Dans la roue de Tom Boonen Une carrière mouvementée pavée de succès

Tom Boonen va bientôt prendre sa retraite professionnelle et raccrocher définitivement son vélo. Retour sur une carrière hors normes.

Alan MARCHAL

Un diamant brut

Né le 15 octobre 1980 dans la province d'Anvers, Tom Boonen ne mettra pas longtemps avant de se faire un nom dans le monde du cyclisme belge.

A 16 ans, seulement quatre ans après s'être mis au cyclisme de façon intensive, le coureur flamand est repéré par Dirk Demol, un ancien vainqueur de... Paris-Roubaix, qui le recrute dans son équipe courtraisienne. Comme un signe, Tom Boonen montre vite des prédispositions pour les classiques pavées.

Et si son palmarès chez les amateurs ne renseigne que deux victoires sur de grandes courses d'un jour (Paris-Tours espoirs en 2000 et le championnat de Belgique espoirs en 2001), il marquera déjà les esprits lors d'un Paris-Roubaix espoirs (2000), "Het Volk" espoirs et... Liège-Bastogne-Liège espoirs (2001). De quoi pousser U.S. Postal, dont Dirk Demol est devenu directeur sportif entretemps, à le lancer dans le grand bain dès 2002.

Des débuts de rêve

S'il doit attendre juillet 2002, et la deuxième étape de l'Uniqa Classic (une course par étapes disputée en Autriche, NDLR), pour remporter sa première victoire professionnelle, Tom Boonen a tapé dans l'oeil de tous les observateurs dès le 14 avril, lors de Paris-Roubaix.

Pour une de ses premières courses chez les professionnels, "Tommeke" épate la galerie en étant un des seuls à pouvoir suivre Johan Musseuw. Plus fort que son leader George Hincapie et plus rapide sur les pavés que les expérimentés Thierry Gouvenou ou Nico Mattan, le protégé de Dirk Demol décroche ce jour-là, à Roubaix, son premier podium dans une grande classique pro.

Le joli coup de Lefevere

A l'inverse d'un Johan Museeuw qui s'apprête alors à quitter le cyclisme sur ce nouvel exploit en solitaire, Tom Boonen construit sa légende lors de cette édition 2002 de l'Enfer du Nord.

Boonen en digne successeur de Museeuw

Sous le charme de ce néo-professionnel flamand qui a toutes les qualités pour battre les meilleurs sur les courses flandriennes, Patrick Lefevere, le manager historique de Quick Step, va l'attirer dès l'année suivante dans sa formation. Entre les deux hommes, l'entente est immédiate et la collaboration fructueuse. Pour Tom Boonen, c'est le début de la gloire.

Le haut du pavé

Malgré son jeune âge (23 ans), Tom Boonen s'approprie très vite le printemps flandrien. De son doublé E3/Gand-Wevelgem en 2004 à son quadruplé historique E3/Gand-Wevelgem/Tour des Flandres/Paris-Roubaix en 2012 en passant par le triplé E3/Ronde/Paris-Roubaix en 2005, le protégé de Patrick Lefevere accumule les victoires et enchaîne les records.

Très vite, Boonen va dominer tous ses concurrents sur les "flandriennes"

Avec 15 victoires décrochées en neuf ans (de 2004 à 2012) lors des principales classiques flandriennes (E3/Gand-Wevelgem/Tour des Flandres/Paris-Roubaix), le leader de la Quick Step devient « la » référence sur les pavés. Et dans le peloton, seul Fabian Cancellara, vainqueur à trois reprises à l'E3, au Ronde et dans « l'Enfer du Nord », parvient à rivaliser avec le cycliste belge.

Sur le toit du monde en 2005

Après une année 2004 qui lui a surtout permis de prendre confiance en lui, Tom Boonen prend réellement son envol en 2005.

Cette année-là, en plus de son doublé au Grand Prix de l'E3, il réussit surtout le doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix, comme d'autres grands noms avant lui dont Rik Van Looy (1962), Roger De Vlaeminck (1977) ou encore Peter Van Petegem (2003).

Son printemps largement réussi, Tom Boonen poursuit sur sa lancée avec deux premières victoires sur le Tour de France.

Solide et confiant après une saison pleine où il a atteint la majorité des objectifs qu'il s'était fixés, « Tornado Tom » aborde logiquement les championnats du monde avec le statut de favori. Et comme souvent cette saison, le cycliste belge ne déçoit pas : il prend ses responsabilités, fait rouler l'équipe belge et règle tout le monde sur la ligne. Pour la première fois dans l'histoire du cyclisme, un coureur réalise le triplé Ronde/Paris-Roubaix/Championnats du monde. Historique !

Le jaune et le vert du Tour

2007. Pour la première fois de sa jeune carrière, « Tommeke » vit un printemps en demi-teinte. S'il monte sur la troisième marche du podium de Milan-San Remo, il doit se consoler avec une seule « grande » victoire, au GP de l'E3. De quoi titiller son orgeuil de champion qui va se réveiller lors du Tour de France.

Après avoir endossé le maillot jaune à l'issue de la 3e étape du Tour 2006 – et ce, sans pour autant jamais remporter de victoire – le sprinteur de la formation Quick Step va « sauver » sa saison 2007 sur les routes de l'Hexagone.

Vainqueur de deux étapes et souvent placé dans les sprints massifs, Tom Boonen marquera ce Tour de France de son empreinte en ramenant le maillot vert – qu'il avait déjà porté pendant 10 étapes en 2005 – sur les Champs-Elysées.

Bref, à défaut d'avoir impressionné la concurrence comme les années précédentes, le protégé de Patrick Lefevere limite la casse en 2007.

L'autre roi du Qatar

A défaut d'en imposer autant qu'à ses débuts, Tom Boonen reste une des valeurs sûres du peloton, à l'image de son doublé sur Paris-Roubaix en 2008 et 2009. Ce qui n'a pas échappé aux organisateurs des nouvelles épreuves UCI qui vont profiter de sa popularité pour s'offrir un joli coup de pub en Europe.

A l'instar du Grand Prix international de Doha, le Tour du Qatar, la course chère à Eddy Merckx, va rapidement faire de « Tornado Tom » sa tête de gondole. Et le sprinter de la Quick Step, chouchouté comme pas deux, va bien le leur rendre...

A l'aise dans les sprints massifs qui bouclent souvent les étapes locales, Tom Boonen trouve au Qatar un terrain d'entraînement parfait avant « son » printemps flandrien. Et avec plus de 20 victoires d'étapes et quatre victoires finales, il symbolise à merveille le Tour du Qatar. Avec ses qualités et ses défauts.

Dr. Jekyll et Mr Hyde

Car Tom Boonen, c'est aussi une personnalité hors normes dans le peloton. A l'image d'un Peter Sagan dont les frasques suscitent toujours beaucoup de commentaires, le champion du monde 2005 devient très vite un de ces « Bekende Vlamingen » dont la vie privée intéresse autant les supporters que ces performances sportives. Et là encore, « Tommeke » déçoit rarement...

Après des années plutôt tranquilles où il a accumulé les victoires dans les grandes courses d'un jour, le meilleur cycliste belge des années 2000 connaît deux fameuses sorties de piste en 2008 et 2009. A chaque fois pour la même raison : la cocaïne.

Contrôlé positif (hors compétition) à la drogue en quelques mois seulement, son image de champion en prend un coup. Suspendu par son équipe - « Je suis profondément déçu ! », avait notamment déclaré le manager sportif Patrick Lefevere après la deuxième incartade de son blessé - Tom Boonen, qui évoque une dépression, fait amende honorable et tente de s'expliquer devant les caméras.

« Après avoir passé 3 à 4 mois à rouler, quand je sors, je dois vraisemblablement dépasser les bornes, avait-il déclaré en mai 2009 au micro de Sporza. Pendant 364 jours, c'est parfait, j'essaie d'être un citoyen exemplaire. Mais le jour où je bois trop, ce que je ne fais pas souvent, je change. Je vais maintenant chercher de l'aide. »

Au final, le Belge, dont l'image est salie, s'en sortira mieux que prévu et réintégrera très rapidement le peloton.

Continuer à écrire l'histoire

Détenteur de plusieurs records « flandriens », Tom Boonen entame pourtant 2012 avec l'envie de relancer une carrière ternie par ses déboires extra-sportifs, une vie de couple compliquée (en 2008, il s'est séparé pendant quelque temps de sa compagne de toujours, NDLR) et de trop rares victoires lors des deux dernières saisons.

Malgré une très frustrante 2e place lors du Circuit Het Nieuwsblad – une des seules « flandriennes » qu'il n'a jamais remporté – le protégé de Marc Lefevere va réaliser le printemps parfait en s'imposant successivement lors du Grand Prix de l'E3, Gand-Wevelgem, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix.

Pour beaucoup d'observateurs, Boonen, qui a également remporté un deuxième titre national lors de cette même année, vit une seconde jeunesse.

2013, annus horribilis

Une grave blessure au coude lors d'un entraînement de pré-saison, un abandon sur Milan-San Remo, une chute sur Gand-Wevelgem et une côte fracturée lors du Ronde qui l'oblige à sauter Paris-Roubaix : l'année 2013 de Tom Boonen est un fiasco sur toute la ligne.

Les jumelles inattendues

Après quelques années mouvementées, Tom Boonen et sa compagne Lore Van de Weyer deviennent parents pour la première fois.

A 34 ans, moins d'un an après la fausse couche de sa concubine, le coureur belge connaît enfin les joies de la paternité. A défaut de s'imposer sur de nouvelles classiques, il réussit le doublé le plus important de sa vie avec la naissance de ses jumelles Valentine et Jacqueline.

Le bronze et puis...

De plus en proche d'une retraite qu'il a annoncée en 2016, le recordman de victoires sur le Tour des Flandres et sur Paris-Roubaix, conscient de ne plus être aussi souverain sur les pavés qu'à la belle époque, entame sa fin de carrière sans pression, mais pas sans ambition. La preuve avec sa deuxième place sur l'édition 2016 de « L'Enfer du Nord » ou encore sa victoire au sprint lors de la 5e RideLondon-Surrey Classic.

Mais à quelques mois de son dernier printemps « flandrien », Tom Boonen réussit un nouveau tour de force en décrochant la médaille de bronze aux Mondiaux sur route de Doha, là où sa cote de popularité n'a jamais cessé de faiblir.

Lancé dans un dernier sprint qui se terminera au vélodrome de Roubaix, « Tornado Tom » compte bien finir en beauté, là où tout a commencé.

Texte : Alan MARCHAL | Photos : Belga et Reporters
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