Loading

Louis-Charles Roussel MA VIE EN ROUGE ET OR

20 septembre 2020

Louis-Charles Roussel est étudiant à la Maîtrise en ergonomie de l’Université Laval. Il fait partie du club de tennis Rouge et Or depuis l’automne 2019.

Sherbrooke, avril 2019. Entre deux trajets d’autobus me menant au travail, je reçois un courriel qui allait être la pierre angulaire d’un changement drastique dans ma vie. Je venais d’être accepté à la Maîtrise en ergonomie à l’Université Laval.

À ce moment-là, j’étais à deux mois près d’avoir mon BAC et d’être admissible à la maîtrise. Le hic: la grève à la TELUQ me cause un retard considérable et commence à mettre en péril mon admission. Il était toutefois impératif de terminer mes cours et d’avoir mes corrections avant la session d’automne, car qui dit maîtrise dit baccalauréat. Ce n’était pas du tout dans la poche…

Durant mes trois années universitaires à Sherbrooke, je me suis tranquillement égaré… Ceux qui me connaissent diraient de moi que je suis quelqu’un de dynamique et d’actif, qui aime pratiquer différents sports, mais aussi qui aime sortir, voir des amis et profiter de la nature. Ce n’était pas ce Louis-Charles-là qu’on retrouvait à la fin de mon BAC, j’étais déprimé par mes études qui prenaient du retard, je pratiquais très peu d’activité physique, je passais beaucoup de mon temps sur le divan à procrastiner et mon cercle social était très peu développé, notamment en raison de mes études à distance. Avec le temps, j’étais de plus en plus anxieux, j’avais peur de rencontrer des gens, j’avais peur de sortir en ville, je n’osais même pas écrire et aller voir un de mes meilleurs amis par peur de le déranger. Tranquillement, je m’enfonçais et je m’éloignais doucement de qui j’étais réellement. Ceci affectait notamment ma vie de couple, qui était d’ailleurs la chose la plus solide que j’avais près de moi. J’étais devenu un fardeau… Le plus triste dans tout ça, c’est que j’étais dans le déni total et je croyais que c’était normal, que tout allait se replacer dans un futur proche, je tenais tout pour acquis! Malheureusement, ce n’est pas comme ça que la vie fonctionne. En réalité, personne ne se lève pour toi le matin, personne ne te pousse à t’entraîner et sortir de chez toi, personne! C’est une responsabilité qui nous revient et c’est à chacun de soi de trouver les solutions pour atteindre ses buts, peu importe leur nature. C’est d’ailleurs l’un des enseignements les plus importants que le sport universitaire m’a appris.

Ça n’allait pas très bien, mais le coup de fouet est arrivé le 25 juillet 2019. À la fin d’un voyage, ma copine m’annonce que ça ne fonctionne plus, que notre relation n’est plus viable (elle avait entièrement raison) et qu’elle veut faire un bout de chemin seule. Quand tu es en couple depuis presque 10 ans (de 15 à 25 ans), que tu n’as rien connu d’autre, ça frappe. Très fort. Ta confiance et ton égo en prennent un bon coup. C’est un sacré deuil de se dire que la personne avec qui tu as tout partagé durant presque la moitié de ta vie va disparaitre comme ça du jour au lendemain.

Certains diront qu’il n’y a pas de bon moment pour se séparer, c’est effectivement vrai, mais il y a des moments pires que d’autres. Disons que dans mon cas, ce n’était pas optimal. Je travaillais plus de 30 heures par semaine, j’étais encore dans mes cours à distance et il ne restait que quelques semaines avant le début de ma session, j’avais déjà trop de retard. Je me devais d’avoir mon BAC en poche, il n’était pas question d’être refusé pour un cours qui aurait dû être terminé depuis deux mois. J’avais besoin d’une petite victoire. Inutile de dire que les semaines qui ont suivi n’ont pas été mes préférés. Assis dans une bibliothèque vide, le document Word aussi, la tête occupée à tout sauf taper sur ce petit clavier… Je vais vous avouer que pleurer seul dans une bibliothèque vide et complètement silencieuse, entre la section des grands sociologues des temps modernes et les écrits de Freud permet de réaliser assez rapidement que tu n’es pas à ton prime.

Léger baume dans cette période creuse, j’allais passer quelques jours à la Coupe Rogers avec mon frère et mon père. C’est alors là que mon frère Marc-Antoine (à gauche sur la photo), entre deux échanges d’un célèbre joueur espagnol, me dit quelque chose qui allait non seulement me donner la motivation nécessaire pour terminer mes cours, mais aussi changer ma vie. Il me dit : « Hé, tu pourrais faire les sélections pour le Rouge et Or tennis? » Je le regarde en riant, sachant très bien que ça tenait de l’impossible. Je jouais seulement au tennis l’été dans mon coin, je n’avais jamais eu de coaching sérieux et je n’avais pas de loisirs pour être dans une forme d’athlète en fin de cycle olympique. Pour vous donner une idée, mon seul tournoi provincial s’est soldé par une défaite de 6-0 et 6-1. J’avais joué au volleyball AA et au soccer collégial AA durant mon cégep et je savais très bien que le sport universitaire, c’était un niveau supérieur. Mine de rien, le simple fait de me dire que j’allais participer à des sélections de sport universitaire a été l’étincelle dont j’avais besoin pour terminer mes cours et m’accrocher à quelque chose de tangible, la seule ! Et ce, malgré le fait que ça me terrorisait.

Les semaines qui ont suivi ont été tout aussi pénibles, mais l’idée de faire ces sélections me permettait de faire le petit 30 minutes d’études supplémentaires. Grâce à l’Université Laval, j’ai pu terminer les cours de mon BAC deux semaines après le début de la session. Ma maîtrise commençait déjà avec deux semaines de retard, et je n’y étais pas du tout motivé. J’arrivais dans une nouvelle ville, dans un nouvel appartement, dans un nouveau programme, je venais de perdre une personne qui m’était très précieuse, j’étais loin de ma famille et j’avais perdu un avenir qui était tout tracé et qui me plaisait. J’étais devant une page blanche pour la première fois de ma vie, j’étais perdu et la maîtrise était le dernier de mes soucis.

Je me suis demandé à tellement de reprises ce que je faisais là! Je me demandais comment j’allais faire pour me rendre au temps des fêtes, c’était si loin, ça me semblait impossible. Jusqu’à ce jour, je n’arrivais pas à comprendre pourquoi les gens quittaient l’école avant la fin de leur parcours, pourquoi les gens abandonnaient, ça me semblait illogique. Ironiquement, début septembre, cette option avait beaucoup plus de sens. Mais il restait un petit quelque chose qui me permettait de m’accrocher et c’était les sélections de tennis. J’avais besoin de savoir ce qu’était ce niveau de tennis, mais aussi pour me prouver que je pouvais affronter le stress et l’anxiété générés par l’évènement. Wayne Gretzky a d’ailleurs déjà dit : “you miss 100% of the shots you don’t take.” Je voulais simplement tenter ma chance, donner mon maximum et essayer de les faire douter.

Le matin des sélections, il faisait un froid de canard. J’arrive pratiquement le premier sur le terrain. Je me présente aux entraîneurs et quelques joueurs de l’équipe déjà sur place et je me dis que je vais profiter de cette journée au maximum. Peu importe les résultats, je veux être fier d’avoir tout laissé sur le terrain. Le stress est bien présent, j’ai les jambes lourdes, je suis intimidé par les joueurs autour de moi, mais je demeure concentré sur ce que j’ai à faire. Après 30 minutes de réchauffement, j’étais déjà épuisé; ça me semblait plus difficile que toutes mes séances d’entraînement de l’été. La journée allait être longue. Après un premier test physique complètement manqué, je me suis repris en main. Je ne sais pas comment ce fut possible, mais j’ai réalisé d’excellents tests physiques. La confiance était désormais à son maximum, les jambes un peu moins par contre.

La session de tennis s’est relativement bien passée, les entraîneurs me faisaient jouer contre plusieurs joueurs, on me déplaçait d’un terrain à l’autre et je sentais qu’ils voulaient voir de quoi j’étais capable. Était-ce un bon signe ? Je ne savais pas trop, je me concentrais simplement à frapper la balle. Mon focus était 100% sur le tennis, nulle part ailleurs. J’ai tout donné. Le camp se termine, je remercie les entraîneurs pour cette magnifique opportunité; je venais de passer une journée surréelle et avec du recul l’une des plus belles journées de toute ma vie. J’avais réalisé l’objectif que je m’étais fixé tout en ayant fait douter les entraîneurs, du moins c’est ce que je me disais. Le lendemain, en écoutant la finale du US Open, d’un célèbre Espagnol (oui, le même) j’apprenais que j’étais devenu un membre du Rouge et Or tennis à 25 ans. Cette journée fut le début d’une nouvelle aventure qui allait complètement changer ma vie.

Avec ma nouvelle famille, le Rouge et Or tennis!

Malgré tout, mon année 2019-2020 n’a pas du tout été facile; elle a été remplie de haut, de bas, mais aussi de multiple breakdowns. Tout le monde est différent, mais je crois que de se remettre d’une relation importante et d’entamer du jour au lendemain un gros défi comme une maîtrise, combinée à une saison de sport universitaire, nécessite des changements et des ajustements majeurs. J’ai continué à douter de mon parcours scolaire ainsi que de mon tennis et de ma place dans l’équipe, mais une chose était évidente, quitter l’école n’était plus une option. Je vivais quelque chose de beaucoup trop grand. Je crois vraiment que douter est normal, même que c’est important, mais il faut prendre le temps de se poser les bonnes questions et éviter les décisions sur un coup de tête. Au moment d’écrire ces lignes, j’ai débuté mon stage final et j’y suis très heureux.

Merci au sport universitaire de m’avoir :

- Aidé à traverser l’une des périodes les plus difficiles de ma vie et de l’avoir transformé en une expérience unique, enrichissante et tellement formatrice.

- Permis de développer une rigueur autant à l’entraînement qu’à l’école tout comme une discipline nécessaire pour persévérer, travailler et tout donner peu importe les circonstances.

- Permis de joindre une famille qui m’a mené à tisser des liens uniques et permanents avec des gens formidables, qui, sans le savoir, m’ont aidé dans les moments difficiles, mais qui font aussi de mon expérience universitaire quelque chose de merveilleux!

- Permis de rester accroché à l’école ! Merci d’avoir changé ma vie, pour le mieux !

Finalement, je voulais aussi vous mentionner que peu importe les difficultés que vous pouvez vivre, qu’elles soient d’ordre personnel, professionnel ou sportif, il y a toujours du positif sur lequel s’accrocher. La récente annonce du RSEQ n’est surement pas facile à avaler pour plusieurs d’entre vous et je sais très bien que certains en seront affectés plus que d’autres. Vous avez souvent plus d'outils que vous ne le pensez; n’hésitez pas à demander de l'aide, elle existe. Si vous sentez que plus rien n’est solide autour de vous, accrochez-vous à quelque chose de stable et n’oubliez jamais que le soleil se lève et se couche tous les jours, c’est une certitude.

Let’s Go Laval !

Signé, un fier étudiant-athlète du Rouge et Or de l’Université Laval