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La Résistance dans la Loire Il y a 75 ans, la région, meurtrie de l'occupation et des bombardements attendaient la libération et la fin de la guerre. Dans l'ombre, des femmes et des hommes refusaient la présence de l'ennemi et de Vichy. Ils résistaient.

Le 3 septembre 1939 au moment de la déclaration de guerre, aucun Français ne se voyait résister pendant près de quatre ans. Car pour tous, il était évident que le pays avait la meilleure armée du monde et perdre la guerre n'était pas envisageable. La preuve : de septembre 1939 à début mai 1940, l'armée allemande, la Whermacht, ne bouge pas, n'attaque pas. Car les officiers nazis ont peur, c'est évident. Et pourtant, quand les soldats allemands attaquent la Belgique et les Pays-Bas le 10 mai 1940, ils vont rapidement enfoncer les lignes françaises, contourner la ligne Maginot et envahir une partie du pays. Paris est pris le 14 juin, le maréchal Pétain, nommé chef du gouvernement, demande l'armistice le 17 juin, signé le 22. La France a perdu la guerre, le pays est traumatisé par la défaite, ses morts et ses prisonniers. Pire, l'Allemagne occupe la moitié du pays et la démocratie tombe lors du vote du Congrès à Vichy le 10 juillet 1940. Un cataclysme s'est produit en moins de deux moins et les règles ont changé... Certains ne l'acceptent pas. Ils vont résister, d'abord contre l'avis de la majorité avant finalement de sauver le pays face à la victoire Alliée et au jugement de l'histoire.

A gauche, des membres du groupe Alice Arteil (Photo Mémorial de la Résistance et de la Déportation de la Loire)

Ci-dessous, une affiche diffusée dans le département lors de l'invasion allemande, une feuille clandestine : Le Franc-Tireur, une autre feuille clandestine le 93 et une photo du groupe Ange avant le combat de Lérigneux le 7 août 1944

Une manifestation place du Peuple, à Saint-Etienne, le 14 juillet 1942.

La première occupation allemande

Lors de la débâcle de 1940, la Whermacht arrive dans la Loire le 19 juin par le nord du département. L'armistice est signé quelques jours plus tard, le 22, ce qui évite au département de subir des combats trop meurtriers, sauf quelques escarmouches à proximité de la Fouillouse. Saint-Etienne est occupée du 24 juin au 4 juillet. C'est la première occupation, synonyme de changement d'heure, de couvre-feu et de panneaux de signalisation en allemand.

La population est surtout curieuse des soldats, qui se comportent relativement bien et les consignes de la mairie de ne pas montrer de signes d'hostilité sont bien suivies. La déclaration du général de Gaulle à la radio anglaise, le 18 juin, qui appelle à résister passe très inaperçue...

La première Résistance

Les Allemands partis, la France ne retrouve pas sa situation antérieure pour autant. Car le régime de Vichy a remplacé la 3e République et les tenants de la liberté commencent à se manifester avec deux courants principaux : les communistes, pourchassés depuis 1939 et le pacte germano-soviétique ainsi que les gaullistes. C'est le temps de la première Résistance. Peu d'hommes vont partir se battre auprès de de Gaulle (sauf des exceptions comme Lucien Neuwirth). Les champs de bataille sont pour l'instant loin de la France et de la Loire. Ces femmes et ces hommes, ces premiers Résistants, combattent le régime de Vichy et sa politique de plus en plus antisémite avec ses lois contre les Juifs. C'est une Résistance d'abord intellectuelle, de propagande, de protestation. C'est ainsi que la police signale des tracts et des inscriptions sur les murs. Les communistes en sont souvent les auteurs. C'est pour l'instant une Résistance de peu de personnes. La population est accaparée par le quotidien : se nourrir (surtout), subvenir aux besoins de la famille (parfois en l'absence du père de famille prisonnier). Et l'entrée en Résistance est difficile, il faut connaître des gens impliqués dans une activité qui demande, elle, le plus grand secret. Pas facile. C'est donc une Résistance parfois individuelle et peu structurée. Quelques groupes émergent néanmoins autour du parti communiste (Camille Pradet, Joseph Sanguedolce), des gaullistes (Violette Maurice,Gustave Gimon) donc mais aussi des anciens de l'armée (Jean Marey), des groupes chrétiens (Dora Rivière, l'abbé Plotton), des travailleurs étrangers (Juliana Goral).

A gauche, Violette Maurice

Informer et renseigner

Malgré la censure de Vichy qui contrôle la presse officielle et le rationnement du papier, Saint-Etienne et sa région deviennent un centre important de l'impression et de la diffusion de la presse clandestine à partir de septembre 1941 et ce, pendant quelques mois. Souvent sur une feuille recto-verso, les Cahiers des témoignages chrétiens, Combat sont imprimés ici tandis que les Résistants locaux pensent, écrivent et éditent « 93 », Le Coq enchainé et L'Espoir. Les arrestations entraînent l'arrêt de cette particularité forte de la Résistance stéphanoise.

De la même manière, les Résistants, notamment les femmes, sont actifs dans le renseignement et le transport de courrier ou d'armes. Marguerite Soulas est agent de liaison pour le pharmacien Gustave Gimond. Juliana Goral remplit les mêmes fonctions pour d'autres réseaux.

Protester

Les femmes sont présentes également dans l'action et parfois encadrent des petits groupes de Résistance. Le 1er novembre 1941, Violette Maurice entraîne ses amis au cinéma le Kursall. Le but est de mettre la pagaille pendant la projection du « Juif Suss », film violemment antisémite. Les jeunes gens crient, sifflent et jettent des boules puantes avant de filer... sans se faire attraper par la police.

Deux manifestations, fait suffisamment rare pour être signalé, ont lieu à Saint-Etienne, toutes les deux place du Peuple. La première survient le 14 juillet 1942. La BBC a donné les consignes : partout en France, à l'occasion de la fête nationale, « Rassemblez-vous en grand nombre et chantez la Marseillaise ! ». Les gens s'attroupent place Marengo vers 18h puis convergent vers la place du Peuple où 2 000 personnes seront rassemblés. Des membres de la Légion lancent des « Vive Pétain ! », « Vive Darlan ! ». La foule reprend par « Vive la France ! », « Vive la 3e République ! », « Vive de Gaulle ! » Les souhaits de la radio londonienne sont exaucés. Pareille manifestation se renouvelle le 11 novembre suivant, comme pour commémorer de manière clandestine la victoire sur l'occupant en 1918.

Ci-dessous, Gustave Gimon, Julianna Goral, Camille Pradet et Marguerite Soulas.

La seconde occupation

L'armée allemande revient justement le 11 novembre 1942 dans le département et toute la zone Sud, jusque là non occupée et administrée par Vichy. Les nazis veulent en effet contrôler le littoral méditerranéen en réponse au débarquement Allié en Afrique du Nord. Les troupes s'installent en ville et dans l'ensemble du département tout comme l'administration allemande : la Kommandantur au Grand Hôtel, l'Abwher (contre-espionnage), square Violette, la Gestapo à Châteaucreux et rue de la Convention, les officiers à l'Hôtel Hâtier. Cette occupation est beaucoup plus sévère que celle de 1940 et dure jusqu'à la Libération d'août 1944. Face à cette présence oppressive, la Résistance change de nature et d'actions.

Saboter

La guerre intérieure se durcit à partir de 1943 et les Résistants se structurent en trois principaux réseaux. Le 1er janvier 1943, le groupe New-agent Ange est créé en collaboration avec le SOE (Special Operation Execution) britannique. Sa mission est le renseignement, les sabotages, l'évasion. Le groupe s'installe à Saint-Joseph et cherche des terrains de parachutages. Il détruit le laminoir de Duralumin à Rive-de-Gier le 21 mai 1943, il participe ensuite à l'évasion de la prison de Bellevue le 26 septembre 1943 et réceptionne des parachutages à Saint-Just-sur-Loire, Saint-Michel-sur-Rhône ou Marcellin-en-Forez.

Les communistes, avec les groupes Franc-Tireurs et Partisans (FTP) créent le maquis Wodli le 25 mars 1943. Celui-ci, pourchassé par la police et les Allemands va fréquemment bouger dans la région. Il s'installe d'abord dans les gorges de l'Allier puis dans le Massif du Meygal en Haute-Loire. D'autres camps sont créés : le Vaillant-Couturier dans le Roannais, Champonnier dans la vallée du Gier, Lucien Sampaix dans la plaine du Forez, les FTP MOI (main d’œuvre étrangère) à la Versanne.

Enfin, l'obédience gaulliste est présente par l'entremise de l'Armée secrète (AS) qui forme le maquis Alice Arteil (du nom de son chef) le 1er avril 1943 dans les monts du Forez, hébergé dans un premier temps chez des paysans. L'Armée secrète va progressivement se structurer, sous la direction de Jean Marey et dirigera à la Libération la Résistance unifiée du département.

Combattre

Les trois groupes, Ange, FTP et Armée secrète, s'unissent le 26 septembre 1943 pour une des opérations les plus spectaculaires de la guerre : l'évasion de la prison de Bellevue. Avec la complicité d'un gardien, 31 détenus s'évadent. Certains gagnent les maquis et aucun n'est repris par la police.

Le rapport de force entre Résistants et forces répressives va s'inverser en juin 1944. Jusque-là, les maquis de Résistants se cachent, harcèlent et se replient dans les zones reculées, le plus souvent boisées des reliefs de la région. Plus fortes d'hommes, d'armes et de moyens, les clandestins commencent en juin à se montrer plus présents, plus actifs et plus dangereux. Le 7 août 1944, les forces communes des FTP, de l'AS et de Ange font reculer 500 GMR, gardes mobiles et soldats de la Whermacht à Lérigneux. Ni l'armée allemande, ni les forces de Vichy ne peuvent plus contrôler la région en situation de quasi guerre civile. L'heure de la Libération est proche...

Jean Nocher, à droite, dans son bureau après la guerre

Textes : Le Progrès ; Photos : Archives municipales de Saint-Etienne et Mémorial de la Résistance et de la Déportation de la Loire

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