient comme impures mais devaient tout de même les traiter avec compassion. Les infirmes étaient tolérés dans les espaces publics mais étaient souvent utilisés comme mendiants dans le but de susciter la pitié des passants qui donnaient alors un peu plus d’argent.

Au Moyen-Age, les personnes infirmes physiquement ou mentalement font preuves de grandes capacités. On retrouve en effet des musiciens aveugles, des écrivains sans bras et certains comme les impotents accédaient à certains métiers artisanaux. Malheureusement, la mendicité restant tout de même le seul moyen sûr de survivre, la majorité des personnes handicapées restaient à la charge de l’Eglise et de sa doctrine de l’aumône qui offraient aux mendiants une place dans la société en tant qu’objets de la charité chrétienne. Ces personnes pouvaient alors obtenir une modeste rente et un droit officiel à l’aumône, concrétisés par une «lettre de mendicité».

"Les mendiants" de Bruegel peinture 1568

On observe au Moyen-Age deux catégories de comportement : la première est l’utilisation de la personne handicapée pour distraire et faire rire par sa différence. On retrouve alors une partie des infirmes, tels que les nains, utilisés comme «bouffons» des rois, et destinés à amuser et distraire la foule. Le deuxième comportement observé est l’évitement engendré par l’ignorance et la peur. En effet, puisque ces différentes maladies et ces «anormalités» ne représentent qu’une part minoritaire de la société et n’étant pas encore expliquées scientifiquement, cette situation représente alors une peur par l’ignorance. C'est pourquoi la société répond au besoin de s'occuper de la différence par l’exclusion, notamment concernant les infirmes mentaux, les porteurs de maladies comme les lépreux ou encore les fous, correctement plus tardivement appelés malades psychiatriques. Dans ce cas-là, ils sont condamnés à l’enfermement par exclusion du milieu social dans de grandes bâtisses isolées comme l’exemple des «hôtels dieux», dans des conditions d’hygiènes déplorables. Cette situation ne diminuant pas le grand nombre d’handicapés puisque l’on compte beaucoup plus d’infirmes à l’époque à cause du manque d’hygiène et de suivis médicaux qui augmentent les maladies. Les seules connaissances médicales acquises sont arabes et datent de l'antiquité, comme les saignées, les lavements et la prise de potions.

Exemple d'Hotel Dieu de l'époque

Il faut savoir que le fait de laisser les handicapés à leur propre sort et la qualification d’amuseurs de foule ne s’arrête pas au Moyen-Age. On la retrouve lors de «spectacles» dans lesquelles les personnes en situation de handicap affectées de difformités ou d'anomalies physiques congénitales graves et faisant l’objet de répugnance et d’horreur sont traités comme des animaux de cirque. Ils s’exhibent devant un public adepte des spectacles malsains et appartiennent à un maître. L’exemple le plus connu étant «Elephant man» un homme souffrant du syndrome de Protée dans les années 1880. Il s’agit d’une maladie génétique qui affecte la croissance des tissus et produit de grandes déformations. Phénomène de foire, il était présenté dans des spectacles itinérants très appréciés. L’infirmité et l’ensemble des maladies mentales sont alors toujours considérées comme une fatalité divine, et ne peuvent vivre sans l’aide de l’Etat. Notons que l’aide est infirme et se limite à la distribution de repas, de vivres ou parfois à l’attribution d’un lit dans un hôpital.

Joseph Merrick "Elephant man" 1889

B) Des lumières au XXIème : un difficile processus d'insertion.

Il faut attendre le XVIIIème siècle, celui des Lumières et de l’égalités des Hommes pour se débarrasser de l’approche religieuse et de mendicité. Parce qu’une personne handicapée est aussi et d’abord un Homme, les philosophes tel que Diderot et D’Alembert tentent de changer la mentalité de la société et de ramener les personnes handicapées marginalisées dans une normalité en leurs offrant les mêmes droits. Des lettres nommées «Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient» et «Lettre sur les sourds et muets à l’usage de ceux qui entendent et qui parlent» ont été écrite par Diderot. Son approche ouvre la voie à d’autres qui par leurs écrits et leur pratique vont tenter de donner accès aux personnes souffrant d’un handicap de prendre leur place dans la société, d’y participer, et surtout de pouvoir accéder au savoir et à la culture.

"Nous avons même fait en sorte que ces signes pussent être communs entre nous, et qu’ils servissent, pour ainsi dire, d’entrepôt au commerce mutuel de nos idées. Nous en avons institué pour les yeux, ce sont les caractères ; pour l’oreille, ce sont les sons articulés ; mais nous n’en n’avons aucun pour le toucher, quoi qu’il y ait une manière propre de parler à ce sens, et d’en obtenir des réponses. Faute de cette langue, la communication est entièrement rompue entre nous et ceux qui naissent sourds, aveugles et muets." Extrait des lettres de Diderot

Ouvrage paru en 1749

Nous pouvons citer l’exemple de l’Abée de l’Epée qui va créer une école pour les personnes sourdes et muettes, Descartes, Newton et Locken vont faire des recherches et des textes scientifiques dans le but d’atténuer les préjugés et enfin Valentin Haüy fondera de son côté l'institution des jeunes aveugles et inventa des caractères en relief pour leur ouvrir l'accès à la lecture. Philippe Pinel inventa la psychiatrie et des traitements doux pour remédier aux violences dont les personnes déséquilibrées étaient victimes.

En sommes, aussi loin que remonte l’Histoire, des mythes de l’Antiquité, en passant par le Moyen Age, ou par les premières représentations cinématographiques et artistiques du XXème siècle, le handicap a toujours été synonyme de marginalisation, de pauvreté, d’infirmité ou d’incapacité.

Pendant la première moitié du XXème siècle, la législation a commencé à favoriser ceux qui étaient considérés comme handicapés et exclus de la société. Sont alors apparues les premières lois et associations pour la défense des personnes handicapées et en situation de handicap.

Cependant, ce siècle est très inégal. La montée au pouvoir des régimes totalitaires ne tend pas au profit des personnes handicapées. En effet, lors du règne d’Hitler par exemple, les personnes en situation de handicap servent au «Comité du Reich pour l’étude scientifique des maladies graves, héréditaires et congénitales» le but étant le test de l’euthanasie. Très rapidement, Hitler autorise par une lettre «l’accord d’une mort miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible». Les nazis utilisent alors l’exécution au gaz, donnant naissance aux chambres à gaz des camps de concentration. Hitler considérait les personnes handicapées comme inutiles, sans intelligence et dégradantes pour le peuple, une volonté de les faire disparaître était primordiale. 40 000 handicapés sont tués par abandon ou par extermination car jugés inutiles à la société.

Mise en place du programme T4 sur la population handicapée, 1940

Ce n’est qu’après les guerres mondiales, en 1945 que la situation et l’intégration des personnes handicapées s’améliore. Il faudra en effet attendre le retour au front des « gueules cassées » pour voir la société se préoccuper des personnes souffrant d’un ou plusieurs handicaps, puisque l’on comprend maintenant que chaque famille peut être touchée. La législation de 1957 prévoit des dispositions pour les infirmes de guerre, les effectifs des entreprises doivent compter 10% de mutilés de guerre ou autres infirmes ou payer une amende lorsque ce quota n'est pas respecté. Cette loi s’avérera inappliquée faute de contrôles efficace, mais c’est une amélioration législative qui va progressivement se mettre en place.

Notons que le mot "handicap" et sa définition ont également connu une progression, qui s'avère être positive puisqu'elle vise aujourd'hui à améliorer la vie d'une personne handicapée. Le mot apparaît au XVIème siècle mais ne s’approprie pas à l’humain. De l'anglais " hand in cap" : "la main dans le sac", cette expression découle d’un jeu d’échanges d’objets personnels qui se pratiquait en Grande Bretagne. Un arbitre évaluait les objets et s’assurait de l’équivalence des lots afin d’assurer l’égalité des chances des joueurs. Le handicap traduisait la situation négative, défavorable, de celui qui avait tiré un mauvais lot. En Irlande en 1827, il s'applique aux courses de chevaux. Le public misant des sommes importantes, il est apparu très vite la nécessité d'égaliser les chances pour que ce ne soit pas joué d'avance compte tenu des inégalités liées aux chevaux et aux jockeys qui les montent. On plaçait des poids sur les chevaux plus performants qui ont déjà gagné. Ce qui est étonnant, c'est l'inversion de sens par la suite puisque la personne handicapée n'est pas la plus performante que l'on freine, mais la moins performante à qui l'on a essayé de diminuer les effets du handicap.

En France, ce n'est qu'en 1940 que la définition du mot "handicap" est parue dans le dictionnaire de la langue française (Le Robert). L’organisation mondiale de la santé quant à elle, associe au mot handicap le mot "incapacités". Elle le définit comme "un problème dans une fonction ou une structure de l’organisme ; une limitation de l’activité est une difficulté rencontrée par un sujet pour exécuter une tâche ou une action ; une restriction à la participation est un problème empêchant le sujet de s’engager pleinement dans les situations de la vie courante". Nous avons également été étonnées de remarquer que la première définition du mot ‘’handicap’’ dans un dictionnaire de poche classique n’est pas destinée à la personne handicapée, mais aux courses de chevaux expliqué auparavant : «désavantage imposé à un concurrent, à un cheval, pour équilibrer les chances de victoire ; épreuve sportive où les chances sont ici équilibrées». C’est seulement après que suit la définition «infirmité physique ou mentale».

Mais le XXIème est une époque d’évolution de l’insertion sociale d’une personne en situation de handicap, notamment par ses lois qui ont pour objectif d’apporter des améliorations significatives en matière d’intégration scolaire, professionnelle, d’accessibilité des lieux publics et de simplification des formalités administratives liées au handicap. Grâce à l'étude de l'ouvrage "Personnes handicapées le guide pratique" de la fédération APAJH, nous avons remarqué que la loi du 11 février 2005 est l'une des principales lois sur les droits des personnes handicapées. Les toutes premières lignes de la loi rappellent les droits fondamentaux des personnes handicapées et donnent une définition du handicap :"Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant". La France adopte cette loi du XXIème siècle pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Elle impose notamment une mise en conformité de l’ensemble des établissements recevant du public, comme les transports conventionnels, d’ici 2015. À cela s’ajoute la loi Boutin du 25 mars 2009, qui permet de déroger aux documents d’urbanisme pour autoriser des travaux qui favorisent l’accessibilité des personnes à un logement existant.

Toutefois, la loi Handicap 2005, selon certaines associations comme les Paralysés de France (APF), n’a pas apporté d’améliorations. Selon eux, les municipalités essayent avant tout de concilier les intérêts économiques et écologiques, mais on retient tout de même que 86 % des théâtres et 85 % des stades sont jugés comme accessibles. De plus, on observe que la loi des transports conventionnels pour 2015 n’a pas été respectée. Les acteurs publics et privés qui ne se sont pas mis en conformité avec les règles d'accessibilité disposent de trois à neuf ans supplémentaires pour le faire. En comparant cette loi avec celle d’un autre pays membre de l’Europe comme la Suède, nous avons pu remarquer de grandes différences d’implications.

Selon l’ouvrage «Personnes handicapées le guide pratique» de la fédération des Associations pour adultes et jeunes handicapés (APAJH), ce retard de la France est dû à un manque de volonté politique. "Certains pays sont nettement en avance, pas pour des raisons législatives, mais parce qu'il y a une volonté politique et une conception de la différence qui n'est pas la même". Pour les Suédois en effet, c’est à la société de s’adapter aux besoins des personnes handicapées, et non l’inverse. Un bâtiment ou un lieu sera d’abord réfléchi pour une personne en situation de handicap puis pour une personne valide. En Suède et plus précisément à Stockholm, le projet «Stockholm, une ville pour tous, directives pour créer un environnement accessible» a été crée dans cette optique-là en 2010.

Prenons l’exemple d’un arrêt de bus. De première abord, on ne s’imagine pas qu’une personne en situation de handicap puisse rencontrer des difficultés en attendant simplement un bus. A Stockholm, tout arrêt de bus doit être clairement signalé en tant que tel et donc perceptible et reconnaissable par tous. Il doit également être signalé par un revêtement tactile pour les aveugles et un contraste de couleur pour les malvoyants. Tous les arrêts de bus de l’agglomération de Stockholm doivent aussi être protégés de différents dangers comme être à l’écart des pistes cyclables et être bien éclairés. Ils doivent posséder une poubelle et un abri muni d’un banc possédant au moins un accoudoir. De plus, il est obligatoire qu’un tableau d’information figure dans chaque abris bus de la capitale, détaillant en caractères suffisamment larges les horaires de bus, et possédant une carte routière du voisinage. Les trottoirs et autres voies menant à cet abribus doivent être accessibles à tous,la hauteur du trottoir est alors montée à 16 centimètres. Cette hauteur est assez haute pour permettre aux gens d’embarquer ou de débarquer, mais pas trop afin de permettre aux personnes à mobilité réduite de le franchir.

II. Une insertion sociale encore problématique

Ces progressions sociales nous amènent à nous interroger sur l'insertion des personnes handicapées dans le monde du travail, puisqu'il connait lui aussi des avancés mais également des inégalités.

A. Vers une meilleure insertion professionnelle ?

Est considérée comme travailleur handicapé toute personne dont les possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi sont effectivement réduites, par suite d'une altération d'une ou plusieurs fonctions physique, sensorielle, mentale ou psychique. Cette qualité doit être reconnue par la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH).

Depuis la loi de 1987 qui met en place l'obligation d'emploi de travailleurs handicapés, François Atger, directeur de la communication de L'AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l'Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées) incite les entreprises à changer leur façon de penser : «plutôt que de laisser partir des éléments de valeur de l'entreprise, gardons-les !».Pour atteindre cet objectif, c’est l’ensemble des acteurs de droit commun, du côté de l'entreprise, de la sécurité sociale, de la médecine du travail, qui doivent travailler ensemble pour maintenir dans l’emploi le salarié.

L'obligation d'emploi d’une personne en situation de handicap depuis cette loi de 1987 est de 6 % dans une entreprise comptant au moins 20 salariés. Elles peuvent également verser une contribution financière "volontaire" à l'Association de la gestion du fonds pour l'insertion des personnes handicapées (Agefiph) ou avoir recours à des sous-traitances si elles ne souhaitent pas engager de personnes en situation de handicap. Si ce quota n’est pas respecté, il impose des sanctions plus ou moins sévères pour les entreprises en augmentant le montant de la contribution à l'Agefiph mais également au Fiph, Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées. Le calcul de la pénalité se fait en fonction du nombre de travailleurs qui auraient dû être embauchés.

Par exemple, le 1er juillet 2010, les entreprises voient leur amende multipliée par trois si elles n’emploient aucune personne handicapée. Cette amende représente 1 500 fois le SMIC horaire au bout de trois ans de non-respect de l’obligation d’emploi et ce quelque soit l’effectif de l’entreprise, soit 13 785 euros par travailleur manquant au 1er décembre 2011.

Aujourd'hui, on estime que 65% des entreprises de plus de 20 salariés sont en règle avec la loi, 36% emploient plus de 6% de personnes en situation de handicap et 45% atteignent le quota de 6%. Selon la Dares, qui construit et analyse des statistiques concernant le marché du travail en France, 30% des structures emploient directement ces personnes, 7% ont en plus recours à la sous-traitance, 8% mêlent emploi direct, sous-traitance et versement de leur contribution, tandis que 15% combinent une embauche avec ce versement. Un quart des entreprises de plus de 20 salariés ne mènent toujours aucune action en faveur de l'insertion de ces personnes, alors que l'on note un accroissement du nombre de personnes handicapées à la recherche d'un emploi. Le taux global d’emploi est plus proche de 3% que des 6% prévus par la loi.

Représentation graphique des statistiques du respect de la loi des 6%, Le Figaro

D’autres aides et allocations entrent en cause pour l’aide au financement des travailleurs handicapés comme l'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), une aide financière qui permet d'assurer un revenu minimum compris entre 55% et 110% du SMIC. Cette aide est attribuée sous réserve de respecter 4 critères : incapacité, âge, nationalité et ressources.

La lourdeur des travailleurs handicapés s’effectue sous forme de catégories A, B et C et est demandée par l’employeur ou par le travailleur handicapé lui-même. Elle s'inscrit dans une logique de compensation de l'effort de l'employeur pour l'adaptation d'un travailleur handicapé à son poste de travail, et sur la capacité de travail d'un travailleur handicapé, au regard d'un poste de travail précis. Par exemple un travail minutieux ne pourra pas être réalisé par un malvoyant mais pourra être fait par une personne atteinte de trisomie.

Malheureusement, les travailleurs handicapés n’échappent pas au chômage. Bien au contraire, il représente un taux deux fois plus élevé chez les personnes en situation de handicap que chez une personne ordinaire, soit 19%, contre 8% pour l'ensemble de la population en âge de travailler (15-64 ans). Plus le niveau de handicap est élevé, plus le taux de chômage est important et le taux d'activité bas. Globalement, seul 44% des personnes reconnues handicapées exercent une activité professionnelle, contre 71% de l'ensemble de la population valide, tous âges confondus. Cet écart est à son maximum pour les 40-49 ans: alors que 90% de cette tranche d'âge de la population valide est en activité, seul 57% des personnes handicapées le sont.Ceux qui occupent un travail sont le plus souvent employés dans les secteurs les moins qualifiés. 80% des travailleurs handicapés reconnus officiellement comme tels sont soit ouvriers, soit employés, contre 57% de l'ensemble des actifs. Enfin, 3% seulement sont cadres, contre 11% des actifs.

Graphiques de l'emploi des personnes en situation de handicap, Le Figaro, 2014

Au-delà des problèmes de discrimination réels que rencontrent les personnes handicapées, il est difficile de penser leur insertion dans le travail sans tenir compte de leur niveau de formation, qui reste très faible alors que l'exigence de qualification sur le marché du travail est en hausse. Cela explique pourquoi la construction est le secteur qui recourt le plus souvent à l'emploi direct de personnes handicapées, juste avant l'industrie, pour les PME de moins de 50 salariés. Les établissements de plus de 200 salariés quant à eux préfèrent combiner emploi direct, sous-traitance et contribution à l'Agefiph. En revanche, nous avons trouvé l'exemple de la grande entreprise EDF qui emploi plus de 4000 personnes en situation de handicap au sein du Groupe dans une grande variété de métiers. Il s'agit donc d'un bon espoir pour l'avenir.

Une fois en emploi, ces personnes se heurtent à des freins dans leur évolution de carrière au sein d’une entreprise. C'est encore une fois un problème de niveau de formation, mais aussi par rapport au regard porté sur les personnes handicapées: on leur sous-entend souvent qu'ils devraient déjà être bien heureux d'avoir un emploi, et donc qu’ils devraient se contenter de ce qu’ils peuvent déjà avoir, afin de laisser une place plus importante aux personnes valides. Il s’agit clairement de discrimination dont les personnes en situation de handicap font face chaque jour. Heureusement, des entreprises ou associations visent à améliorer la vie au quotidien de ces individus comme l’exemple ci-dessous.

En effet, afin d’adapter notre étude de l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap à notre région, nous avons décidé de rencontrer la directrice de l’association de parents EPANOU située à Seynod. C’est un grand complexe séparé en quatre parties : un pôle pour enfants et lycéens ainsi que deux internats, un pôle de travail pour adultes avec hébergement ainsi qu’un pôle des adultes non travailleurs et un pôle pour personnes âgées. Cette association accueille donc des personnes en situation de handicap de la petite enfance à la fin de vie, et regroupe 350 salariés tels que les éducateurs, enseignants spécialisés, infirmières, psychologues, etc..et 450 usagés qui représentent pour la plupart des handicapés mentaux.

Le travail est adapté selon le déficit de la personne en situation de handicap qui va de 50 de QI pour une légère déficience à 30-40 pour une déficience plus importante. 90% des personnes handicapées du centre représentent le pôle de travail. Pour les plus déficitaires, un foyer de vie est disponible où les usagés ont des occupations de vie quotidienne. Il s'agit pour eux d'une forme de travail puisque cela leur permet de se faire une place dans la société. Pour les moins déficitaires, l'ESAT leur est proposé. Il peut s'agir d'ateliers protégés qui travaillent en relation avec Tefal ou SNR. Les usagés réalisent des tâches simples comme le pré câblage d'équipements, le pliage de cartons ou encore la mise sous pli. On retrouve également la gestion des espaces verts où les personnes en situation de handicap peuvent s'occuper des extérieurs du centre même, ou de tondre la pelouse de particuliers, s'occuper de copropriétés. Enfin, les moins déficitaires peuvent devenir maraîchers et s'occupent de la plantation de légumes ou de fleurs. Il s'agit d'une sélection un peu plus importante puisque la personne en situation de handicap doit être capable de savoir donner des explications concernant une plante, il s'agit d'un travail de service en contact avec une clientèle. La directrice du centre nous a également précisé qu'un nouveau projet de service allait ouvrir concernant la lingerie ou l'engagement pour éplucher des légumes dans des cuisines.

Il faut savoir que ce n’est pas la personne handicapée qui s’adapte au centre EPANOU mais bien l’inverse. En effet, 5% des personnes en situation de handicap du centre arrivent à décrocher un accès à un CAP agricole ou de petite mécanique, même si l’apprentissage dure plus longtemps que pour un étudiant ordinaire. Le but n’est pas de faire progresser les personnes handicapées à toute vitesse, mais de les insérer dans une vie sociale en les valorisant, et en leur faisant avoir plus de confiance en eux, ce qui est une éducation différente d’un système scolaire ordinaire. Enfin, certaines personnes du centre n’ont besoin que d’un accompagnement social, puisqu’elles possèdent déjà un niveau d’intelligence suffisamment élevé. C’est le cas de vingt autistes Asperger. Rappelons que cette forme d’autisme se distingue par le fait que l’intelligence de la personne atteinte demeure intacte bien que les troubles neurologiques affectent l’activité du cerveau. Les sujets atteints par ce syndrome ont des difficultés à se sociabiliser et à interagir avec les autres personnes. Le centre EPANOU s’adapte à leur façon d’apprendre, il y a même une personne atteinte d’autisme asperger qui suit ses études maintenant dans une FAC de management à Genève.

Malheureusement, ces personnes handicapées se heurtent aux problèmes de la société. Les entreprises n'ont plus le temps, il s'agit du système de l'hyper performance. Les employeurs ne veulent pas de personnes moins performantes et moins productives. Différents comportements apparaissent : ceux qui veulent l'image parfaite d'une entreprise et ceux qui se démarquent pour valoriser le handicap. La perfection d'une entreprise s'explique par les normes de la société. Les personnes en situation de handicap n'en faisant pas parti, ils sont alors exclus. Nous pouvons citer l'œuvre de Charles Gardou "la société inclusive, parlons-en" qui explique les problèmes de la standardisation subie tout au long d'une vie. C'est d'ailleurs l'école qui est le premier facteur d'éloignement des personnes en situation de handicap. En ce qui concerne ceux qui ont la volonté de faire avancer les choses, c'est un long processus car il faut s'imaginer à la place d’une personne handicapée et penser le monde autrement : que se passe t'il quand je suis différent ? Un effort d'empathie est à prévoir. De plus, il s’agit d’un grand investissement financier pour adapter les ateliers en fonction du handicap de la personne et l’argent manque parfois.

Au sein du centre EPANOU, les travailleurs handicapés sont rémunérés au SMIC français soit environ 1150 euros. Selon la directrice il est en effet important de récompenser chaque travail à sa juste valeur tout comme le ferait un patron avec une personne «normale». Le fait de travailler et de recevoir un salaire rend une personne handicapée fière d’avoir accomplie une tâche et cela permet la valorisation de la personne. Tout comme une personne ordinaire, les personnes handicapées doivent respecter des règles pour le bon fonctionnement du travail et des relations. Cela leur permet de se contrôler eux même et d’apprendre à leur rythme. Le fait d’apprendre un travail avec des règles à respecter leur permet également une progression sociale par le développement de l’autonomie, dans la vie de tous les jours. Une douche qui pouvait durer parfois deux heures ne dure que maintenant trente minutes, et une personne handicapée qui s’exprimait difficilement face aux autres s’intègre maintenant plus facilement à un groupe.

Grâce à cet entretien, nous avons pu constater que la prise en charge des personnes handicapées est pluridisciplinaire, c'est à dire qu'elle regroupe plusieurs types d'aides. En effet, la prise en charge ne se fait pas que dans un seul endroit du lundi au vendredi aux horaires ouvrables, mais qu'elle se poursuit grâce à différents acteurs comme dans les loisirs, activités culturelles ou le sport. En effet, l'escalade est par exemple un très bon travail pour la confiance en soi et l’intérêt porté à l'autre par le fait de devoir assurer son coéquipier ; tout comme l'équitation qui leur apprendra à maîtriser leur attitude, leur comportement et leurs émotions, l'animal se comportant différemment face à une personne agressive ou au contraire avec un comportement adéquat.

Logo de l'association EPANOU

II. Le sport : un outil d’intégration pour les personnes handicapées ?

« Le handicap se mesure en référence à l’interaction entre un individu, porteur d’une déficience plus ou moins marquée, avec son environnement. Par l’organisation sociale de sa pratique et son approche politique, le sport peut être alors être considéré comme un révélateur aussi bien symbolique que sociologique de l’importance du sujet handicapé dans le corps social.» Roy Compte, EMPAN

Au premier abord, le sport et le handicap peuvent sembler opposés même impossible à pratiquer ensemble, mais c'est une idée fausse. Au contraire, le sport, en plus de ses effets bénéfiques à la santé physique de l'individu, amène à un dépassement et une acceptation de soit qui est essentiel aux personnes en situation de handicap. Il oblige les invalides à travailler en symbiose avec leur corps, à connaître leurs limites et les repousser. Ils se fixent des objectifs et oublient pour un instant leurs problèmes de tous les jours.

Les APA, activités physiques adaptées, ont donc été mises en places pour encourager aux mieux la participation des personnes en situations de handicap.

Une amélioration physique observée : Tout d'abord, tout comme pour une personne valide, le sport améliore l'état de santé de la personne en situation de handicap et aide même à surmonter son infirmité. Quand on souffre d'un handicap, certains muscles sont inutilisés. La pratique du sport empêchera ces muscles de se détériorer, il permettra de lutter contre l'atrophie musculaire et les problèmes articulaires, il maintient un apport correct en nutriments et en oxygène aux muscles.

Comme mentionner précédemment, le sport diminue nettement la sédentarisation, il nous force à sortir et se dépenser. Toute personne est sujette au regard des autres, cette peur du jugement est encore plus présente chez une personne en situation de handicap et les poussent d'avantage à la sédentarisation qu'une personne dite «valide». Ce renfermement sur soi-même conduit très souvent à une prise de poids qui est dangereuse chez n'importe qui si elle n'est pas arrêtée avant de faire des dommages à l'organisme de la personne. La pratique d'une activité physique régulière luttera donc contre cet aspect.

De plus, le sport aide au développement de certains acquis de la vie de tous les jours, les personnes handicapées apprennent davantage à se débrouiller par elles-mêmes. Par exemple, le renforcement musculaire est très important pour les personnes contraintes de se déplacer en fauteuils roulant qui doivent tous les jours effectuer le transfert entre leur fauteuil et leur lit. Grâce au sport, elles n'auront plus besoin de demander de l'aide aux autres pour certaines tâches.

Le sport permet également de limiter les dégâts de la fatigue. En effet, les personnes atteintes d'un handicap se fatiguent beaucoup plus facilement que les personnes valides à cause du déplacement qui nécessite plus d'effort de la part de l'individu. Un entraînement rigoureux permettra le développement de l'endurance de la personne et la rendra moins susceptible à la fatigue.

« Le sport n’est plus seulement le sport, il est un fait social total qui doit être plus que jamais facteur de lien social » André Leclerc

Autre qu'un moyen d’améliorer son état de santé, le sport permet l’intégration de chaque individu dans la société d'aujourd'hui. En effet, comme nous l’avons cité auparavant, il peut être très difficile de vivre avec un handicap, de par la marginalisation observée et la peur d’affronter le regard des autres. La pratique sportive aide à la mise en confiance de l'individu face à son handicap et face à la société, il s'accepte et réussi enfin à sortir de chez lui sans appréhension de la foule. Il parviendra même à aller vers les inconnus et à leur parler. Le sport permet la cohésion avec un groupe, le sentiment d'appartenance dépasse celui de différence et d'exclusion.

Pour une personne en situation de handicap mental, le sport rime avec socialisation et engendre des effets positifs sur leurs comportement, il procure un certain sentiment d'accomplissement et de fierté, ainsi qu’une possibilité de s’évader en oubliant un instant les problèmes du quotidien. On constate chez certains patients perturbés que le sport a permis la réduction des troubles du comportement.

Aussi, dans le cas de déficience mentale, la pratique de sport réduit la situation de handicap et peut même permettre la réduction de médicalisation et prise de médicaments chez les personnes atteinte de trouble psychiques.

Nous avons retenu l’exemple de deux athlètes français : Théo Curin et Amélie Le Fur.

Théo Curin :

Théo Curin lors de l'Open de France à Vichy en juillet 2016. | STEPHANE KEMPINAIRE

«Je vis ma vie 100% avec (handicap). Jamais je n'aimerais retrouver mes mains et mes pieds.» Théo Curin

Théo Curin incarne aujourd’hui l’avenir de la délégation de la natation handisport française. C’est à l’âge de 6ans que la vie de Théo bascule. Il est foudroyé par une méningite bactérienne plus rare qu’une méningite virale mais beaucoup plus sévère. Si la bactérie responsable de la méningite se propage dans l'organisme, elle peut entraîner la mort en l’espace de quelques heures. Les personnes qui survivent sont susceptibles de conserver de sérieuses séquelles, y compris une cécité, une surdité, une paralysie et un retard mental de gravité variable. Théo ne voit pas comment il pourrait un jour retrouver une vie normale sans ses mains et ses pieds. C’est seulement quand il rencontre Phillippe Croizon, célèbre athlète lui aussi quadri-amputé qui a réussi l’exploit de traverser la Manche à la nage en 2010, que Théo retrouve enfin l’espoir. Il confie dans une interview : "Il m’a beaucoup aidé, m’a prouvé qu’il était possible de réaliser de belles choses malgré le handicap. Il est devenu mon mentor." Il décide de littéralement se jeter à l’eau en 2011. Dans l’eau, Théo se sent bien, il se sent « comme une personne valide », plus rien ne peut le déranger.

Grâce à ses longues heures d’entraînements, Théo est très vite repéré et intègre le Pôle France handisport natation de Vichy en 2013. Ses efforts payent. Il parvient à intégrer l’équipe de France de natation handisport, et participe aux jeux paralympique de Rio en 2016 où il décrochera la 4ème place. C'est une nouvelle vie que lui a offerte cette méningite, il a pu dépasser ses limites et se fixer des objectifs, sans l’aspect de routine au quotidien. Dans une interview avec Handisport, il dit ne jamais vouloir retrouver ses pieds et ses mains, sa vie lui plaît telle qu'elle est. Cette nouvelle confiance en soi, il la doit au sport, la natation lui a permis de se sentir normal à nouveau, comme n'importe qui.

Marie Amélie le Fur :

Marie-Amelie Le Fur aux jeux paralympiques de Rio 2016

«Le handicap est vecteur de performance»

Un accident de scooter à l’âge de 16 ans coûte à Marie Amélie Le fur la partie inférieure de sa jambe gauche jusqu’au genou. Un an plus tard, elle remporte le titre de championne de France handisport sur 200 mètres. C’est en partie grâce au sport qu’elle a pu repartir de l’avant, elle cite : « je me suis reconstruite par le sport avec la natation et la plongée au départ, puis la course ensuite. », elle décroche par la suite l'or au 100 m aux jeux paralympique de Londres en 2012 et complète son palmarès l'été dernier à Rio avec deux titres et une médaille de bronze. Tout comme Théo Curin, Marie-Amélie Le Fur n’imagine plus sa vie autrement puisque c’est un nouveau départ qu’elle prend maintenant.

Mais au-delà des objectifs de performance, Marie-Amélie s’est entourée humainement. Le sport rassemble les personnes, les rapproches et leur permet de vivre des expériences extraordinaires ensemble, des moments riches en émotions aussi bien dans les victoires que dans les défaites.

Le sport améliore le mental des personnes en situation de handicap «le handicap n’est pas une fin en soi. La vie ne s’arrête pas là. La différence est quelque chose de positif». Marie Amélie Le Fur se mobilise pour faire passer le message à toute la France et plus encore. Elle va par exemple à la rencontre d'enfants pour leur parler de handicap et confit d’ailleurs qu'ils sont beaucoup plus réceptifs que les adultes, ils n'ont pas de préjugés.

Elle essaye également de développer le handisport dans son département et de sensibiliser la société face au peu de connaissances et de médiatisation du sport, afin de facilité l'accessibilité des clubs sportifs aux personnes en situation de handicap. Elle partage qu'elle a eu elle-même des difficultés à trouver un club handisport, elle a dû s'inscrire dans un département voisin.

Nous observons donc que le sport n'est pas si différent, que l'on soit valide ou en situation de handicap. Bien que l'on soit aujourd'hui plus à l'aise avec le handicap, la France reste en retard sur la médiatisation des bienfaits du sport. Il faut diminuer les peurs et oser en parler librement et naturellement. Nous devons utiliser des images positives, que ce soit dans le domaine du sport, de la culture ou du monde de l'entreprise et montrer que le sport est vecteur de performance.

Mais si le sport est si merveilleux, pourquoi y a t'il si peu de licenciés en situation de handicap ?

Cela s'explique en partie par le difficile accès au sport. En mars-avril 2015, la fondation FDJ (Française des jeux) a mené une enquête sur 127 français âgés de 16 à 64 ans en situation de handicap moteur, visuel ou auditif. Cette enquête avait pour but de dessiner les contours de la pratique des personnes en situation de handicap et d'analyser les freins rencontrés. 70 % se disent intéressés. En effet, il s’avère que le sport est aussi important pour une personne en situation de handicap que pour n'importe qui. On remarque que nos entraînements sont également identiques puisqu'une personne interrogée sur deux pratique une activité physique au moins une fois par semaine. Pour 31 %, le sport permet la rééducation et donc de limiter les effets du handicap, pour 9 personnes sur 10 pratiquer une activité physique est extrêmement important, même essentiel. Les sports les plus communément exercés par les personnes en situation de handicap sont la randonné, la natation, la gymnastique d'entretien, la course à pieds et le cyclisme. Nous avons déjà pu démontrer les bienfaits du sport chez une personne en situation de handicap, or beaucoup d'associations en charge de telles personnes considèrent seulement le sport d'une manière secondaire, ne lui donnant pas une très grande importance.

Maintenant, entre désir et réalité, il existe plusieurs obstacles entre le sport et les personnes en situation de handicap. Tout d'abord, la barrière physique, 43% des personnes interrogées se disent ou se croient incapable de réaliser de telles activités avec leur corps. Puis vient la barrière sociale, 17% ont tout simplement trop peur du regard des autres pour sortir de chez soi, ce qui peut expliquer pourquoi les principaux sports pratiqués par les personnes en situation de handicap sont des sports solitaires. La troisième barrière est celle de l'inaccessibilité aux infrastructures sportives pour les personnes handicapées. Les bâtiments sportifs sont trop loin pour y accéder seul, or l'autonomie est très compliquée pour les handicapés. Bien sur, il faut aussi inclure le coût du matériel et équipement qui reviennent très cher. Toutes ces raisons font que 77% des personnes interrogées pratiquent une activité physique chez eux, dans leur zone de confort.

Les jeux paralympiques sont ils source d'exclusion ou d'inclusion des personnes en situation de handicap ?

logo des jeux paralympiques de Rio 2016

Malgré sa constante évolution, la médiatisation des jeux paralympiques reste trop imparfaite et trop inégale à celle des jeux olympiques.

Premièrement, nous observons les jeux olympiques et les jeux paralympiques ne sont pas apparus en même temps. Il a fallu attendre 1948 pour voir apparaître l’ancêtre des jeux paralympiques, à l’époque appelé «Jeux de Stoke Mandeville», soit 60 ans après les premiers jeux olympiques créé en 1896. Ces premiers jeux paralympiques sont encore très discriminatifs envers certains handicaps. En effet ils ont pour but d’aider à l’accélération du rétablissement et la réhabilitation des patients paraplégiques tous vétérans de la seconde guerre mondiale, c’est alors les premiers jeux mondiaux des «chaises roulantes et des amputés» mais sa liste de participants exclue les handicapés de naissance ou ceux du à des accidents autre que de la guerre. Douze ans plus tard, la 9ème édition de ce qu’on appelle désormais « Les Jeux de Stoke Mandeville » se déroule à Rome, une semaine avant les Jeux Olympiques traditionnels. On les considérera comme les tout premiers Jeux Paralympiques.

Longtemps, les athlètes des jeux paralympiques ont déplorés la sous-médiatisation de ces derniers. Les chaînes de télévision ont été accusé de favoriser la retransmission des jeux olympiques a celle des jeux paralympiques, on notera en effet que France Télévision a choisi de ne diffuser aucun direct des épreuves des jeux paralympiques à Londres en 2012. Pourtant, c'est cette même année 2012 que le sort de cet événement a basculé. En effet, les anglais accueillent les jeux olympiques et paralympiques dans leurs capitale Londres. Les organisateurs veulent faire en sorte que leurs jeux paralympiques soient les plus importants jamais réalisés. Grâce a la chaîne britannique channel 4, "leur couverture record des Jeux de Londres a profité à l'ensemble du mouvement paralympique. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons plus de diffuseurs que jamais qui montreront les Jeux de Rio", explique le président britannique du CIP (Comité International Paralympique) Philip Craven.

Après le succès des jeux de Londres, d'autre pays ont réussi à obtenir plus de couverture médiatique pour leurs équipes. La France par exemple a vu en 2014 l'Etat payer les droits TV et en quelque sorte obliger France Télévision à diffuser les jeux paralympiques en direct. C'est un grand espoir pour David Smétanine, élu a la commission des athlètes du comité international paralympique, qui veut faire comprendre aux monde entier que «Le handicap n'est pas une tare, mais un malheur qui peut aussi générer énormément de bonheur, notamment par le sport de haut niveau» et ce par la médiatisation. Pour ces jeux paralympiques de Sotchi, France Télévision a pour la première fois proposé 100 heures de direct et a renouvelé ce même temps de couverture pour les jeux de Rio en 2016. Channel 4 a quant à elle conservé sa domination médiatique en diffusant 165 heures de direct.

Mais la France et les Royaumes Unis ne sont pas les seuls a augmenter leurs heures de couvertures. On retrouve l'Allemagne, l'Espagne ou encore les Etats Unis ayant réalisé 70 heures de diffusion en direct contre seulement 6 en 2012. Ces nombreux changements ont provoqué un véritable mouvement au sein des différents pays, et la retransmission des derniers jeux paralympiques de Rio aura été faite dans un peu plus de 135 pays contre seulement 115 en 2012.

Ces changements se font ressentir chez les athlètes handisport qui se sentent désormais des athlètes à part entière comme l'explique Florian Merrien, médaillé de bronze au tennis de table en 2016 qui partage avec le monde que «L’intérêt pour les Paralympiques est grandissant, on le sent dans les médias, mais aussi beaucoup grâce aux réseaux sociaux, qui ont permis une ­démocratisation du handicap et du handisport. On se sent respecté pour nos performances, on nous regarde comme des athlètes plutôt que comme des personnes handicapées, à qui il manque une jambe ou un bras, qui pratiquent un sport.» Ou encore son camarade Charles Rozoy, nageur du 100 mètre papillon, qui témoigne son expérience à Rio : «Dans le taxi, en rentrant du club France, le chauffeur commence à me parler de ­natation, des nageurs brésiliens, et là il ne me cite que les nageurs paralympiques, Daniel Dias, André Brasil… Pour lui c’était des vraies stars, des idoles.»

Cette médiatisation grandissante apporte donc autant au monde du sport qu'a l’athlète lui même.

Ci-dessous la vidéo de promotion des jeux paralympiques de Rio 2016 "We're the Superhumans" (Nous sommes les supers humains).

Conclusion :

A travers notre problématique «Les personnes en situation de handicap sont-elles encore des exclues ?», nous nous sommes rendu compte que vivre handicapé peut paraître un défi de la vie. En effet, il est difficile de grandir dans une société dite de standardisation, faite de normes et peu ouverte à la différence. Mais en comparant les siècles et les années, c'est tout un processus d'inclusion qui est mis en place progressivement. Effectivement, la législation en faveur des personnes handicapées a mis du temps à apparaître et à se développer, elle vise aujourd'hui à améliorer la vie quotidienne de ces personnes. Nous avons également prit conscience qu'il existe de nombreux outils d'aides comme l'insertion professionnelle qui mériterait de se développer davantage, puisqu'elle apparaît clairement comme une aide au quotidien social d'une personne en situation de handicap. Le sport par ses bienfaits sur les muscles et sur l'aspect psychologique vise lui aussi à l'épanouissement de ces personnes handicapées pleines de vie qui ont juste besoin d'être reconnues à leur juste valeur. Toutefois, ces améliorations positives connaissent des limites. Elles sont certes en progression, mais nous avons pu observer que certains pays étaient en avance sur la France face à l'insertion des personnes handicapées dans différents domaines : le travail, la scolarité ou les infrastructures mieux adaptées. De plus, concernant l’insertion professionnelle, les inégalités d’emploi d’une personne handicapée face à une personne dite ordinaire sont alarmantes, les lois ne sont pas encore respectées par tous, et le taux de chômage des personnes handicapées reste deux fois supérieur au taux de chômage des personnes valides. Concernant le handisport et sa médiatisation, c’est également une progression qui est observée, mais pourquoi les jeux paralympiques ne seraient-ils pas autant médiatisés et valorisés que les jeux olympiques ? Il est vrai que notre pays a la volonté de faire avancer les choses, mais il comporte des failles. Il est de notre devoir de faire des efforts et de nous demander sans cesse : "Que se passe t-il lorsque je suis différent ?".

Remerciements :

Nous tenons à remercier nos deux professeurs encadrants, M. Gaugenot-Brunet et Mme Chappelet pour toute l'aide qu'ils nous ont apporter au cour de ce TPE. Nous remercions également Mme Lelizour, directrice du pôle enfant du centre EPANOU de nous avoir accueilli dans son centre et avoir pris le temps de nous informer en répondant à toutes nos questions, nous permettant ainsi d'avancer grandement dans nos recherches.

Bibliographie:

Dictionnaire : «handicap», In Dictionnaire encyclopédique de poche des noms communs, Hachette (2008), Paris.

Livre : BOUHIER Éric, Le Grand Cabinet des curiosités médicales, Lepassage, 2013. HAMONET Claude, Les personnes en situation de handicap, Que sais-je ?, 2015. Personnes handicapées le guide pratique, Fédération APAJH, Prat Edition, 2005.

Article d’un périodique : Groupe Harmonie, «Marie-Amélie Le Fur, athlète handisport», essentiel santé magazine, n°44, Novembre 2016, pp.10-11

COMPTE Roy, « Sport et Handicap dans notre société : un défi à l'épreuve du social»EMPAN, n°79, 2013.

Article/page sur internet : Académie de Nice, «Les 6 types de handicap reconnus par la loi n°2005-102», 2013, http://www.ac-nice.fr/ienash/Circo/AVS/file/Les%206%20types%20de%20handicap.pdf (page consultée le 11 octobre 2016).

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Talentéo,«Les chiffres clés du handicap en 2015», 2015, https://www.talenteo.fr/chiffres-handicap-2015/ (page consultée le 15 novembre 2016).

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LeMonde.fr,«Handicap: l’intégration par le sport en question»http://www.lemonde.fr/sport/article/2010/10/15/handicap-l-integration-par-le-sport-en-question_1426394_3242.html (page consultée le 29 novembre 2016).

Atousanté la santé au travail,«Travail et salariés handicapés : loi handicap», 2015, http://www.atousante.com/situations-particulieres/travailleur-handicape/travail-et-salaries-handicapes-loi-handicap/ (page consultée le 06 décembre 2016).

DAL'SECCO Emmanuelle, Handicap.fr,«Sport et handicap, ça matche fort !»,2016, https://informations.handicap.fr/art-sport-fdj-enquete-865-8612.php (page consultée le 06 décembre 2016).

Alternatives économiques,«L’emploi des handicapés progresse», 2008, http://www.alternatives-economiques.fr/discriminations-lemploi-handicapes-progresse/00037465 (page consulté le 13 décembre et 03 janvier).

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Adèle, Manon, Clémence Fages
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