Recherche parrains désespérément

Chaque candidat à l’élection présidentielle a besoin du parrainage de 500 élus. Pour y parvenir, les « petits » candidats font appel à leurs militants. Patrick Schweizer, membre du NPA, bat la campagne pour Philippe Poutou.

« Le maire n’est pas chez lui. Il est dans les champs, pas la peine de sonner. » Patrick soupire. Des champs, le village en est cerné. Il ne trouvera pas le maire de Sandarville (Eure-et-Loir). Il remercie la voisine, remonte dans sa vieille Laguna et part vers sa deuxième étape, le village voisin de Blandainville.

Patrick Schweizer, retraité de 66 ans, est un militant actif du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste). Plusieurs fois par semaine, il essaie de rencontrer un maximum de maires de petites communes, pour les convaincre d’accorder leur parrainage à Philippe Poutou, candidat du NPA à l’élection présidentielle. Les villes plus importantes sont souvent administrées par des maires appartenant aux grands partis, qui offrent rarement leur signature aux petits candidats.

En ce jeudi d’hiver, il va sillonner un secteur proche de son domicile, près de Chartres. Patrick a l’habitude et applique une méthode bien à lui. « Les courriers, le téléphone, les rendez-vous, ça ne marche jamais. Moi, je ne m’annonce pas. Je vais dans les villages et j’essaie de trouver les maires. Je me rends chez eux ou sur leur lieu de travail. Les mairies, rarement. Les maires y sont peu présents et rarement disponibles. Le vrai contact humain, en tête à tête, c’est ce qui marche le mieux. »

10 villages, 116 kilomètres en 5 heures, 2 rencontres et 0 parrainage

Source infographie : INSEE donnée à fin 2013.

Les villages et les kilomètres se succèdent. Après Blandainville, Saint-Éman, Les Corvées-les-Yys. L’heure tourne. Patrick, barbe de trois jours, moustache blanche, lunettes portées loin sur le nez, a le contact et le sourire faciles. Les gens lui parlent, le renseignent. Mais les maires restent introuvables.

Le parfait militant

« En règle générale, si je réussis à rencontrer deux maires, c’est une bonne journée. Il faut être persévérant, ça se passe toujours comme cela. Je le dis aux camarades plus jeunes, qui se démoralisent vite. » D’ailleurs, il y a deux jours, Patrick a réussi à décrocher un parrainage. Une grande victoire. En 2012, le NPA n’en avait obtenu que trois dans tout le département.

Patrick profite aussi de son périple pour coller quelques affiches, quand « le panneau est bien placé. On ne recouvre pas les affiches des camarades de gauche, on colle à côté. Mais si un maire m’a mal reçu, ce qui est rare, j’en mets partout dans sa commune. » Le coffre renferme tout l’attirail du parfait militant : affiches, tracts, seau de colle, brosse. « Ma Renault est une voiture opérationnelle », plaisante Patrick. Mais l’absence de GPS l’oblige à s’arrêter régulièrement pour consulter sa carte routière.

Le Thieulin, 430 habitants. Patrick se gare devant la mairie, alors qu’un homme y entre. « Peut-être le maire, je vais voir. » C’est bien lui. Philippe Schmit reçoit Patrick dans la salle du conseil, en lui précisant qu’il ne parrainera aucun candidat. L’échange est amical. Le maire ne changera pas d’avis.

À Friaize, Chuisnes, Landelles, personne.

La nuit tombe. Pontgouin sera le dernier village avant de rentrer. Le bâtiment ressemble à une mairie, avec sur sa façade deux écussons bleu, blanc, rouge. Patrick pousse la porte et se retrouve dans une maison de retraite. Amusée, une infirmière lui explique où trouver la mairie et ajoute : « Le maire est de gauche. - Moi aussi, répond Patrick avec un grand sourire. Votez Besancenot, heu non… Poutou, votez Poutou. » La fatigue commence à se faire sentir.

La mairie est fermée, les volets clos. Une voiture sort de la cour. Patrick interpelle la conductrice : « Le maire est au petit coin, juste là. » Une lumière brille dans la cour, les toilettes. Patrick se tient en retrait, guettant la sortie du maire. La lumière s’éteint, c’est le signal. Patrick pénètre dans la cour, comme s’il venait d’arriver. Il se présente. Jean‑Claude Friesse l’invite dans son bureau.

« Ils disent tout le temps non »

La conversation s’engage. Les arguments de Patrick sont bien rodés, le maire écoute. « J’ai demandé l’avis du conseil municipal. » Patrick connaît la suite : « Et il a dit non bien sûr. Ils disent tout le temps non. » La discussion se poursuit, cordiale. Patrick évoque ses quarante années passées chez Renault, à entretenir les machines de l’usine de Boulogne-Billancourt. Et ses quarante années comme syndicaliste à la CGT. « Moi aussi j’étais à la CGT, reprend M. Friesse, ce qui ne m’a pas toujours porté bonheur dans mon travail. Et mon frère travaille chez Renault, au Technocentre. » Plusieurs points communs, un lien se crée.

« Je suis issu d’une famille d’ouvriers. Ça me ferait plaisir de parrainer un petit candidat. Mais si je le fais, ça va mettre le feu au conseil. » Patrick sent une hésitation chez l’élu. Il suggère un argumentaire : « Ce pouvoir, vous ne l’avez pas demandé. Vous pouvez dire au conseil que vous avez parrainé le parti de la première personne qui s’est présentée physiquement. C’est votre droit. Vous pensez que vous ne pourriez pas l’assumer ? »

« Si, sans problème. Mais je ne vous garantis rien ; pour l’instant c’est non. Mais demain matin, je peux décider de vous parrainer. » La poignée de main est chaleureuse. Patrick conclut : « Je ne vous embêterai plus, ni par mail ni par téléphone, c’est un rapport de confiance. Mais je repars avec un espoir. »

Pour aller plus loin, suivez l'avancée du nombre de parrainages sur le site du Conseil constitutionnel.

Textes : Laurent Thême

Photos : Brian Reynaud

Infographie : Éric Bourgeois

Édition : Hiary Rakotoson, Noluenn Bizien

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