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ASCOVAL Leur long combat pour sauver leur aciérie

C’est une histoire au long cours, ponctuée d’annonces fracassantes, de lueurs d’espoir et de désillusions. Un feuilleton que nous reprenons à ses débuts pour mieux comprendre pourquoi l’avenir d’Ascoval restait suspendu à l’offre potentielle d’un repreneur, mais aussi à l’engagement de l’État. La reprise par Olympus Steel, le 2 mai 2019, n'a pas levé toutes les inquiétudes.

29 AVRIL 2015, LE CHOC

L’annonce de Vallourec tombe, brutale : 900 emplois vont être supprimés en France. Vallourec prépare un plan de réorganisation, ses contours sont encore flous. Mais les employés de Saint-Saulve le savent : les conséquences seront lourdes pour leur site.
« Je suis choqué parce qu’on avait imaginé tous les scénarios possibles mais on n’a jamais cru qu’ils auraient pris l’aciérie en otage. »

Philippe Burette, secrétaire adjoint du groupe Vallourec et délégué syndical à la tuberie de Saint-Saulve

L’annonce intervient alors que l’usine Vallourec de Saint-Saulve fête ses quarante ans. Ici, il y a en fait deux usines : une aciérie et une tuberie. Et depuis toujours, cette spécificité a été présentée comme la vraie force et particularité du site, même au niveau mondial.

Au fait, pourquoi ce nom de Vallourec ? Il n’avait pas été choisi au hasard. On était alors en 1931, en pleine crise économique. Ce qui avait incité des fabricants français de tubes à se rapprocher. D’où un partenariat industriel et commercial entre les établissements de Valenciennes (Val), Louvroil (lou) et Recquignies (rec) pour donner naissance à la société Vallourec.

Des sites d’origine, il ne reste aujourd’hui plus que Saint-Saulve. L’aciérie y a été construite en 1975.

Les premières coulées d'acier datent de mars 1975 à Saint-Saulve.

Comment en est-on arrivé à ce plan de réorganisation, qui implique des suppressions de postes à la tuberie et la mise en vente de l’aciérie ? Surtout après un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) et la disparition de 190 postes sur la période 2014-2017.

L'aciérie fournit la matière première pour la tuberie.
  • En avril 2015, l’aciérie, ce sont 450 personnes, sans compter les intérimaires. Elle fournit la matière première pour la tuberie, à savoir des tubes d’acier de longueur et de diamètre différents. La capacité de production est de 100 000 tonnes par an. Et les principaux clients sont les tuberies du groupe Vallourec.
  • À la tuberie, ouverte depuis 1978, travaillent 850 personnes, hors intérim. Y sont fabriqués des tubes pour l’industrie du pétrole, pour des chaudières industrielles et les centrales thermiques, le transport de fluides et de canalisations, les usages mécaniques, les ébauches d’étirage et de courbes. La spécificité des tubes de Saint-Saulve? Ils sont en acier et sans soudure.
  • On trouve aussi à Saint-Saulve le centre informatique pour l’Europe, soit 120 salariés et 80 prestataires.

JUIN 2015, L'ENGAGEMENT D'EMMANUEL MACRON

Il est alors ministre de l’Économie. Emmanuel Macron passe deux heures chez Vallourec Saint-Saulve, le 29 juin 2015. Devant quelque trois cents salariés, le ministre évoque la méthode mise en place depuis le 6 mai, date à laquelle il avait reçu les élus du secteur à Bercy. Et il l’assure : « On ne va pas fermer l’aciérie », mais lui trouver des partenaires. Côté tuberie ? « Il n’y aura pas de fermeture de site et pas de départs contraints. »
« Il y a un avenir pour le site de Saint-Saulve et une volonté d’aller ensemble dans le temps. »

Emmanuel Macron aux salariés

OCTOBRE 2015, LE DÉBUT DE LONGUES NÉGOCIATIONS

Vallourec détaille son plan. Ambiance morose à l’annonce des prévisions : 151 postes en moins à Saint-Saulve (123 à la tuberie, 28 au centre informatique) et 85 sur le site d’Aulnoye-Aymeries. Les négociations avec les syndicats sont ouvertes.

Février 2016, nouveau coup de massue : la fermeture du laminoir est annoncée. Elle interviendra le 18 janvier 2017.

Côté aciérie, un repreneur potentiel se fait connaître : Ascometal. On se donne toujours plus de temps, pour régler les problèmes de financement.

Qui est Ascometal ?

L’activité de cette usine de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, est en berne. Ascometal, dont l’équipement est vieillissant, mise sur un nouveau projet industriel pour relancer son activité.

Ascometal, c’est une ancienne filiale d’Usinor, qui avait été placée en redressement judiciaire en 2014. La même année, elle avait été reprise par l’industriel français Frank Supplisson, pour devenir Asco-Industries.

Ascometal a été le premier à manifester son intérêt pour le site de Saint-Saulve et son équipement performant, dès l’annonce de la vente en avril 2015.

« Voitures, poids lourds, roues de wagon, nouvelles barres pour le pétrole…, Ascometal offre de nouveaux débouchés à Vallourec. On va jouer sur la complémentarité des sites. »

Philippe Carlier, directeur Europe chez Vallourec

Philippe Carlier.

D’ÂPRES NÉGOCIATIONS

Le spectre d’une fermeture de l’aciérie et d’une catastrophe sociale aura plané de longs mois.

Au final, les plans sociaux en cours auront supprimé plus de 400 emplois à la tuberie et 60 à l’aciérie (les effectifs passant de 380 à 320 d’ici à 2017).

Vallourec et Ascometal, appuyés par les élus locaux, se sont concentrés sur le sauvetage de l’aciérie. Dans un contexte économique compliqué, les négociations se sont avérées longues et laborieuses.

26 JANVIER 2017, LA NAISSANCE D'ASCOVAL

C’est acté, l’aciérie ne bat plus pavillon Vallourec. Elle entre dans le giron d’Asco Industries, qui détient désormais 60% des parts, Vallourec en gardant 40%. La SAS Ascoval est créée. La Région a pris le risque d’avancer 14 M€ pour boucler le tour de table.
« Nous ne sommes pas en train de devenir des industriels. Mais on s’est aperçus que si nous n’intervenions pas, l’opération ne se ferait pas. »

Xavier Bertrand, président de la Région, qui a proposé d'avancer 14 M€

Philippe Crouzet, président du directoire de Vallourec, ici avec Xavier Bertrand, le jour de la création d'Ascoval.

Qu’en pensent les syndicats, eux qui avaient émis, en novembre 2016, un avis défavorable ? « L’élément important, c’est que ce mariage permet de sauver les emplois sur le site. »

Bruno Kopczynski, délégué CFDT et porte-parole de l’intersyndicale, se montre cependant prudent : « Nous avons besoin de confirmations, de validations, notamment sur l’évolution de l’emploi. Aujourd’hui, nous sommes 320, mais demain ? »

UN RÉPIT DE COURTE DURÉE

Le répit aura été de courte durée pour les Ascoval. 22 novembre 2017, les aciéristes sont atterrés. Ils se croyaient sauvés ? Las, Ascometal, désormais actionnaire majoritaire, est placé en redressement judiciaire par le tribunal de Strasbourg. 1 500 personnes sont concernées dans toute la France.

La semaine qui suit, Ascoval est logiquement placé en procédure de sauvegarde par la même instance. Pour la gestion de l’aciérie, ses dirigeants sont désormais assistés d’un administrateur judiciaire.

Les syndicalistes échangent à nouveau sur le sujet avec Xavier Bertrand, qui avait commencé à mouiller le maillot dans le dossier avant même qu’il ne devienne président de la Région. Ce dernier alerte le président de la République, « qui a un devoir de suite. Il n’est pas question que l’État soit aux abonnés absents ». Par ailleurs, la Région n’avait jamais versé les 14 millions d’euros promis à Ascoval. « L’argent est à disposition d’un repreneur qui s’engage sur l’emploi et des volumes. »

10 janvier 2018, Ascoval est à son tour placé en redressement judiciaire par le tribunal de Strasbourg. Cette décision était attendue, et même souhaitable: « Si on veut être repris, il faut en passer par là », se résout Olivier Burgnies, de la CFDT.

Mais les syndicalistes savent que le temps est compté. Les offres de reprise pour Ascometal doivent être déposées pour le 19 janvier.

Au final, deux industriels font une offre : Liberty steel et Schmolz + Bichenbach. Au tribunal de trancher.

DÉSILLUSION ET COLÈRE

Le lundi 29 janvier 2018, les magistrats annoncent leur choix. Alors que les Ascoval avaient manifesté leur préférence pour le groupe Liberty, qui était le seul à s’engager à reprendre leur usine, c’est la désillusion.

Le tribunal a penché pour les Germano-Suisses de Schmolz + Bickenbach, qui excluent Ascoval de leur plan de reprise. Les juges ont estimé que Schmolz + Bickenbach donnait plus de garanties sur le long terme quant à la pérennité d’Ascometal.

Le monde des Ascoval s’écroule. Quand leur entreprise sera liquidée, combien de temps leur restera-t-il à travailler?

Envahis par la colère, des salariés bloquent le rond-point d’accès au site, à la lisière de Saint-Saulve et Marly. Un mouvement spontané, sans l’aval des syndicats. L’aciérie est à l’arrêt.

Jean-Michel, 40 ans d’ancienneté, a commencé à l'aciérie à l'âge de 16 ans. «Quand ils ont créé la quatrième équipe, au four électrique.» Désormais, il s'inquiète pour la jeune génération : «J’ai acheté en 1989, j’ai la chance d’avoir fini de payer ma maison. Ça me fera mal, mais moins mal qu’aux jeunes.»

Les Ascoval maintiennent la pression et bloquent plusieurs axes dans le Valenciennois lors de cette semaine à rebondissements.

Au lendemain de l’annonce de la décision du tribunal, le ministre de l’Économie évoque un accord pour « garantir la rentabilité du site de Saint-Saulve et permettre la recherche d’un repreneur ».

Trois jours plus tard, trois délégués syndicaux sont invités à Bercy pour prendre connaissance du fameux plan de Bruno Le Maire, qui laisse pas mal de monde sceptique.

L’ESPOIR RENAÎT

Des larmes, encore, mais cette fois de joie. En fin de semaine, la pression est retombée, les salariés ont largement dit oui à l’accord scellé à Bercy pour garantir un avenir et permettre la recherche d’un repreneur.

Xavier Bertrand et Bruno Le Maire, à Bercy.
« Nous avons trouvé un accord pour garantir un avenir au site de Saint-Saulve. Nous avons obtenu la garantie que sur l’année qui vient, le site aura des commandes au prix nécessaire pour que l’activité soit rentable et qu’il reste ouvert. Au-delà de cette année, ça sera les conditions du marché. »

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie

Six syndicalistes d’Ascoval avaient fait le déplacement à Bercy. À leur retour, ils sont accueillis par des salariés en liesse.

Concrètement, Schmolz s’est engagé sur 110 000 tonnes et Vallourec sur 135 000. L’État, titillé depuis quelques jours par les élus, a mis au pot en apportant cinq millions d’euros « pour soutenir l’activité ».

Enfin, les syndicalistes ont obtenu ce qu’ils étaient venus chercher : le versement d’une prime d’activité de 450 € brut par mois pendant 12 mois et un fonds en fiducie (12 M€) en cas de plan de sauvegarde de l’emploi.

L’accord trouvé, reste à le valider par le tribunal de Strasbourg. Et à se retrousser les manches pour dénicher un repreneur.

ET L'ACIER SE REMIT À COULER

Après une semaine d’arrêt, les aciéristes sont retournés aux fourneaux.

Prochaine étape, le tribunal de Strasbourg. Après avoir reporté leur décision au 14 mars, les juges confirment le plan de continuation. L’accord écrit signé par Schmolz + Bickenbach et Vallourec assure la pérennité de l’aciérie pendant encore un an.

Un accord dans la droite ligne de ce qui avait été décidé à Bercy, autour de Bruno Le Maire, début février.

La délégation de trois syndicalistes devant le tribunal de Strasbourg le 14 mars 2018.

Deux repreneurs potentiels

Mais les Ascoval n’en ont pas pour autant fini avec la justice. Le tribunal de Strasbourg doit aussi se pencher sur d'éventuelles offres de reprise.

Le groupe iranien Boost dépose une lettre d'intention. Le Franco-belge Altifort est le seul à formuler une offre de reprise.

L’OPTION ALTIFORT, MAIS SANS VALLOUREC

L’État s’engage. Le 25 septembre, syndicalistes et élus du Valenciennois reçoivent le soutien de l’État, qui se concentre exclusivement sur l’option de reprise d’Altifort.

Le coup d’éclat de Vallourec. Lundi 22 octobre 2018, Vallourec sort de son silence, deux jours avant la décision du tribunal. Le groupe explique que le projet de reprise d’Altifort se fera sans lui.

Le tribunal de Strasbourg devait se prononcer sur le dossier Ascoval le 26 septembre. Comme pressenti, il a reporté sa décision au 24 octobre. Mais désormais, l’équation est simplifiée : ne reste sur la table que l’offre de reprise d’Altifort.

La réaction des Ascoval ne se fait pas attendre. Mardi 23, commence le blocage du site de Saint-Saulve, l’aciérie est à l’arrêt. Symbole de cette mobilisation, le rond-point de la colère et son brasier.

C’est le début d’un marathon, éprouvant pour les nerfs des salariés.

Toujours mardi 23, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État du ministre de l’Économie, est envoyée au front. Elle déclare qu’elle se penchera en profondeur sur le dossier.

Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État du ministre de l’Économie.

Mercredi 24, le tribunal de grande instance de Strasbourg choisit d’ajourner sa décision de deux semaines supplémentaires

Les Ascoval se relaient pour entretenir le brasier du rond-point de la colère.

Mercredi 31, nouvelle réunion à Bercy. Autour de la table, des dirigeants et des représentants du personnel d’Ascoval, des représentants d’Altifort et de Vallourec, des élus de la Région ainsi que les administrateurs judiciaires.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire réaffirme « la position du gouvernement ». « Elle est constante depuis février : il faut jouer la carte de la reprise. » Il dévoile également la conclusion à laquelle est parvenu le cabinet d’experts indépendant mandaté par Bercy : l’unique offre de reprise déposée, celle d’Altifort, est jugée « solide et crédible » par les experts. L’État permet ainsi à Altifort de demander un délai à la justice.

Cette voie des possibles a été ouverte grâce au travail de la direction de l’aciérie et d’Altifort, qui ont trouvé de nouveaux clients. Il fallait compenser les commandes de Vallourec, la maison mère d’Ascoval, qui ne veut plus s’approvisionner à Saint-Saulve.

Après la rencontre à Bercy, les métallos d’Ascoval votent la reprise du travail. Ils cessent d'alimenter le brasier de la colère. Mais restent prudents quant à leur avenir.

Bruno Kopczynski, porte-parole de l’intersyndicale.
« Rien n’est encore vraiment garanti. C’est une étape. Mais les gars ont décidé de se relever une nouvelle fois. On est reparti pour six semaines. Alors que ça fait un an que nous sommes dans l’incertitude. Mais le gouvernement a mis les moyens. »

Bruno Kopczynski, porte-parole de l’intersyndicale

Comme ils l’avaient déjà fait en février, les aciéristes ont nettoyé les stigmates de leur manifestation, déblayant eux-mêmes les restes du brasier devant leur aciérie.

« On voulait effacer les traces pour repartir du bon pied, C’est sûr qu’on a cramé du pneu, mais on a toujours été dignes. »

Bruno Kopczynski, porte-parole de l’intersyndicale

Lundi 5 novembre, 6 heures, les métallos ont rallumé le four.

Mercredi 7 novembre, c’était prévisible, le tribunal de Strasbourg a octroyé un nouveau délai à Ascoval. Les juges statueront sur le sort du site le 12 décembre.

Entre temps, les aciéristes auront reçu deux signes de l’État. D’abord, cette petite phrase du Président de la République, Emmanuel Macron : « Je ne dis pas que c’est acquis, mais la situation est aujourd’hui bien plus consolidée qu’il y a quelques semaines. J’ai demandé au gouvernement de tout faire pour trouver une solution sur ce site. »

« Il peut y avoir un avenir pour le site Ascoval.»

Emmanuel Macron, Président de la République

Le ministre Bruno Le Maire chez Ascoval, le 8 novembre 2018.

Et puis cette nouvelle visite de Bruno Le Maire, le 8 novembre, avant qu’il ne rejoigne le Président en déplacement dans la Sambre toute proche. Le ministre a fait le point avec les élus du secteur avant un passage à l’aciérie. Il a réaffirmé la volonté du gouvernement de trouver une solution pour Ascoval : « Nous allons y arriver. »

« Cette fois, ce sera la dernière chance, il n’y aura pas d’autre report. C’est la der des der. »

Bruno Kopczynski, en ayant dans le viseur l’audience du 12 décembre au tribunal de Strasbourg.

Selon le porte-parole de l’intersyndicale, il s'agit de la dernière chance de sauver l’activité des aciéristes, aujourd’hui au nombre de 281.

DE BONNES NOUVELLES, MAIS TOUJOURS DE LA PRUDENCE

La date était très attendue. 12 décembre 2018, les trois représentants de l'intersyndicale sont au tribunal de Strasbourg. À l'aciérie, les salariés se réunissent en assemblée générale à l'issue de l'audience. La prudence reste de mise.

Les syndicalistes Olivier Burgnies, Pascal Loisse et Bruno Kopczynski ont quitté Saint-Saulve la veille de l'audience, pour être présents dès 9 heures au tribunal de grande instance de Strasbourg.

Pascal Loisse, Olivier Burgnies et Bruno Kopczynski à la gare Lille-Flandres le 11 décembre, direction Strasbourg.

Dans leurs bagages, toujours de la réserve. « L'expérience nous a montré qu'il fallait être prudents. Je m'interdis de me réjouir. » Olivier Burgnies ne pouvait alors se douter qu'un sentiment de terreur allait s'y ajouter.

Au tribunal, les trois syndicalistes accusent le coup. La veille, ils étaient sur le marché de Noël, quand une fusillade a éclaté. Un attentat meurtrier qui les a fortement marqués.

« On était choqués en arrivant à l'audience, mais il ne fallait pas perdre le fil. »
À 11 heures, à l'issue de l'audience.

L'offre du groupe Altifort a été examinée par le tribunal. « Toutes les voix vont dans le sens de la reprise, a annoncé Bruno Kopczynski. Mais pour l'instant, je laisse les bouteilles de champagne au frais. »

Le jugement est attendu le 19 décembre.

Réunis en AG dans l'après-midi, les salariés aussi préfèrent rester prudents.

UN SOULAGEMENT ÉPHÉMÈRE

19 décembre 2018. La décision du tribunal devait tomber à 9 heures. Les Ascoval auront vécu quelques heures d'angoisse supplémentaires, avant que ne tombe enfin la bonne nouvelle.

Le résultat des délibérations des juges n’est tombé qu’en tout début d’après-midi. De quoi jouer encore un peu avec les nerfs des aciéristes.

Les aciéristes ont attendu jusqu'à 14 heures pour connaître la décision du tribunal de Strasbourg.

Enfin, c'est la libération : l'aciérie est sauvée ! Ascoval est bel et bien reprise par Altifort.

À quelques jours de Noël, c'est un cadeau qu'ils n'osaient plus espérer : la survie de leur aciérie. L'épilogue de longs mois de lutte, pensent alors les 281 salariés d'Ascoval. Las !

LE COUP DE MASSUE

« S'accrocher », pour donner un nouveau souffle à leur entreprise devenue Altifort-Ascoval, ils s'y attendaient. Reconstruire un carnet de commandes, avec des « premiers mois compliqués », ils étaient prêts à l'encaisser. Mais vivre un énième rebondissement, avec à nouveau la fermeture en ligne de mire, c'est la goutte de trop...

21 février 2019. Alors que depuis le début du mois, l'aciérie de Saint-Saulve bat pavillon Altifort, des « bruits de couloirs » se transforment en certitude. « Ça s'est confirmé quand la direction est venue nous voir, lance Samuel, salarié de 42 ans. Ils sont certains qu'Altifort n'aura pas l'argent. Je suis franchement dégoûté. »

« Les projets qu'on avait refaits, avec ma femme, ils retombent tous. »

Samuel, aciériste de 42 ans

Les inquiétudes pèsent donc sur les capacités de financement d'Altifort. Pour le rachat, l'entreprise doit réunir 152 millions d'euros, dont 47 millions d'aides publiques de l'État, la Région et Valenciennes Métropole, sous forme de prêts. Altifort devait ramener 35 millions d'euros (10 millions de fonds propres, 25 de quasi-fonds propres). Et le compte n'y est pas.

Le groupe Altifort l'annonce dans un communiqué : « Les financements externes n’ont pas pu être mis en place tels que prévus lors de la validation du plan de cession. »

Une nouvelle audience est donc prévu au tribunal de Strasbourg, le 27 février.

D'ici là, Bart Gruyaert, directeur général d’Altifort, espère toujours réunir les fonds nécessaires.

« Jusqu’au 27, on va se battre pour avoir une autre solution. Je ne jette pas l'éponge ! »

Bart Gruyaert, directeur général d’Altifort

Mais de son côté, Bercy a clairement écarté la piste Altifort. La veille de l'audience au tribunal, le ministère de l'Économie annonce chercher un autre repreneur.

Sans coulée à livrer, le four de l’aciérie est éteint depuis le 22 février.

RETOUR À LA CASE DÉPART

27 février, le tribunal de Strasbourg accorde un nouveau sursis à l’aciérie de Saint-Saulve. Ascoval se retrouve exactement dans la même situation qu’au 10 janvier 2018 : en redressement judiciaire. Et à la recherche d'un nouveau repreneur.

De délai en délai

Reculer pour mieux sauter ? C’est le sentiment qui domine parmi les aciéristes. Le tribunal de Strasbourg a accordé un délai d’un mois à Ascoval. La prochaine audience est fixée au 27 mars. Entre temps, il faut se (re)trouver un repreneur. La trésorerie permet à Ascoval de tenir tout le mois de mars. Les salariés, en sous-activité, n’auront pas de perte de salaire.

« Nous sommes soulagés car les salaires sont garantis, mais on comprend aussi les salariés qui n’en peuvent plus. C’est quatre ans de combat mais là, il faut encore tenir un mois. »

Bruno Kopczynski, porte-parole de l’intersyndicale

Et maintenant ? « Je ne lâche rien », soutient Cédric Orban, PDG d'Ascoval.

« Je continue de me battre pour cette aciérie, mais je suis aussi vigilant à ne pas donner de faux espoirs aux salariés. Nous sommes tous tombés de haut et nous avons pris un coup de massue. Je ne peux plus les décevoir. »

Cédric Orban, PDG d'Ascoval

Des visites de repreneurs doivent avoir lieu à l’aciérie, affirme Cédric Orban.

Pour assurer les commandes passées et à venir, le four de l’aciérie est relancé.

Les salariés connaissent des périodes de chômage technique.
« On va être patient, on va faire notre travail. En toute sécurité. Parce que quand les gens ont la tête ailleurs, ici, ça ne pardonne pas. »

Lionel, qui travaille à la cabine de dégazage

Encore un mois supplémentaire, c'est ce qu'a accordé le tribunal de Strasbourg. Le 24 avril, devaient être examinées les nouvelles offres de reprise. Car oui, des candidats se sont fait connaître.

Trois offres formelles (Olympus Steel, Calvi Networks et Frank Supplisson, l'ancien patron d’Ascometal) ont été déposées, ainsi que deux marques d’intérêt, dont celle présentée par le chef d’entreprise valenciennois Pascal Cochez.

En attendant, le lundi 15 avril, les aciéristes ont repris une énième fois le travail. Sans savoir si, à la fin du mois, ils auraient encore un emploi. Cette fois, il ne leur reste plus qu'une « petite semaine de production ». Ensuite, c'est l'inconnu, avec un nouveau report de la décision du tribunal qui se profile. Du sursis, toujours.

Les 278 salariés encore employés par Ascoval, selon de nouveaux chiffres, devront bien encore patienter. Le mercredi 24 avril, le tribunal de grande instance de Strasbourg a étudié quatre offres de reprise, son jugement ayant été mis en délibéré au 2 mai à l'issue des débats.

OLYMPUS STEEL, NOUVELLE ÈRE OU REPRENEUR FRAGILE ?

Jeudi 2 mai 2019. Les 278 salariés de l'aciérie de Saint-Saulve sont suspendus à la décision du tribunal de Strasbourg. Les juges valident finalement l'offre d'Olympus Steel, qui doit prendre officiellement les clés de l'usine le 15 mai. Une nouvelle ère commence, où tout est à recommencer pour des ouvriers désormais à bout. Pourtant, leurs nerfs vont être soumis à une autre épreuve...

Après la mésaventure avec Altifort, les salariés osent croire que cette fois, le repreneur désigné a les reins solides. Eh bien, le répit aura été de plus courte durée, encore.

Le 22 mai, l'information tombe. La liquidation de British Steel, groupe détenu par Olympus Steel, est prononcée en Grande-Bretagne. De quoi faire planer le doute sur la viabilité du site français. Une réunion est prévue dès le lendemain à Bercy. Du côté des salariés, c'est le trop-plein.

« On en a marre. On est usé, moralement et physiquement. Ma femme a vu les infos, à midi, elle m’a appelé pour me dire de faire attention à mon cœur. »

Un salarié désabusé

COUP D'ARRÊT

Pour la première fois de l’histoire de l’aciérie de Saint-Saulve, les salariés ont arrêté la production alors que l’acier liquide était encore dans la cuve. Leur façon d’exprimer leur ras-le-bol après l’annonce de la liquidation de British Steel.
« Des salariés démissionnent, d’autres sont en arrêt maladie. Il faut trouver un moyen pour qu’ils restent. En plus du moral, on perd de 300 à 400 euros par mois. »

Nacim Bardi, délégué CGT

D’ordinaire, à Ascoval, les ouvriers finissent la coulée puis cessent le travail. Ce 22 mai, ils ont tout arrêté sur les coups de 13 heures, alors que le chaudron contenait 90 tonnes d’acier liquide. La production a repris deux heures plus tard, avec l'espoir d'une rencontre avec le repreneur.

« Ils ont été trop baladés. On a obtenu une réunion à Bercy, ce jeudi, avec l’État et le repreneur. Le repreneur doit nous dire comment ça va se passer, quand et de quelle façon il va débloquer l’argent. Il va falloir convaincre les salariés, et c’est pas gagné. Ils sont au bout du rouleau. »

Xavier Bertrand, venu l’après-midi rencontrer la direction, l’intersyndicale et les salariés.

BERCY SE VEUT RASSURANT

« Le projet est viable », c'est ce qu'a martelé le ministre de l'Économie, à l'issue de la réunion de crise à Bercy, le 23 mai. Les 40 millions d’euros promis par Olympus Steel seront-ils versés ? Bruno Le Maire continue d’y croire.

Le ministre est donc sorti confiant de cette réunion avec le repreneur, les élus, la direction et les représentants du personnel. Les syndicalistes beaucoup moins.

« On sort dubitatifs, commente Nacim Bardi, délégué CGT. Le plus important est de rencontrer l’actionnaire principal, Greybull. Des salariés démissionnent, d’autres sont en arrêt maladie, il faut trouver un moyen pour qu’ils restent chez nous. »

Ascoval compte désormais moins de 270 salariés, alors qu’ils étaient encore 280 quelques semaines auparavant.

OLYMPUS STEEL PRÉSENTE UN NOUVEAU PLAN

Si Bercy se veut optimiste, la justice, elle, s'interroge. Les magistrats du tribunal de Strasbourg ont convoqué la société Olympus Steel Limited, « pour être entendue sur la situation du groupe Britsh Steel et les modalités qu’elle envisage pour exécuter le plan de cession » d’Ascoval. l’occasion de faire le point sur les possibilités réelles d’Olympus, la holding détenue par le fonds de recouvrement Greybull, de Marc Meyohas.

Comment la liquidation de British Steel, qui détient deux sites de production sur lesquels Olympus imaginait s'appuyer pour relancer Ascoval, n'aurait-elle pas un impact sur le plan de reprise ?

Le 21 juin 2019, Marc Meyohas est donc venu s'expliquer devant les magistrats, à Strasbourg. Le président de Greybull Capital, le fonds de recouvrement qui possède Olympus Steel, a annoncé qu’en tant que principal créancier de British Steel, il était le mieux placé pour négocier le rachat de l’usine d’Hayange en Moselle et FNsteel aux Pays-Bas.

Il s'agit des deux sites membres du groupe British Steel, concernés par la liquidation, et sur lesquels Olympus Steel appuyait sa stratégie européenne avec Ascoval… Il était prévu que l’aciérie de Saint-Saulve fournisse l’acier à Hayange pour la fabrication de rails SNCF.

Olympus doit revoir sa copie. Le tribunal de Strasbourg fixe une nouvelle échéance, le 19 juillet, date à laquelle il se prononcera sur la validation, ou non, du plan de reprise modifié. La décision des magistrats est finalement reportée au 24 juillet.

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