APPRENTISSAGE & EMERVEILLEMENT Lettre n°2

marché aux pêcheurs

Je vous avais quitté avec deux petites semaines dans les jambes. La période d’acclimatation est belle est bien finie. Je commence à prendre mes marques. Pour tout vous dire : les réveils à 5h50 - 5j/7, les Tongs, le riz, riz, riz, douche froide, moustiquaire, « hello » scandés à tue-tête par les enfants avec des sourires que l’on ne peut voir qu’ici, font à présent bel et bien partie de mon quotidien. Le Cambodge me paraît moins exotique, plus familier. Ici à l’image des khmers, je vis au jour le jour. Il faut être assez lucide et se rendre à l’évidence, la langue khmère (à l'image de ceux qui la parlent) est exigeante, de par son alphabet, la richesse de son vocabulaire, la difficulté à prononcer des sons inconnus. Un exemple simple pour dire « intéressant » en khmer phonétique on dira « Koui aoy tchap aröm » littéralement « meilleur donner attraper sentiment »… Pour le reste, je me surprends au bout de deux mois à avoir déjà un petit niveau oral qui me permet de me débrouiller et de comprendre de plus en plus.

l'île de la soie aux abords de Phnom Penh, petit coin de paradis

Le fameux « patience et humilité » de la première lettre s’incarne complètement et prend encore plus de sens. C’est le mot magique pour découvrir les mots, les khmers, Phnom Penh et le pays qui me déconcertent, mais peu à peu révèlent une pierre précieuse derrière une dure écorce. Ces non-dits, cette lenteur dans la communication était au début vu à travers mes petites lunettes d’occidental comme une perte de temps, une source de mésentente, d’inintéressement. Cette sensibilité khmère est vraiment déconcertante. Je me suis retrouvé plusieurs fois à court de salive et de discussion face à des khmers muets. La première leçon était donnée, le khmer n’a pas peur du silence, et peut rester de longs moments sans rien dire. Ce silence n’est en aucun cas une gêne mais bien au contraire le marqueur du plaisir partagé d’être avec l’autre. Ici, par exemple, on reste bien plus marqué par l’ambiance d’une « réunion » que par son contenu intellectuel. Et je vous assure que cela peut faire réfléchir. Il faut beaucoup de temps pour créer des relations solides, pour apprendre à connaître l’autre plus en profondeur. Quelle aubaine de rester un an!

Ca rigole sec avec Nika, Rainsey, et Pallin

Mes missions commencent à se dessiner doucement. Je prendrai le temps au cours de mes prochaines lettres de revenir plus en détail sur telle ou telle mission. A l’image d’un couteau suisse mais pas encore vraiment aiguisé, je serai durant cette année la majeure partie de mon temps auprès des jeunes Khmers et cela pour mon plus grand bonheur.

Tout d’abord en charge de l’animation et du soutien scolaire et social des deux centres qu’héberge la paroisse. Des jeunes entre 15 et 25 ans dont les parents vivent dans les campagnes et dans des conditions plus que précaires.

Les phénomènes de la promo 2017

Je m’occupe aussi de la communication et de l’événementiel de tout ce qui bouge autour d’ici et croyez-moi c’est une vraie fourmilière, il y a de quoi s’occuper.

Par ailleurs j’ai souhaité donner de mon temps à trois associations que je vous présente brièvement maintenant.

-Ligth of mercy : Ce centre de 30 enfants de 7ans à 22ans vient redonner de la lumière à ceux qui sont dans l’obscurité. Vivant dans des conditions de vie odieuses, abandonnés par la société et parfois leurs familles, ces sourds, aveugles, handicapés physiques, ou venants de famille trop pauvres, trouvent en ce centre un havre de paix, un lieu de construction personnel et social remarquable. Cette sœur et son équipe font un travail héroïque, en les sortants de la misère. Difficile de présenter brièvement cette œuvre de charité et une lettre ne serait pas de trop pour vous présenter plus en détail ce centre dans lequel je vais quasiment tous les jours avec un plaisir immense.

Les enfants de Light of Mercy

-Action Cambodge Handicap : Première ONG qui offre un projet de vie à des adultes avec handicap mental au Cambodge. Inspiré de l’Arche de Jean Vanier et construit à l’origine autour d’un projet commun avec l’équipe fondatrice de Pour un Sourire d’Enfant (PSE). L’une des voies d’insertion pour les jeunes est la confection de confitures de la marque « l’irrésistible » qui je le confirme porte bien son nom et dont le bâtiment est en face du centre. Occasion pour moi de venir échanger avec ces jeunes pleins de vie.

-Le Centre des malades Sainte Elisabeth : Créé et géré par le diocèse de Phnom Penh, ce dispensaire accompagne des patients porteurs d’une pathologie lourde ou de longue durée. En phase terminale, l’équipe spécialisée apporte suivi, réconfort et soins palliatifs aux patients et à leurs familles. Que dire sinon que je ne suis pas du tout préparé à ce genre d’accompagnement, que c’est très difficile à vivre et pourtant, le réconfort de notre présence suffit le temps d’un instant à faire oublier ce que vivent ces malades…

Je donne aussi 5-6 heures de cours de français à différents niveaux. Cet exercice d’enseigner, que je découvre me plaît vraiment beaucoup. Enfin à plus long terme, nous projetons au sein du centre d’agrandir tout un tas de structures, qu’il faut commencer à dessiner. Rajouter à cela 3 à 4h par semaine d’apprentissage de khmer avec un professeur particulier absolument génial et vous avez une idée de ce que je ferai ici pendant un an. Pour ceux qui en douteraient encore, moi plus du tout, ce ne sera pas vraiment une année sabbatique.

pas d'année sabatique...

Visite de PSE

la sortie de l'école à PSE

Il y a maintenant presque un mois, le vendredi 20 janvier avec Arthur, nous sommes allés visiter le centre PSE (Pour un Sourire d’Enfant). Ce dernier se situe à la périphérie Ouest de Phnom Penh, il faut compter 20min en moto (quand on ne se perd pas). Là nous avions rendez-vous avec Danny, ancienne chiffonnière, l’une des premières à avoir été sorti de la décharge (maintenant fermée par les autorités gouvernementales) par M et Mme Dépaillières, et à avoir été scolarisé dans les locaux de PSE. Visite guidée dans un français impeccable. Dany, experte en sourire made in Cambodia, est l’illustration parfaite du travail réalisé par ces deux retraités. Après plus d’une heure de visite, d’échanges fructueux nous rencontrons les volontaires français de PSE avec qui nous dinons. Je ressors clairement sonné et fasciné par ce qui a pu être réalisé par ce couple de retraités en à peine 20 ans. Bien au-delà du film « LES PEPITES » (que j’avais vu en novembre dernier et que je vous conseille fortement de voir si vous ne l’avez toujours pas vu) se retrouver dans ce centre, au milieu de ces jeunes qui sortent des cours, paraît irréel, tellement le travail accompli est inimaginable et titanesque. Du néant, ces jeunes peuvent espérer un avenir prometteur tant la stratégie mise en place pour ces jeunes a fait ses preuves.

La remise de la plus prestigieuse reconnaissance des mains du Roi à ce couple, il y a quelques années pour tout ce qu’ils avaient fondé illustre bien ça.

Le plus frappant je crois, c’est de voir que Marie-France (Christian son mari étant décédé en aout) que j’ai souvent l’occasion de voir ici est une personne très discrète, très simple et ô combien chaleureuse. L’enseignement que je tire de cette visite à PSE à l’image de ce couple et de tout ce qu’ils ont réussi à construire est évident, l’ambition démesurée (sur un projet comme le leur) ne doit être recherchée que si elle est au service des autres, c’est-à-dire désintéressée, avec humilité et amour.

Dany, "Papi & Mamie"

Cette rencontre donne clairement le ton pour mes missions à venir. Ce que je reçois et continu de recevoir depuis maintenant un mois et demi est au-delà de tout ce que j’avais pu imaginer. L’apprentissage par l’émerveillement a du bon, croyez moi.

Merci à tous ceux qui prennent le temps de continuer à me lire, merci à ceux qui m’ont répondu après l’envoi de ma première lettre. Si j’oublie des personnes, veuillez m’en excuser par avance n’hésitez pas à leur partager mes lettres. Rassurez-vous, à l’avenir, je serais plus concis.

A très vite avec joie.

François

réalisation d'un Mölkky à Light of Mercy avec l'aide de Rainsey et Borey à la scie (aveugle) mais très doué de ses mains

Voici finalement ma nouvelle adresse, j’espère que vous n’avez encore rien envoyé à l’ancienne adresse (dans ma première lettre), car elle est fausse.

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