Loading

Le bruit en ville cette pollution qui nous pourrit la vie

Par Jean-Christophe MORERA. Photo d'illustration Richard Mouillaud.

Jour et nuit, il nous importune constamment. Le bruit fait partie de la ville, pourtant nous le supportons de moins en moins. Est-il plus fort qu’avant ? Sommes-nous saturés ? Existe-t-il des solutions ?

Travaux, circulation… souffrez-vous du bruit à Lyon ?

À cette question, vous avez répondu sur notre site “oui” à 87 % (sur 938 votants).

« Je suis étonné que le chiffre ne soit pas de 100 % ! Tout le monde estime que le bruit est une nuisance », s’étonne Bruno Vincent, docteur en psycho-acoustique appliquée et directeur d’Acoucité, l’observatoire de l’environnement sonore de la Métropole de Lyon.

En ville, les sources de bruit sont nombreuses. La plus importante provient des déplacements routiers. « Cela représente 80 % du bruit auquel on est exposé en ville, de jour comme de nuit », poursuit Bruno Vincent. Suivent les bruits ferroviaires, de travaux et de voisinage.

Mais notre perception du bruit comme nuisance est variable selon le seuil de tolérance de chacun. « Ce qui dérange le plus, c’est le caractère soudain du bruit, celui qui est vécu comme volontaire. Il y a ainsi plus de plaintes liées à des comportements qu’à des bruits routiers ou de chantiers. Par exemple un ouvrier qui jette des barres métalliques de son camion plutôt que de les passer à un collègue. Dans ce cas, on est plutôt en présence de mauvaises pratiques », souligne Bruno Vincent.

Photo d'illustration Philippe Juste

Dans une ville comme Lyon, l’activité humaine génère des nuisances sonores au sein du logement, dans les activités de loisirs, lors des déplacements et sur les lieux de travail. Impossible d’y échapper. Il existe pourtant des solutions pour tenter de réduire le bruit.

Cet enjeu majeur dans le développement des villes a conduit la Métropole de Lyon à produire des cartes stratégiques du bruit. La Préfecture établit un classement sonore des voies de circulation. Autant d’outils qui doivent aider les pouvoirs publics à adapter leurs politiques. Ainsi la carte de la Métropole est censée évaluer les problèmes pour essayer de les traiter. Celle de la Préfecture modélise le bruit maximum que peut faire une voie pour ensuite définir les règles d’urbanisme et de protection acoustique. On est là dans une démarche préventive.

Mais le constat est que la situation n’évolue pas favorablement. L’enquête Ifop précitée indique également que deux Français sur trois estiment être plus exposés au bruit qu’avant.

Pas plus de bruit qu'avant

À Lyon, la multiplication des grands chantiers – et leur étalement long dans le temps, la part de la voiture dans les déplacements qui ne baisse pas significativement, l’augmentation du nombre de bureaux en open space, la vie nocturne… font que personne n’échappe aux nuisances sonores.

Mais il n’y a pas pour autant plus de bruit qu’avant.

« Acoucité dispose d’un réseau de capteurs dans l’agglomération. On est sur une stagnation des niveaux de bruit. On ne note pas de réduction, sauf sur les capteurs les plus anciens comme celui situé sur l’A7 à Feyzin. Mais il ne faut pas rêver : si on divisait le trafic par deux, on ne gagnerait que 3 décibels. Pour que les habitants aient une perception de la réduction du bruit, il faudrait une baisse de 5 décibels. Cela ne passerait pas par une mesure, mais un ensemble d’actions : des revêtements de route de meilleure qualité, un renouvellement du parc de véhicules pour des modèles moins bruyants, une baisse de la vitesse, plus de protections antibruit… Et encore ! Il faudrait atteindre une réduction de 10 décibels pour que les habitants disent qu’il y a un réel changement », explique le directeur d’Acoucité. « Mais toutes les actions valent le coup pour tendre à une ville plus apaisée. Si on ne faisait rien, le bruit de la ville augmenterait. »

Photo Jean-Christophe Morera

Le « top » du bruit

Quand on est exposé au bruit, l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) fixe le seuil de risque à 85 décibels (dB) et le seuil de douleur à 120 dB. À titre de comparaison, un avion au décollage est mesuré à 140 dB, une discothèque entre 100 et 110 dB, un marteau-piqueur entre 90 et 100 dB et une tondeuse à gazon à 90 dB. Une rue à fort trafic ou un bébé qui hurle atteignent les 80 dB, une salle de classe 70 dB et un marché animé plus de 60 dB.

La végétation, un écran efficace contre le bruit ?

Pas vraiment. Une haie même touffue va très peu protéger des bruits de la rue ou de son voisin. La baisse va se situer entre 1 et 2 décibels. Pas de quoi percevoir le changement. Pourtant, on aura l’impression d’être plus au calme ! Mais c’est surtout un effet psychologique.

La médiation, une façon d’atténuer les nuisances

Les grands chantiers sont aujourd’hui équipés de capteurs qui mesurent en temps réel le bruit et envoient des alertes aux équipes quand certains seuils sont dépassés. Les entreprises peuvent ainsi décaler des opérations bruyantes à des horaires moins gênants ou changer leurs façons de travailler.

Elles les utilisent aussi pour communiquer avec les riverains. Cela ne supprime pas le bruit, mais quand il est expliqué, la gêne ressentie est mieux acceptée. Encore l’effet psychologique de nos seuils de tolérance au bruit.

L’état des routes, un vrai problème

Les routes défoncées par les travaux à répétition font « sauter » les véhicules, ce qui produit des nuisances sonores (en plus d’être désagréables pour les occupants de la voiture ou du bus). Les zones pavées sont également bruyantes. Pourtant en ville, c’est bien le bruit des moteurs qui restent le plus gênants : jusqu’à 50 km/h, si les revêtements de chaussée sont lisses, ils sont généralement supérieurs aux bruits de roulement..

Des études pour bien comprendre le problème du bruit

Dans une ville comme Lyon, les sources de bruit sont nombreuses. Si la principale vient des déplacements routiers, d’autres sont inhérentes à l’activité urbaine : nombreux travaux de construction et de voirie, vie nocturne, ou nouvelles formes architecturales. Les façades complexes de certains bâtiments neufs (panneaux métalliques ajourés, brise-soleil…) peuvent parfois générer du bruit quand le vent souffle.

Des cabinets d’études tentent d’apporter conseils et solutions aux collectivités et aux promoteurs. « L’ingénierie acoustique propose de bien comprendre le problème du bruit et des ambiances sonores, par des relevés et des cartographies prévisionnelles (modélisations). L’analyse des phénomènes permet d’imaginer les manières d’organiser la ville autour des nuisances », explique Samuel Tochon-Danguy, responsable du bureau d’études acoustique lyonnais Lasa.

"Le zéro bruit n’est pas un gage de vivre-ensemble facile"

Sa société a travaillé sur certains futurs îlots de la Confluence ou différents chantiers à la Part-Dieu. Et son analyse est surprenante : « Le zéro bruit n’est pas un gage de vivre-ensemble facile ». Il prend l’exemple de l’autoroute A7 qui traverse le sud de la Presqu’île. On peut imaginer un scénario qui amènerait à construire des barres de bâtiments de bureaux pour protéger les habitations situées à l’arrière. Or la tendance est la multiplication des socles actifs ; et dans le même temps, les habitants acceptent la densification mais veulent avoir accès à des balcons, des terrasses.

Photo d'illustration Philippe Bruchot

« Si on est à zéro bruit urbain en cœur d’îlot, le moindre bruit « des autres » devient un problème. Les gens et les activités n’ont pas la même temporalité de vie », explique le spécialiste. Il peut donc être intéressant de laisser entrer une petite part du bruit routier ou d’en créer d’autres continus (fontaines,…), pour masquer les autres bruits de la vie quotidienne.

Dans les bureaux en open space, c’est le même problème. Si aucun bruit masquant n’est présent (extérieur, ventilation,…), la moindre conversation, la moindre sonnerie de téléphone est vécue comme une agression. L’étude d’un bon équilibre entre les bruits masquant et les bruits des occupants est donc primordiale. Et dans certains cas des bruits artificiels peuvent être diffusés pour masquer les autres bruits.

"Il faut avoir le bon bruit au bon endroit"

Autre exemple, la rénovation des immeubles des années 50 ou 60. L’isolation thermique et acoustique génère comme effet une bonne protection des bruits extérieurs. Mais on entend d’un coup beaucoup mieux les bruits du voisinage… Ce qui dégénère parfois en conflits violents.

En somme, « il ne suffit pas de lutter contre le bruit, mais il faut avoir le bon bruit au bon endroit », conclut Samuel Tochon-Tanguy. Sa société conseille bailleurs et promoteurs en tenant compte de ces paramètres. Ou propose des solutions pour, par exemple, aérer les appartements ou les bureaux quand on ne peut ouvrir ses fenêtres l’été à cause d’un bruit de forte intensité et récurrent.

"On aimerait au moins souffler les week-ends"

Marie (prénom d'emprunt), habitante du 7è arrondissement de Lyon, vit depuis un an avec un chantier sous ses fenêtres.

"On est arrivé dans notre appartement en avril 2017. L’agence de location a bien insisté sur le fait que notre balcon n’avait pas de vis-à-vis, sur la tranquillité du quartier. Trois mois plus tard, nous avons vu – et entendu – arriver des pelleteuses qui ont démoli une ancienne usine."

"Depuis un an et demi, ça ne s’est jamais arrêté..."

"Nous avons commencé à vivre dans le bruit et la poussière. Et depuis un an et demi, ça ne s’est jamais arrêté… Ils ont creusé des fondations et deux immeubles ont poussé à une grosse dizaine de mètres de nos fenêtres. J’ai contacté le promoteur pour lui demander de respecter la législation sur le bruit. Son chantier est actif dès 7 heures du matin, ce qui est légal mais difficile à supporter, et aussi les samedis et les jours fériés."

"Nous vivons avec les fenêtres fermées"

"Depuis un mois, ils accélèrent la cadence et travaillent même le dimanche. Nous n’avons plus de jours de répit ! Pour la deuxième année, nous vivons avec les fenêtres fermées. Nous les ouvrons la nuit pour faire rentrer un peu de fraîcheur, mais l’un de nous se lève vers 6 h 30 pour les refermer avant l’arrivée des ouvriers. Nous avons un bébé de 5 mois. Chez la nounou, elle dort bien, deux heures au moins à chaque sieste. Chez nous, elle se réveille en pleurs au bout de 30, 40 minutes. Nous avons pourtant du double vitrage. Le promoteur m’a juste dit de patienter, qu’un chantier, c’est comme ça, ça fait du bruit… Normalement, ces deux immeubles doivent être livrés d’ici deux mois. Mais depuis quelques semaines, un nouveau chantier a débuté juste à côté… »

Photo DR

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.