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Le boom du bio Depuis quelques années, le marché du bio s'installe dans l'île. Après les boutiques dédiées, les grandes surfaces se sont laissées tenter. Tour d'horizon et comparatif des prix avec Thomas Subervie et Laurent Yus. Photos : Stephan Laï-Yu

Le bio ? Plus cher, mais pas toujours !

Le bio est souvent pointé du doigt pour son coût élevé. Un obstacle économique pour certaines personnes, qui ne peuvent consommer ces produits. Mais le bio coûte-t-il vraiment plus cher que les produits, dits conventionnels ? Nous nous sommes prêtés au jeu du comparatif des prix dans différentes enseignes. Si cette expérimentation a confirmé nos idées d'origine, elle nous a parfois étonnés.

Le bio coûte-t-il plus cher ?

Oui mais ... Au regard des prix relevés dans les différents rayons, force est de constater qu'acheter bio revient plus cher. Que cela soit au panier, au tarif ramené au litre ou au kilo, dans un magasin spécialisé, ou dans les grandes et moyennes surfaces (GMS), le constat est imparable. Les deux paniers de produits conventionnels - non-bio - chez Carrefour et Leclerc sont les paniers les moins chers. En ramenant les prix à une unité commune, les paniers traditionnels de ces mêmes enseignes, restent les plus attractifs.

Les paniers des magasins spécialisés sont systématiquement plus élevés que ceux des GMS (en moyenne, deux fois plus chers)

Les fortes disparités peuvent parfois s'expliquer par le coût particulièrement élevé de certains produits bio. On constate, par exemple, que des dentifrices bio atteignent 8,95 ‚euros le tube. En revanche, quand on regarde chaque produit individuellement, la réalité est parfois différente. Si la majorité des produits bio sont plus chers que les produits conventionnels, les prix sont, quelquefois équivalents, voire moins chers.

Pour une part de la clientèle bio qui n'achète que des produits spécifiques, il est donc plus pertinent de comparer produit par produit.

Peut-on trouver des produits bio moins chers que des produits conventionnels ?

Oui. Nous avons réussi à dénicher quelques produits bio moins chers que leurs homologues conventionnels. En privilégiant des produits bio à bas prix aux stars des rayons classiques, il arrive de s'y retrouver financièrement en achetant bio. Même sur des marques identiques, il est possible de trouver la version bio à un tarif plus intéressant. À titre d'exemple, on a vu un paquet de 500g de coquillettes de marque Carrefour à 0,89 ‚€, tandis que son équivalent, de même marque, en bio était affiché à 0,80 ‚€. Toujours dans la même enseigne, pour 500g de riz basmati (Taureau ailé) il faut débourser 4,30 €, alors que le même produit, version bio, est fixé à 3,10 ‚€. Chez Leclerc, on retrouve des lessives de marque identique (Le Chat), dont l'exemplaire bio est moins cher. De temps en temps, il arrive de trouver des produits bio en magasins spécialisés à des tarifs rivalisant avec ceux des produits bio des grandes surfaces, voire ceux de leurs produits conventionnels. Le paramètre marque rentre alors souvent en compte.

Les enseignes spécialisées bio sont-elles plus chères que les grandes surfaces ?

Oui, mais ... Le montant en caisse est plus important dans les enseignes spécialisées. Encore une fois, cela concerne les 16 produits de notre panier. Si l'on se limite à la comparaison entre produits bio, les enseignes spécialisées proposent, en général, des tarifs supérieurs. On peut noter que le tarif de Naturalia est légèrement plus élevé que celui du relevé bio de Carrefour. Ramenés à des quantités réduites, ces tarifs se rapprochent. On peut également observer que certains produits bio sont moins chers dans les enseignes spécialisées, c'est le cas notamment du lait.

Précisons que les magasins bio proposent de plus en plus des produits de leur enseigne. C'est le cas de La Vie Claire, dont l'ensemble du panier est composé de produits issus de sa marque éponyme. Naturalia dispose également d'une gamme à son nom. Le groupe Leclerc propose, lui, un panel de marques réduit et privilégie sa marque référence Bio Village, affiliée marque repère.

Ce que montre notre tableau

Près de 180 € au rayon bio d'un Leclerc et un peu plus de 320 € chez La Vie Claire, les relevés de prix que nous avons effectués montrent de réels écarts de prix entre les différentes enseignes bio. Mais ces données ne prétendent pas à l'exactitude scientifique. Ils concernent un "panier" de 16 produits largement consommés et le plus souvent manufacturés et importés (viande, fruits et légumes n'apparaissent pas). En aucun cas, ce panier ne se veut représentatif de la consommation moyenne de la population réunionnaise.

Vous trouverez donc ici les prix de ces produits dans deux enseignes spécialisées et deux poids-lourds de la grande distribution. Nous avons aussi inclus deux relevés de prix dans les rayons non-bio, qui montrent des différences parfois moins grandes qu'on ne le croit : 33 € d'écart entre notre liste chez Leclerc selon qu'on achète tout bio ou non bio. Les prix ont été relevés entre le 23 et 30 août 2018. Les tarifs en promotion n'ont pas été pris en compte.

Nous avons sélectionné des produits aux caractéristiques similaires, mais dans un souci de pertinence, les avons ramenés aux prix au kilo ou au litre.

Il va sans dire que ce relevé de prix n'a pas pour but de pointer du doigt les enseignes les plus chères ou de mettre en valeur celles aux prix les plus attractifs. L'intérêt est d'obtenir un regard comparatif sur certains produits bio et non bio, sur les tarifs proposés par la grande distribution ainsi que ceux par les magasins spécialisés. Nous avons choisi des produits certifiés par les labels Agriculture Biologique (AB), EU Ecolabel et Ecocert.

Après le boom du bio à La Réunion, les grandes surfaces se sont elles aussi mises au bio. Nous avons posé 3 questions à Richard Mathile, le directeur du magasin E.Leclerc Express de la Rivière-des-Pluies.

La concurrence, ça a du bon

"La concurrence est toujours bonne". Alors que les grandes surfaces poursuivent leurs efforts sur le bio, les deux plus grosses enseignes spécialisées du marché, voient plutôt d'un bon œ“il cette rivalité commerciale. D'un côté La Vie Claire, onze ans d'existence à La Réunion, affiche quatre magasins tandis que Naturalia a ouvert depuis mai 2017 seulement mais a déjà fidélisé une clientèle.

Michaël Hamann, le superviseur de La Vie Claire estime que le développement du bio chez les Leclerc, Carrefour et autres Jumbo "permet de nous remettre en question sur nos points faibles".

Du côté de Naturalia, on accueille, également, bien cette concurrence inévitable dans "un marché montant". "Quand quelque chose fonctionne, tout le monde essaye de le développer. C'est sûr que si on était seul, ce serait mieux, mais c'est une bonne chose que le bio se développe partout", estime Pascal Huck, directeur du magasin, installé depuis mai 2017 sur l'île.

Chez La Vie Claire, on décèle "un léger ralentissement de la consommation en 2018". "2017 avait été une année de forte croissance, mais cette année avec la multiplicité de l'offre les consommateurs achètent dans plusieurs magasins", poursuit Michaël Hamann.

Malgré des prix plus élevés, des clients restent fidèles aux enseignes spécialisées. "Je pense que nous n'avons pas le même public. Nous arrivons à toucher des personnes un peu moins aisées, grâce à une sélection de produits à petits prix. Les producteurs font des efforts, et nous réduisons de 10 à 20% notre marge sur cette gamme", explique le patron de La Vie Claire.

Sa clientèle, Pascal Huck la décrit avec précision. "On a plusieurs types de clientèle. Des jeunes, qui font très attention à ce qu'ils mangent. Des femmes enceintes ou qui ont eu des enfants, qui veulent que leurs enfants mangent mieux. Nous recevons des personnes plus mûres, qui souhaitent durer et puis des personnes malades. De nombreux clients ne se soignent plus avec les méthodes traditionnelles et essayent des voies plus naturelles".

Pour faire face à cette quête sanitaire, un naturopathe est en permanence présent dans le magasin pour conseiller les clients.

Une recherche du qualitatif et de l'expertise qui séduit. "Nous n'avons pas de vendeurs ou de caissiers, mais des conseillers. Nos magasins sont plus des commerces de proximité. Le contact avec les clients est différent, c'est quelque chose qu'on ne retrouve pas dans les grandes surfaces", ajoute Michaël Hamann. Les clients apprécient également "une offre plus importante qu'en grandes surfaces."

Les deux patrons s'accordent sur le marché du bio à La Réunion : il a de l'avenir. "Le bio ça colle bien avec La Réunion. L'image de l'île dans le monde, c'est une île tournée vers la nature. À‡a se développe et ça va continuer", estime Pascal Huck. Si Michaël Hamann juge que "le climat tropical est un facteur limitant" pour les productions bio, il reste optimiste. "On retrouve de plus en plus de producteurs bio et les enseignes se développent. À mon avis, ça va durer."

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