Amiens prépare la révolution BHNS Le chantier du nouveau bus débute CE LUNDI 3 AVRIL 2017 avec une mise en service espérée en 2019. La ville va changer.

Textes: DAVID VANDEVOORDE

Le bus à haut niveau de service (BHNS), son nouveau dépôt, la modernisation du réseau de proximité, l’achat de 42 bus électriques et la refonte de l’espace publique, tout cela va coûter 122 millions d’euros.

L’État versera 10,5 millions, la Région Hauts de France 10 millions, la Ville d’Amiens autant, l’Europe 3,5 millions et le fonds pour les nouveaux territoires à énergie positive rapporte 800.000 euros.

Ametis en 2016

  • Parc: 133 véhicules roulants, 30 articulés, 95 standards, 4 minibus, 26 véhicules de service, 1 dépanneuse.
  • Emplois: 443 temps complet dont 319 chauffeurs, 39 employés, 35 ouvriers, 49 agents de maîtrise.
  • Exploitation: en 2016 le réseau a parcouru 6.450.158 km et enregistré 15.585.147 voyages dont 5.858.532 gratuits. Les charges d’exploitation sont de 32.319.000€ HT et les recettes du trafic de 5.399.000€.

56 millions d’euros pour transformer la ville

Le duo Alain Gest (LR) / Brigitte Fouré (UDI) a pris la métropole et la mairie en 2014 en «dynamitant» le candidat Thierry Bonté (PS) et son projet de tramway jugé «démesuré» (220 millions d’euros à l’époque). Chiffré à 122 millions d’euros le projet de BHNS n’atteint pas les chiffres du tramway, preuve pour l’opposition qu’il n’est pas à la hauteur des besoins. «Les impôts n’augmenteront pas. Le BHNS va développer le transport par bus et le rentabilisercar la Métropole change, se développe. Et ces bus, dont les électriques, seront la vitrine d’Amiens que l’on va aussi transformer. Le changement va être radical», explique Alain Gest.

UN VASTE PLAN DE TRAVAUX

Le BHNS amènera son lot de pelleteuses. Il sera intéressant au passage de voir comment réagiront les commerces qui ont décoré leurs vitrines contre les travaux liés au tramway. «Nous ne sommes pas dans un chantier de même nature. Il s’agit essentiellement de voirie, passages de réseaux. Oui les carrefours seront corrigés, les esplanades refaites. Mais tout a été pensé pour limiter l’impact des travaux», répète Pascal Rifflart, vice-président chargé du transport à la Métropole. «Ce n’est pas l’apocalypse! Rien à voir avec ceux prévus pour un tramway. Arrêtons de faire peur. Amiens sera accessible, partout, dont son centre-ville. Tout a été organisé pour ça et ce projet porte une autre ambition: nous repensons tout l’espace public. Amiens va changer et va le faire savoir», martèle Alain Gest.

«Ce n’est pas l’apocalypse! Rien à voir avec les travaux prévus pour un tramway. Arrêtons de faire peur." ALAIN GEST

Un vaste plan de communication de 700.000 euros, via notamment une agence parisienne, est conçu pour calmer les esprits. De l’affichage en nombre pour diffuser des images de l’«après» dans chaque zone concernée. Une lettre d’infos sera régulièrement éditée. Un site internet (amiens.fr/bhns) dévoile les avancées et la programmation du chantier, une médiatrice terrain a été nommée. Car le BHNS prévoit 56 millions d’euros pour créeer des voies et refaire la voirie. Les carrefours Branly, Vogel, Foch, l’esplanade du cirque, la place Alphonse-Fiquet ou encore le parvis de la Maison de la culture seront complètement même revus. Trottoirs, stationnements, sols, éclairages, squares, arbres etc

Pascal Rifflart

L’enquête de déclaration d’utilité publique se déroulera du 11 avril au 12 mai.«Il s’agit de dire si le BHNS est d’utilité publique. Ce qui est le cas», tempère Pascal Rifflart. Il espère aussi que son plan vélo suffira à calmer les ardeurs de l’association Véloxygène qui a lancé une procédure au tribunal administratif, pour les rues de la République et Saint-Fuscien. «Avec plus de 30 km de voies vélo nous sommes ambitieux» rappelle l’élu.

Le BHNS repose sur quatre lianes (bleu, rouge, verte et jaune) dont plus d’un tiers se fera en site propre, voie réservée aux bus. L’enjeu pour la Métropole est d’abord de relancer un réseau vieillissant et saturé. D’autant que la ville a changé. Nouveaux quartiers, attraction du CHU Amiens-Picardie au Sud, développement du pôle Jules-Verne… il faut connecter tout cela. Et le nombre d’étudiants va croissant. Il frôle les 30 000, soit un quart de la population de la ville. « Et un tiers sont abonnés au bus », indique Pascal Rifflart, vice-président chargé du transport à la Métropole.

Les 4 lignes prévues, avec des parcs relais (P+R)

15 millions de voyages par an

Après avoir chuté à 10 millions de voyages en 2014, la fréquentation a grimpé à 15 millions en 2016 mais ne progresse plus. Ametis, la société de bus dont la gestion a été confiée à Keolis par délégation de service publique (DSP) a même ressorti des diesels cabossés pour tenter de fluidifier des lignes où le voyage se fait en «collé-serré».

«Même à un prix symbolique, il est équitable que tout le monde paie»

Amies Métropole souhaite qu’Ametis soit plus rentable. Sur 40 millions d’euros nécessaires à son exploitation, seuls 6,5 viennent des recettes passagers car 40% des voyageurs, bénéficiaires des minima sociaux, ne paient pas. Ce sont donc les entreprises de plus de 11 salariés qui font tourner le bus avec leur versement transport (1,6% calculé sur la masse salariale). La Métropole équilibre le tout avec 2 millions d’euros. Le nouveau réseau s’accompagnera donc d’un changement de tarifs en 2019. La Métropole abandonne notamment la gratuité accordée aux minima sociaux pour instaurer un tarif dépendant du quotient familial. «Même à un prix symbolique, il est équitable que tout le monde paie», argumente Alain Gest, président d’Amiens métropole. Ce qui fait bondir l’opposition.

L'aménagement prévu au carrefour Branly

Appel d'offres pour 42 nouveaux bus

Keolis, dont la DSP s’achève le 31 décembre 2017, a candidaté pour prolonger son bail (qui va du 1er janvier 2018 au 30 avril 2024), mais n’est pas la seule à être attirée par le gâteau qui devient intéressant. Car le nouveau délégataire devra gérer l’existant, mettre en service le BHNS et activer le nouveau dépôt. Il lui faudra former ses chauffeurs aux bus électriques. Un appel d’offres lancé par la Métropole pour l’achat de 42 bus nouvelle génération est en instruction. «Il y a trois ans, nous partions sur une expérimentation avec Siemens. Les industriels sont désormais nombreux à proposer des modèles aux technologies qui évoluent sans cesse», insiste Pascal Rifflart. Ces bus rechargeront en début et fin de ligne. On ne sait pas encore si leurs batteries au lithium, coûteuses en entretien et non recyclables, seront achetées ou louées.

GARE, TICKET UNIQUE ET PARKING-RELAIS

Au délégataire aussi de mettre en place la nouvelle billétique par carte bancaire et smartphone. La fin annoncée du ticket unique, pourtant prisé, vise à gagner du temps, le conducteur n’ayant plus de caisse à gérer. Enfin, la DSP prévoit également d’absorber le service et le personnel de Buscyclette (location de vélos) qui va perdre son atelier. Pour gagner en rentabilité, Ametis vise aussi une clientèle plus aisée. Et souhaite pour cela améliorer son offre dont un réseau actif de 4 heures du matin à minuit et des stations accessibles au BHNS situées à 400 m maximum «pour 108.000 habitants, soit 62% de la population, et 55.840 emplois, soit 58% des salariés». Le tout avec des fréquences moyennes de 8 minutes aux heures de pointe et 10 en heures creuses.

Dans ce réseau, la gare restera le nœud central par lequel passeront toutes les lignes. La Métropole entend aussi capter les automobilistes avec quatre parkings relais: sur la zone Frey, à Géant-Glisy, au niveau du campus sud et à MégaCité. Les deux premiers seront gratuits, le prix dans les deux autres sera conditionné à l’achat d’un titre de transport. Enfin, elle mise sur le confort. Cent vingt stations nouvelle génération seront éclairées aux leds, connectées au réseau, végétalisées etc. Elles pourraient accueillir des commerces ambulants, des consignes automatiques etc. Amiens Métropole souhaite une mise en service fin 2019.

«Loin des promesses de campagne»

THOMAS HUTIN, conseiller municipal de l'opposition

Quel est votre avis sur Ametis? Depuis 3 ans, plus aucun investissement n’est fait sur le réseau de bus alors que les tarifs ont déjà augmenté, les bus saturent et la fréquentation stagne cette année. Un choix de la majorité actuelle qui mise tout sur la modernisation, en fin de mandat, des lianes actuelles par quelques aménagements de voirie (au mieux 20% supplémentaires en site propre) et 3 lignes électriques sur les 4.

En quoi il vous pose problème? Le compte n’y est pas: le budget du projet lui explose passant de 100 à 122 millions d’euros, les gains de temps escomptés seront de quelques minutes (3 à 6) sur des temps de parcours de 40 minutes à 1 heure et les prix vont continuer d’augmenter, loin des promesses de campagne.

Est-il trop modeste? Justement! Quid du reste des fréquences du reste du réseau, celui de proximité? La majorité, empêtrée dans ses contradictions, veut faire de ce projet une vitrine mais on est loin d’un outil de transport alternatif au tout-voiture et d’un aménagement urbain favorisant le libre choix de chacun pour sa mobilité. Ils ont abandonné le tram et ils détruisent le réseau de proximité. Il faut un vrai BHNS pour les Amiénois, on n’y est pas.

Un nouveau dépôt de bus ultra-moderne à Rivery

Le futur dépôt de Rivery

Les salariés d’Ametis sont à l’étroit depuis des années rue Dejean où l’on peut à peine stationner les 185 bus, véhicules de service et du personnel. Ils prendront bientôt place dans un « centre d’exploitation et de maintenance ». Un projet à plus de 20 millions d’euros, sur 10 hectares dans la Zone d’activité de la Haute Borne à Rivery. « Des bus qui ne doivent pas perdre de temps, de la maintenance, du personnel, des fournisseurs, des visiteurs etc. La gestion des flux définit le sujet », explique Michel L’Heudé, du cabinet L’Heudé et L’Heudé Architectes qui a signé le dépôt de Tram d’Orléans ou le garage atelier métro de Rennes. Il insiste sur « un foyer d’impulsion et de décision pour la ligne BHNS avec remisage, entretien des matériels et exploitation du réseau. La contrainte du terrain, l’emprise des stationnements et des circulations nous a conduits à regrouper les fonctions dans un seul bâtiment ». Le pôle directionnel sera à l’extrémité proche de l’entrée, en façade. L’atelier sera au cœur du dispositif des circulations. Il est composé de travées et d’un foyer central qui est le magasin général. Le remisage se trouve à l’intérieur de l’enceinte. Le cabinet a opté pour des patios et de la verdure… « bardage métallique brillant, béton lasure en partie basse, lames pare-soleil, fines lames métalliques… ».

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