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GILETS JAUNES : RETOUR SUR TROIS MOIS DE MOBILISATION EN NORD-ISERE Le 17 novembre dernier, les gilets jaunes DÉBUTAIENT leur mouvement un peu partout en nord-isère. Pendant plusieurs semaines, chaque samedi, ils se sont réunis sur les ronds-points, aux barrières de péages... TRois mois plus tard, en nord-isère, les actions se font de moins en moins nombreuses.

Un "ras-le-bol" général

Le 5 novembre 2018, un dimanche après-midi, les premiers gilets jaunes nord-isérois se retrouvent pour une réunion d'organisation à Soleymieu. Quatre-vingts personnes se rassemblent sur le parking de l'ancienne gare. Ils ne se connaissent pas, viennent des quatre coins du Nord-Isère mais ont une chose en commun : la volonté de participer aux blocages annoncés le 17 novembre. Pourquoi ? Parce qu’ils en ont «ras-le-bol».

L’idée de bloquer les principales villes et routes de France samedi 17 novembre est née sur les réseaux sociaux. Sur Facebook principalement. Ce sont des citoyens, excédés par la hausse du prix du carburant, qui ont décidé d’agir. Le mouvement a pris de l’ampleur. En Nord-Isère, quantité de groupes se sont créés : à La Tour-du-Pin, Saint-Quentin-Fallavier, Morestel, Vienne... Cette premier réunion à Soleymieu a pour but de déterminer qui bloquera quoi le jour J.

Les rassemblements annoncés à la veille du 17 novembre pour la première journée du mouvement en Isère.

17 novembre: un samedi placé sous le signe des gilets jaunes

Des blocages filtrants à Morestel, un autre au niveau du Casino de Vézeronce-Curtin, à La Tour-du-Pin, Saint-Jean-de-Soudain, Tignieu-Jameyzieu, Bourgoin-Jallieu, L'Isle-d'Abeau, Vienne, Chanas, Salaise-sur-Sanne... Ce samedi 17 novembre, les gilets jaunes sont présents partout en Nord-Isère.

Au plus fort de la journée du 17 novembre, quelque 3 200 gilets jaunes selon la préfecture, ont mené des opérations escargots, des blocages ou des barrages filtrants sur une trentaine de sites en Isère.

En dépit d’une mobilisation moins massive qu’escomptée ce samedi 17 novembre, des dizaines d’actions ont été menées à travers tout le territoire, sur les axes routiers comme dans les villes. Photos Le DL
Samedi 17 novembre. 12h04 : ambiance diots et apéritif à Saint-Geoire-en-Valdaine. Dom, instigateur du mouvement: «On a conscience que ça ne va pas changer les choses mais on se réunit pour partager un bon moment et s’exprimer.»

Au terme de cette première journée d'actions, presque tous les barrages sont levés. Mais de nouveaux rassemblements sont déjà annoncés pour le dimanche 18 novembre, au péage de Saint-Quentin-Fallavier et à la sortie d'autoroute de La Tour-du-Pin. Les gilets jaunes sont déterminés à continuer le mouvement et profiter de la mobilisation de ce premier jour.

18 novembre: deuxième journée d'actions

Comme prévu, les gilets jaunes sont de retour sur le terrain le dimanche 18 novembre pour une deuxième journée de mobilisation.

Des opérations "péage gratuit", des blocages sur les ronds-points, les actions se poursuivent encore toute la journée. Les gilets jaunes se mobilisent pour tenir sur la durée, notamment à Saint-Quentin-Fallavier où ils s'installent sur le rond-point de la zone industrielle. A Chanas, l'échangeur reste fermé sur décision préfectorale et les manifestants se donnent rendez-vous le lundi 19 novembre dès 7h pour reconduire le mouvement. Avec la ferme intention de durer.

19 novembre: les gilets jaunes veulent continuer

Les gilets jaunes sont toujours là, lundi 19 novembre au matin après deux journées d'actions. Ils ne veulent pas lâcher et maintiennent des points de blocage ou filtrage au péage de Chanas, à Saint-Quentin-Fallavier mais aussi au Pont-de-Beauvoisin, Saint-Jean-de-Soudain ou Saint-Clair-du-Rhône.

Depuis 7h, ce lundi matin, une centaine de gilets jaunes ont repris le filtrage au niveau du péage de la sortie 12 de l’A7 à Chanas. Ils ont été rejoints par une vingtaine de camions. « Des collègues ont dormi dans les voitures. On a fait un grand feu pour se réchauffer mais on est motivés pour rester », explique François.
Les gilets jaunes ne lâchent rien. Un peu partout en Nord-Isère, ils se rassemblent, quitte à braver la pluie ou la neige. Photos Le DL
A Saint-Clair-du-Rhône, ils sont une vingtaine, hommes et femmes, de tous les âges, mobilisés. Dans la bonne humeur, ils font un barrage filtrant de véhicules au rond-point d'entrée dans la commune, à la hauteur de l'hypermarché Leclerc. Depuis samedi et encore ce lundi matin à partir de 7 heures, ils se relaient pour expliquer, partager leur ressentiment à l'égard du gouvernement. « On manifeste notre ras-le-bol des taxes, de tout, explique Sébastien. Il faut arrêter de ponctionner les pauvres. »

20 novembre: des actions plus ciblées

Ce mardi 20 novembre, le mouvement continue avec quelques actions menées plus ponctuellement. Les gilets jaunes s'installent à Chanas, au Péage-de-Roussillon ou au rond-point du Totem à Saint-Quentin-Fallavier pour faire entendre leurs revendications.

Photo Le DL
Coordonnatrice des gilets jaunes de Chanas, Manon, 29 ans, n’a pas pu se rendre sur les ronds-points ce mardi 20 novembre. Mère de deux enfants, elle garde sa fille d’un an car son mari est en déplacement. Depuis chez elle, elle organise néanmoins le ravitaillement de ses camarades, via la page Facebook du groupe de Chanas, « en mobilisant les gens pour qu’ils apportent des couvertures, du café ou à manger ». Et elle annonce : « Vendredi, on va organiser une grosse opération à Valence. En attendant, on va essayer de tenir ici. Ça s’essouffle un peu en semaine mais ce week-end, ça devrait reprendre. »

Mercredi 21 novembre: première évacuation

Les gilets jaunes présents depuis samedi 17 novembre au rond-point du Totem, à Saint-Quentin-Fallavier, aux abords de la zone industrielle, doivent être évacués, le mercredi 21 novembre au matin, par les forces de l’ordre qui les ont prévenus.

« C’est un peu tendu, on est un peu inquiets », nous confie un manifestant.

L'évacuation se fait finalement dans le calme. Et les gilets jaunes reviennent dans la soirée sur le rond-point du Totem... D'autres actions sont menées à Chanas, Morestel et Saint-Jean-de-Soudain, mais le nombre de manifestants est en baisse.

Jeudi 22, vendredi 23 novembre: toujours sur le terrain

Quelques actions sont organisées à Vienne, devant le centre des impôts et sur les quais, mais aussi à L'Isle-d'Abeau, La Tour-du-Pin ou Saint-Jean-de-Soudain. Les gilets jaunes sont moins nombreux mais toujours déterminés.

19 H 22 : Une quinzaine de gilets jaunes fait ralentir les automobilistes aux abords du rond-point du Lidl à Saint-Jean-de-Soudain. « On se bat toujours pour la même chose ! On veut montrer qu’on ne lâche pas ! » Une réunion a lieu à 20h, à la salle Romanet de La Tour-du-Pin pour donner une suite au mouvement et décider des actions des prochains jours.

Pas un jour de la semaine ne se sera écoulé sans gilets jaunes en Nord-Isère.

Des commerces qui souffrent déjà

Le mouvement des gilets jaunes a des impacts forts sur l’activité économique. À Salaise-sur-Sanne, le rond-point d’accès à Green 7 est bloqué par intermittence depuis le début des rassemblements. Résultat, les clients ont déserté la zone commerciale d’une quarantaine d’enseignes, qui emploient environ 300 salariés. Les conséquences sont catastrophiques, déplorent les responsables de magasins. Décathlon, par exemple, estime la perte à 100 000 euros. Avec des conséquences sur les emplois : des embauches en CDD prévues pour les fêtes de fin d’année vont probablement être annulées. Et ce n’est pas le seul commerce à tenir ce discours. Ce mardi, les gérants de plusieurs magasins ont fait appel à un huissier pour qu’il constate l’atteinte à leur activité commerciale.

À Bourgoin-Jallieu, même si c'est dans une moindre mesure, le commerce a également souffert des blocages. Christophe Carron, commerçant et président de la fédération des groupements commerciaux du Nord-Isère, l'explique dans l'interview ci-dessous.

Samedi 24 et dimanche 25 novembre: l'acte II

La première semaine de mobilisation des gilets jaunes a donné lieu à des actions tous les jours. Ce samedi 24 novembre, c'est l'acte II. Les manifestants reprennent leurs positions aux barrières de péage et sur les ronds-points en martelant leurs revendications.

La colère est toujours là, mais les gilets jaunes sont un peu moins nombreux que le 17 novembre. Des actions sont organisées à Bourgoin-Jallieu sur le rond-point des Buissières, à Saint-Quentin-Fallavier sur le rond-point du Totem, à Reventin-Vaugris au niveau du péage sur autoroute A7 et à L’Isle-d’Abeau sur un parking à 50 m du péage sur l’A43.

«On ne lâchera rien, indiquent des gilets jaunes au péage de Saint-Quentin-Fallavier, on se ne fatiguera pas».
Une semaine après son apparition, le mouvement de grogne citoyen a connu un net regain de vitalité et mené une série d’actions d’envergure au niveau des péages autoroutiers.
Des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes. Unis par une couleur. Et surtout par un profond ras-le-bol. Au contact des gilets jaunes, ce samedi à la barrière de péage de Reventin-Vaugris, on a senti une rupture. Le point de non-retour semble franchi. «L’essence, c’est la goutte d’eau mais il n’y a pas que ça ! On ne vit pas, on survit, s’énerve un manifestant. On ne demande pas grand-chose. Lui, il nous demande de nous serrer la ceinture, mais il prend tout ! On se retrouve à devoir aller aux Restos du cœur. » Lui, c’est Macron. Le président cristallise toute la rage : « Avec lui, tout a augmenté d’un coup, et toutes les aides baissent. Les autres présidents, ils y sont allés plus progressivement, mais lui, il y est allé trop vite, trop fort. »

Dimanche 25 novembre, le mouvement des gilets jaunes connait une nette accalmie. La pluie et la fatigue ont sans doute raison de la motivation, même si un “acte 3” commence à être évoqué. Les forces de l'ordre sonnent la fin des opérations "péage gratuit".

1er et 2 décembre: acte III

Pour le troisième week-end consécutif, les gilets jaunes mènent de nouvelles actions en Nord-Isère. Les manifestants veulent rester présents alors qu'un rassemblement national est organisé à Paris le samedi. La mobilisation est surtout concentrée autour des barrières de péage de Reventin-Vaugris, Saint-Quentin-Fallavier, L'Isle-d'Abeau, Chimilin, Chanas et La Tour-du-Pin où une manifestation rassemblant 500 gilets jaunes est aussi organisée.

« Il faut que les gens soient conscients de ce qu’il se passe, estime Pascal, qui participait à sa première manifestation. Il y a ces Français en bout de ligne, qui souffrent, et je suis là pour eux, par solidarité. »

Début décembre: les lycéens rejoignent le mouvement

Début décembre, les lycéens entrent dans la grogne. Le mot d'ordre se répand via les réseaux sociaux. Leurs revendications sont assez floues : certains parlent des difficultés avec Parcour’Sup alors que d’autres évoquent leur statut de futur automobiliste et le prix de l’essence. Des manifestations ont lieu à Vienne/Saint-Romain-en-Gal, Villefontaine et L'Isle-d'Abeau, La Côte-Saint-André, Pont-de-Beauvoisin et Pont-de-Chéruy ainsi qu'à Bourgoin-Jallieu où des affrontements violents ont lieu avec les forces de l'ordre. Plusieurs lycéens seront interpellés. Des gilets jaunes se mobilisent pour venir encadrer les manifestants.

« On est là pour apaiser, on a aussi pris le nécessaire pour faire de la bobologie », confient des gilets jaunes.

Samedi 8 décembre, l'acte IV: quelle suite ?

Retour sur le terrain pour les gilets jaunes nord-isérois qui organisent des opérations "péage gratuit" et des rassemblements. Et s'interrogent aussi sur la suite du mouvement.

« Pourquoi le président n’intervient pas ? On dirait qu’il nous dédaigne. Il faut qu’il parle à son peuple ! Là, on dirait juste qu’il s’en fout », lance une retraitée en attendant que le café soit prêt.
Si Patrice enfile son gilet jaune, c’est pour regagner du pouvoir d’achat. « Je suis fonctionnaire, je ne suis pas dans le besoin mais je suis là pour défendre l’avenir de ma fille mais aussi les petites retraites. Dans les annonces qui ont été faites, rien ne nous satisfait. » Et puis, il pense aussi que les actions devraient se durcir. Alors, quand ce gilet jaune saisit un mégaphone, c’est pour évoquer l’idée d’un blocage de la zone logistique de Saint-Quentin-Fallavier. « Je commence à m’épuiser. Si on continue comme ça, dans deux ans on sera encore sur ce rond-point… », déplore-t-il.

Samedi 15 décembre: acte V

L'allocution d'Emmanuel Macron le 10 décembre n’a pas suffi à éteindre l’incendie. Mais avant l’Acte V du 15 décembre, un mois après le début du mouvement, difficile de savoir si les gilets jaunes vont de nouveau se mobiliser. Des rassemblements sont organisés à Bourgoin-Jallieu, L'Isle-d'Abeau, Salaise-sur-Sanne, Villefontaine et Saint-Quentin-Fallavier, 200 personnes défilent à La Tour-du-Pin, 300 à Vienne...

«Je suis retraitée, j’ai des enfants, des petits- enfants, un petit-fils de 22 ans qui ne trouve pas de travail alors qu’il a un BTS. C’est pour ça que je suis là. Parce que les annonces de Macron ne m’ont pas du tout convaincue, il s’est encore moqué de nous », lance Marie, venue d’Estrablin.

Samedis 22 et 29 décembre: des actes VI et VII moins suivis

Plusieurs campements ont été évacués pendant la semaine avant les vacances de Noël. Et si les gilets jaunes restent présents sur les ronds-points, aux barrières de péage, sur leur campement improvisés, la mobilisation est plutôt faible pendant cette période de vacances.

Les gilets jaunes de Saint-Clair-du-Rhône organisent un Ric sur... le Ric

Ils sont depuis le début du conflit à la pointe du combat en faveur du référendum d’initiative citoyenne (Ric). Structurés, les gilets jaunes de Saint-Clair du Rhône, via deux associations, une nationale et une locale, lancent sur la commune une vraie campagne électorale afin que les habitants se prononcent sur ce fameux Ric « en toutes matières », permettant aux citoyens par la voie référendaire d’abroger et de proposer des lois et « de garantir la paix sociale ».

Les électeurs saint-clairois inscrits au bureau de vote n°3 de la commune – soit environ 1 000 électeurs – sont appelés à se prononcer sur cette mesure du 12 au 14 janvier. Sur 1 027 électeurs, 250 votants ont participé au scrutin (soit une participation à 24,34 %) pour 231 oui (92,4 %), 9 non, (3,6 %) et 10 blancs (4 %).

Janvier/Février: des actions ponctuelles

Alors que le grand débat a été annoncé par Emmanuel Macron, en Nord-Isère, les gilets jaunes restent mobilisés, mais sont de plus en plus discrets sur les actions qu’ils comptent mener. En 2019, les gilets jaunes ont quasi tous la même résolution : “ne rien lâcher”. Les 5, 12, 19 et 26 janvier, quelques rassemblements ont lieu mais on est loin de la mobilisation du début. Les esprits sont maintenant tournés vers les cahiers de doléances et le grand débat avec des consultations organisées dans les communes.

En ce début d'année, les gilets jaunes qui ne veulent pas abandonner réfléchissent surtout à des manières de se structurer.

En février, le mouvement retombe, même si certains irréductibles, notamment à La Tour-du-Pin, continuent d'organiser des manifestations et des rassemblements. Toujours sous le signe de l'originalité.

Et maintenant ?

Ne leur dîtes pas que le mouvement s’essouffle en Nord-Isère. Non, d’après eux, il se « structure et prend une nouvelle forme ». Les gilets jaunes étaient encore présents en nombre à Bourgoin-Jallieu et Saint-Quentin-Fallavier, ce samedi 23 février, dès le début de la matinée. [...] Ainsi, un groupe de gilets jaunes va lancer, à partir de la semaine prochaine, une pétition afin de demander à ce que plusieurs péages d’autoroute deviennent gratuits, à Saint-Quentin-Fallavier et Villefontaine. Une pétition qui sera envoyée ensuite aux maires des deux communes concernées.

Textes, photos et vidéos : Le Dauphiné Libéré. Mise en forme : Albane Pommereau.

Created By
Albane Pommereau
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Credits:

Textes, photos et vidéos : Le Dauphiné Libéré

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