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C'était il y a 75 ans La libération de la Poche

A l'occasion du 75e anniversaire de la Libération de la Poche de Saint-Nazaire, découvrez la vie des Nazairien.nes pendant la Seconde Guerre mondiale en 15 documents.

Ces documents conservés précieusement aux Archives de Saint-Nazaire témoignent aussi des efforts de l'administration municipale pour assurer le quotidien malgré la présence de l'occupant.

Pour en savoir plus découvrez l'exposition "Les Nazairien·nes dans la tourmente,

Exposition visible du 16 juillet au 20 septembre place Blancho

Les Allemands dans la ville

L’école de Plaisance occupée par les Allemands. Fonds Margo, 76NUM/1

Après quelques mois d’une drôle de guerre sans combats directs, les Allemands enfoncent les lignes alliées. Le 21 juin 1940, ils sont à Saint-Nazaire et s’installent dans des bâtiments qu’ils réquisitionnent ou dans des camps. Le 22 juin, le gouvernement du Maréchal Pétain signe l’armistice. Sur l’école de Plaisance (aujourd’hui école Jules Ferry) occupée par les troupes allemandes, flotte désormais le drapeau nazi.

La construction de la base sous-marine

Ouvriers travaillant à la construction de la base sous-marine. Collection particulière, 3NUM/2

La position stratégique de Saint-Nazaire sur la façade atlantique, vaut à la ville d’être choisie pour abriter l’une des bases sous-marines allemandes. Des milliers d’ouvriers, prisonniers ou salariés, réquisitionnés par l’organisation Todt, travailleront à cette construction monumentale de 299 mètres de long par 130 mètres de larges et 18 mètres de haut. La base reste toutefois inachevé du fait de constants travaux d'amélioration défensifs qui seront suspendus après le débarquement. Cette photographie d’un groupe d’ouvriers travaillant à la construction de la base semble être une photo prise à la dérobée.

Les bombardements alliés

Photos aériennes prises en juillet 1946 - Inventaire du Patrimoine

A partir de 1941, les Alliés bombardent la base sous-marine et le port, mais aussi la ville. Les bombardements incendiaires de février et mars 1943 sont les plus destructeurs. Ils réduisent à l’état de ruines une grande partie du centre de la ville (entre 70 et 80 % selon les sources). Ce montage de photos aériennes prises au-dessus des ruines de Saint-Nazaire en juillet 1946, témoigne de la violence des bombardements et montre bien que la base sous-marine et les défenses du port ont été les cibles prioritaires. Plus on s'éloigne du centre de la ville, moins les dégâts sont nombreux, même si on en relève dans tous les quartiers.

Les victimes civiles

Les officiels lors des obsèques des Apprentis, 12Fi/255

Le 9 novembre 1942, ce sont de jeunes apprentis de l’école d’apprentissage des Chantiers et Ateliers de Penhoët qui sont victimes d’un bombardement aérien allié. Mal protégés dans des tranchées sommaires, beaucoup meurent ensevelis. Ce jour-là 134 apprentis perdent la vie. Au total, 573 Nazairiens seront victimes des bombardements qui touchent la ville. S’ajoutent à ces victimes civiles, les déportés ou fusillés juifs ou résistants, ainsi que les victimes des fusillades allemandes qui suivirent l’opération Chariot en mars 1942 : au moins 18 Nazairiens perdent alors la vie, victimes de balles perdues allemandes.

Les persécutions

Rapport de l’enquête administrative concernant la famille Lévy établi en mai 1952, 1W/63

Comme partout dans le pays, des Nazairiens sont persécutés en raison de leur origine ou de leur conviction. Au cours de l’été 1942, 70 personnes, adultes et enfants sont arrêtées dans l’arrondissement de Saint-Nazaire parce que juives. La famille Lévy fait partie de ces victimes. Incarcérés à la prison de Saint-Nazaire, transférés à Drancy puis envoyés à Auschwitz, Armand, Marie-Marthe et leur fille Simone ne rentreront jamais de déportation.

La vie quotidienne

Cartes de bons textile - Fonds Villeneuve, 23J/3

Sous l’occupant, les déplacements sont limités, les bâtiments, les moyens de production, certaines entreprises, les denrées sont réquisitionnés. Les Nazairiens découvrent les longues files d’attente, les produits de remplacement, le système “D”, le marché noir. Les cartes de ravitaillement font leur apparition. Ces cartes sont divisées en neuf catégories correspondant à la classe d’âge ou à la situation.

Les abris

Plan des îlots dans le cadre de la Défense Passive. Fonds Campredon, 3J/5

C’est à la Défense passive qu’il revient d’organiser la protection de la population civile et la mise en œuvre des secours. En cas d’attaques aériennes, les Nazairiens doivent se réfugier dans l’un des abris identifiés par la Défense passive en lien avec les autorités. En 1942, 80 caves et sous-sols sont répertoriés comme abris dans le centre de Saint-Nazaire. Pour assurer leur répartition sur le territoire et la rapidité des secours en cas de besoin, la Défense passive quadrille le secteur du centre-ville en îlots et affecte à chaque îlot des personnes référentes.

La défense passive

Lucienne Lebel, sur sa carte de circulation SSAF - Fonds Lebel, 14J

Aux côtés des ambulanciers, pompiers et policiers de la Défense Passive figurent les volontaires des Sections Sanitaires Automobiles Féminines comme Lucienne Lebel. Ces femmes ambulancières, forment la population, secourent les blessés, récupèrent les morts ou aident à l’évacuation de la population. Après le coup de force britannique de l’opération Chariot en mars 1942, elles interviennent auprès de la population du Vieux Saint-Nazaire soupçonnée d’aider les rescapés britanniques. Selon un bilan dressé en 1945, l’action de la Défense passive a permis de sauver 300 à 400 blessés et de dégager 500 à 600 personnes des décombres.

Le sauvetage des enfants

Extrait d’une brochure de la Défense passive. Fonds Roger Campredon Directeur de la Défense passive, 3J/25

Fin mai 1941, toutes les écoles de la ville sont fermées en raison de bombardements et de premières évacuations ont lieu. Les nouveaux raids de mars 1942 imposent d’accélérer l’évacuation des 6500 élèves. Les petits Nazairiens rejoignent alors des internats scolaires créés par la municipalité ou l’enseignement privé dans d’autres communes du département. Certains enfants sont même envoyés dans des familles en Suisse, en Algérie ou en Tunisie pour toute la durée de la guerre, avec l’aide de la Croix Rouge et de l’association Guynemer.

L’évacuation de la ville et les mairies de repli

Mairies de repli, 3Fi/2

Après les bombardements de février et mars 1943, l’évacuation totale de la ville est ordonnée. 30 000 personnes quittent Saint-Nazaire, pour la Brière, la Presqu’île guérandaise ou les départements limitrophes. Les services municipaux qui avaient déjà dû quitter l’hôtel de ville après son incendie lors des bombardements du 16 février 1943 doivent également partir. C’est le début des mairies de repli. La municipalité de Pierre Toscer, alors maire de Saint-Nazaire, organise la répartition des services. Villas de la Baule, maisons et Musée Dobrée à Nantes, les services éclatés essaient tant bien que mal de maintenir une administration municipale dont le rôle majeur sera d’organiser l’évacuation de la population.

La Poche

Affiche des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique, demandant de l’aide à la population de la zone libérée / cliché M. Launay

En août 1944, deux mois après le débarquement allié, Hitler donne l’ordre à ses troupes de tenir les « forteresses », dont celle de Saint-Nazaire, coûte que coûte, jusqu'au dernier homme. 28 000 soldats allemands se replient alors sur un vaste territoire de 1800 km² autour de la ville. 130 000 civils français se retrouvent piégés dans cette enclave encerclée par des bataillons de résistants français et des unités militaires américaines.

L’évacuation de la Poche

Fiche pour l’évacuation de la Poche, 1944, 1W/59

Alors que la France est peu à peu libérée, les empochés vivent dans la peur avec le sentiment d’être abandonnés. L’automne-hiver 1944-1945, particulièrement rude, rend les conditions de vie encore plus difficiles. La pénurie se généralise. Les Allemands, soucieux d’assurer leur propre ravitaillement, négocient l’évacuation de la population avec les Alliés. 13 000 personnes quittent la Poche à pied ou en train lors des opérations d’évacuation planifiées avec l’aide de la Croix Rouge.

La reddition

Reddition allemande à Cordemais, le 8 mai 1945. Collection US Army Signal Corps, 833.

Le 8 mai 1945, les Français apprennent la capitulation allemande. Dans la poche de Saint-Nazaire, la signature de la reddition allemande obtenue le 7 mai, donne lieu à une cérémonie officielle à Bouvron le 10 mai. Ce n’est que le 11, que les troupes alliées entrent dans la Poche pour libérer les différentes communes. La libération de Saint-Nazaire, et Lorient la veille, marque la fin de la guerre en Europe.

La renaissance

Le 9 juin 1945, la Délégation spéciale provisoire nommée pour gérer la ville, tient son premier conseil dans les ruines de l’hôtel de ville. Quatre années après avoir démissionné de son poste de maire, en raison de son désaccord avec les orientations prises par le régime de Vichy, François Blancho reprend ce rôle dans une ville où tout est à faire. Malgré les difficultés, il se veut tourné vers l’avenir et la résurrection de la cité.

Certes notre émotion est grande devant tant de désastres, mais au nom des Morts, les survivants ne nous pardonneraient pas une faiblesse ou une défaillance trop prolongée. Nous nous sommes réunis ici, dans ce cadre chaotique, pour affirmer notre volonté, notre courage, et notre foi dans la résurrection de notre Cité, capitale des Constructions navales.

François Blancho s'adresse à Assemblée municipale du 9 juin 1945 devant les ruines de l’hôtel de ville, 12Fi/298

Le déblaiement et la reconstruction

Vues des travaux de déblaiement, v. 1945-1946

Les réfugiés nazairiens doivent faire preuve de patience avant de pouvoir réintégrer leur ville. Il faut d’abord déminer et déblayer les ruines, ce à quoi vont s’affairer des milliers d’ouvriers aidés de prisonniers allemands. Pour remplacer les logements et les commerces détruits, des cités provisoires de bungalows ou baraquements sont installées dans plusieurs endroits de la ville. Certaines existeront jusque dans les années 1960, tandis que la reconstruction, en dur cette fois, se met en place selon les plans de l’architecte-urbaniste Noël Le Maresquier.

Une réalisation du service archives et de la mission patrimoine de la Ville de Saint-Nazaire. Mai 2020

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