Loading

Il faut tout un village... L’ÉGALITÉ DES SEXES ET LES COMMUNAUTÉS DANS LES RÉGIONS RURALES DE L’INDE

Gandhi a dit un jour que le cœur de l’Inde se trouve dans ses villages. Aujourd’hui, ce pouls demeure fort. La migration rurale-urbaine en Inde continue d’augmenter, mais la plus grande partie des projets de développement ont lieu dans des communautés rurales marginalisées et difficiles à atteindre. Mon organisation hôte, le Programme de soutien rural Aga Khan (PSRAK), est l’un des premiers organismes au monde à entreprendre du travail de développement au sein de villages ruraux. Cela signifie que le PSRAK a une relation bien établie avec des milliers de villages dans les états du Gujarat, du Madhya Pradesh et du Bihar. C’est grâce à ces relations que j’ai eu l’occasion de passer du temps dans la collectivité de Wankaner, au sein de la région semi-désertique du Saurashtra, dans le centre du Gujarat.

Des écolières de Vighasiya présentent un tilaka en guise de bienvenue.

Dans le cadre de mon stage pour jeunes en développement international, j’étais affectée aux questions relatives à l’égalité des sexes pour le PSRAK. L’objectif principal de mon stage consistait à effectuer de la recherche auprès d’étudiantes qui avaient obtenu leur diplôme dans l’établissement YUVA Junction, un centre de formation professionnelle pour jeunes qui enseigne des compétences pour le milieu de travail et qui place ses diplômés dans des bureaux respectés ou des postes de vente au détail. Parmi tous les centres YUVA, celui de Wankener compte un des taux d’inscription des femmes les plus élevés. Mais malgré mon enthousiasme face à l’idée de travailler pour YUVA, j’ai rapidement été confrontée à un obstacle logistique auquel personne n’avait apparemment pensé : la barrière linguistique.

Des étudiantes m’ont dit que ce qu’elles ont le plus aimé de YUVA était les « compétences fondamentales », souvent enseignées à travers le jeu. Les formateurs abordent même des sujets délicats dans des milieux mixtes, car ils croient que cela favorise l’apprentissage de bonnes compétences d’interaction sociale.

L’anglais est peu commun dans la région, et mon hindi hésitant était inutile, puisque les locaux parlent plutôt gujarati. Heureusement, j’ai eu le plaisir de rencontrer une vedette communautaire du nom de Prateeksha, une stagiaire de la State Bank of India qui effectuait un stage de douze mois en éducation. Elle avait appris le gujarati au cours des onze mois précédents, et elle a gracieusement accepté de devenir ma traductrice officielle pour mes entrevues et mon travail de liaison communautaire. De plus, elle m’a souvent hébergée et est devenue une amie. Toutes les personnes affiliées au PSRAK vous diront qu’il est essentiel de passer du temps dans un village. Je suis tout à fait d’accord, mais sans l’aide de Prateeksha, j’aurais été complètement perdue. Elle a traduit bien plus que la dynamique hommes-femmes à YUVA. En fait, elle a traduit un village au complet!

Kirin Masi, notre mère de village, qui veillait constamment à notre satisfaction alimentaire!
La cuisine gujaratie de Kirin Masi.

Durant mon séjour à Wankaner, j’ai appris de nombreuses nuances contextuelles au sujet de la société de la région et du travail de développement en général. Wankaner n’est pas réellement un village, mais plutôt une ville de 50 000 habitants qui vivent le long d’une autoroute, et qui est entourée de centaines de « vrais » petits villages. Le PSRAK a une présence impressionnante dans ces collectivités. Le Programme compte un bureau à Wankaner, des travailleurs communautaires, ainsi qu’un centre YUVA et de nombreuses écoles environnantes dans lesquelles les enseignants de village, les « balmitras », reçoivent des formations spéciales du PSRAK. Et il ne s’agit là que de quelques exemples! Inutile de préciser que tout le monde dans la région connaît le nom Aga Khan.

Wankaner est une communauté « minoritaire » au Gujarat, puisqu’elle compte de nombreux résidents musulmans. Fait notoire, ma recherche auprès de YUVA m’a permis d’apprendre que les filles de communautés minoritaires sont très ouvertes d’esprit. Bon nombre de filles ne connaissaient pas le terme « genre » lorsque je les ai interviewées, mais un nombre égal d’entre elles le connaissaient et avaient beaucoup à offrir. Presque toutes les filles que j’ai rencontrées avaient terminé des études postsecondaires ou étaient en train d’en faire. Tout doucement, les normes culturelles changent. Les filles du Saurashtra sont maintenant perçues comme capables de « maintenir l’honneur » de la famille en étudiant ou travaillant, alors que seuls les garçons avaient accès à ces possibilités auparavant.

Entrevues informelles à Wankaner. Cette diplômée de YUVA travaille maintenant dans une boutique de téléphonie cellulaire tout en étant inscrite à la maîtrise dans un collège avoisinant. Elle est la première femme de sa famille à travailler.

Prenons par exemple Pooja Zala, une enseignante de l’école de Vaghasiya qui se passionne pour ses élèves. Bien qu’elle vienne d’un village très conservateur, son père insiste que toutes les filles dans la famille reçoivent une éducation et terminent le secondaire, une attitude peu commune dans la région. Pooja est la plus jeune de cinq filles et un garçon, et elle est la seule fille à être allée à l’université. Elle est actuellement inscrite à un programme de maîtrise ès arts. En poursuivant cette éducation, Pooja montre la voie pour d’autres filles de sa communauté. Afin d’aider à introduire la technologie dans son école et d’obtenir un emploi dans un bureau un jour, elle apprend à utiliser un ordinateur avec l’aide de Prateeksha. Une des formations de YUVA porte sur les compétences informatiques, puisque le PSRAK cherche à offrir de nouvelles possibilités de soutien à la subsistance dans des milieux ruraux en changement rapide. La demande de la part des jeunes filles est particulièrement forte. De plus, les jeunes femmes diplômées de YUVA qui obtiennent un emploi ont tendance à conserver leur emploi plus longtemps et à poursuivre des études postsecondaires en plus grand nombre que leurs collègues masculins.

Pooja (troisième de la droite) et la famille Zala m’ont invitée à dîner dès mon premier jour.

Pourtant, les filles comme Pooja, issues de régions rurales, ont des difficultés à trouver des emplois près de chez elles. Leurs familles sont souvent opposées à l’idée qu’elles déménagent dans les centres urbains. Ces perceptions culturelles s’ajoutent à des obstacles pratiques comme la sécurité des transports. Après avoir recueilli mes données auprès du YUVA, mon rapport aidera à offrir des systèmes de soutien plus sensibles aux besoins des femmes. Entretemps, il faut reconnaître les femmes qui occupent des postes d’influence dans la communauté. La directrice régionale du bureau de Wankaner est une femme, et ce même bureau a récemment recruté une jeune femme pour agir à titre d’agente de programme dans le département de l’éducation. L’égalité des sexes au sein du PSRAK en tant qu’organisation est cruciale. Le développement rural est né dans un contexte agricole dominé par les hommes, et les démarches axées sur l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes sont rares. Mais dans un endroit comme Wankaner, il est clair que les efforts d’émancipation des femmes ont des répercussions à tous les niveaux de la vie quotidienne du village.

Pour Diwali, les employés terrain de Wankaner ont poussé leurs bureaux afin de préparer un repas qu’ils ont mangé ensemble. J’étais très honorée et heureuse d’être invitée.
Created By
Elizabeth Kuroyedov
Appreciate

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.