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Agadez, aux portes du Sahara

Dans la foulée de la 'crise des migrants' de 2015, l'Union Européenne a signé une série d'accords avec des pays tiers. Parmi ceux-ci, un deal avec le Niger qui provoque des morts anonymes par centaines dans le désert du Sahara. Médecins du Monde est présente à Agadez pour soigner les migrants. Récit.
Centre commercial, carrefour de marchandises, lieu touristique réputé pour ses maisons de sable : Agadez la centenaire a endossé de nombreux rôles à travers sa longue histoire. Aujourd’hui, elle a pourtant bien changé.
« Notre chauffeur voulait nous vendre en Libye… On a passé cinq jours à attendre dans le désert pendant qu’il négociait notre prix. Puis il s’est enfui quand les douaniers nous ont découverts. »

L’histoire de Mo n’est pas unique en son genre. Depuis quelques mois, les migrants qui veulent traverser le désert sont obligés de prendre de plus en plus de risques et de faire confiance à des malfrats sans scrupule. Malgré tout, ils continuent de tenter la traversée : mieux vaut mourir en essayant que rentrer les mains vides.

« Imagine que chaque matin, au réveil, ta mère et tes sœurs n’ont rien à manger. Jour après jour. Tous les jours. S’il y avait eu du travail pour moi, je serais resté. Il n’y en avait pas, et c’est pour ça que je suis parti. Je ne peux pas rentrer : tout l’argent que ma famille possédait a été investi dans ce voyage. »

Le moment où tout a basculé : l’été 2016. C’est là qu’est entré en vigueur l'accord négocié par l’Union Européenne avec le Niger. Le deal : la fermeture de la route officielle à travers le désert contre un milliard d’euros.

Avant, c’était simple : pour traverser le désert les migrants s’adressaient à des gens dont c’était le métier – beaucoup d’anciens guides touristiques reconvertis. Le service était payant – une somme accessible – et les convois partaient chaque semaine sur la route officielle, escortés par l’armée.
Aujourd’hui, la situation est compliquée. Les gens veulent toujours traverser, mais doivent payer des sommes astronomiques à des passeurs malhonnêtes. Ils empruntent des chemins dangereux qui s’avèrent parfois mortels.
Depuis l’été 2016, le nombre de migrants disparus dans le désert a explosé. « Soit ils se perdent, soit leur véhicule tombe en panne, » explique Soumaila, coordinateur des projets de Médecins du Monde au Niger. « Dans tous les cas, il y a peu de chances d’être secouru, et c’est la faim, la soif et la chaleur qui finissent par gagner. »

À Agadez, Médecins du Monde est l'unique organisation qui travaille dans les guettos où les migrants attendent de pouvoir tenter leur traversée du Sahara.

En vérité, il s’agit de prison à ciel ouvert : les migrants n’en bougent pas de peur d’être arrêtés, et les températures peuvent y grimper jusqu’à 45 degrés.

Nos équipes s’y rendre chaque jour pour apporter des soins médicaux et psychologiques aux migrants. Les plus malades sont accompagnés vers les centres de santé que nous soutenons.

Ici, au Niger, l'externalisation des frontières de l'Union Européenne a des conséquences dramatiques (comme en Libye ou en Turquie). En plus de son travail sur le terrain, Médecins du Monde mène un plaidoyer actif auprès des autorités nationales et européennes pour une politique migratoire humaine.

Credits:

Kristof Vadino / Médecins du Monde

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