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Sébastien Simon "Mon rêve de Vendée globe 2020"

Crédit photo : Martin Viezzer / Arkea Paprec

Ce qui m’a toujours étonné dans le Vendée Globe, c’est cette émotion presque pesante qu’on ressent à chaque départ et à chaque arrivée. Je ne sais pas d’où ça vient, je ne sais pas si tout le monde ressent ça, mais c’est ça qui m’anime quelque part".

Chapitre 1 : "Mes souvenirs de Vendée Globe"

"Je me souviens très bien de l’arrivée en 2013 de François Gabart et Armel le Cléac’h. C’était un dimanche, et je devais retourner à mon école d’ingénieurs à Bordeaux le soir même."

Crédit photo : l'arrivée de François Gabart aux Sables d'Olonne, le 27 janvier 2013 - © DAMIEN MEYER / AFP

"A l’arrivée de François, j’étais étonné de voir autant de monde… François était très ému, c’était incroyable. Gabart et le Cléac’h avait mené un combat hors normes. La course, c’était eux deux sur un rythme incroyable. J’étais vraiment touché par l’arrivée de François. Il a donné son interview, tout le monde était là, et puis j’ai vu tous les spectateurs partir".

"Je me suis dit, il n’y aura plus personne pour l’arrivée d’Armel, je ne peux pas rentrer tout de suite à Bordeaux. 3 heures de route des Sables, ce n'est pas rien. J’ai attendu 3 heures, j’ai vu Armel arriver. C’était étonnant, il y avait toujours autant de public. François Gabart qui vient le saluer, j’ai trouvé que c’était une belle image du sport. Et puis, j’ai pris la route, je suis rentré à Bordeaux et j’étais à l’école le lundi. C’est un beau souvenir que je garde en tête".

Crédit photo : Armel Le Cléac'h sur le Vendée Globe 2012 - © DAMIEN MEYER / AFP

Chapitre 2 : "Ma Vendée"

Les Sables, c’est vraiment chez moi, là où je rentre le week-end pour me ressourcer après avoir travaillé toute la semaine à Port-la-Forêt

"Je viens de fêter mes 30 ans, je suis né le 6 mai 1990 à la Roche-sur-Yon. Fils unique, j’ai d’abord grandi à Fontenay-le-Comte, où ma mère tenait un commerce rue des Loges. C’est là-bas que j’ai fait mon école primaire, avant d’aller à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, au collège privé puis aux Sables-d’Olonne au lycée Sainte-Marie-du-Port".

Sébastien Simon à 11 ans, photo prise en 2001 à La Roche-sur-Yon - © Collection personnelle Sébastien Simon

"Les Sables, c’est vraiment chez moi, là où je rentre le week-end pour me ressourcer après avoir travaillé toute la semaine à Port-la-Forêt (Finistère), où sont basés mon voilier et mon équipe. Cette ville, c’est là où je me sens le mieux, j’y retrouve mes amis de lycée. C’est une petite ville, je préfère ça à l’agitation des grandes villes".

Crédit photo : Le chenal qui mène au port des Sables d'Olonne - © terblend / Pixabay

"L’ancienne maison familiale, où je passais mes vacances enfant, est devenue ma maison après que je l’ai rachetée. Elle est en plein centre-ville, à deux pas de la Grande Plage. Les Sables-d’Olonne, c’est là où vit mon père depuis qu’il a pris sa retraite, là aussi ou vit ma grand-mère paternelle, ce sont mes deux supporters inconditionnels"… sourire…

Plage de Tanchet aux Sables d'Olonne - 2018 - © France Télévisions / Damien Raveleau

"Plus largement en Vendée, j’adore l’île d’Yeu, j’y vais tous les étés avec le bateau de mon père. J’aime bien la forêt de Longeville, vers la plage des Conches. J’aime aussi la plage du Veillon, avec la lagune juste derrière…"

Sébastien Simon, test de foils en baie des Sables - © Instagram / sebastien.simon

Chapitre 3 : "le bateau en famille"

Un jour, j’ai croisé une régate d’Optimist, le national Petit Bateau. 500 Optimists sur la mer, j’avais 12 ans. Cette régate ça a été le déclic.

Sébastien Simon, tout petit... Avec son père Alain à bord du voilier familial - © Collection personnelle Sébastien Simon

"On allait naviguer avec mon père Alain et un de ses amis de jeunesse qu’il avait rencontré en école de croisière. L'été, on partait, à deux, trois ou quatre personnes en croisière, une semaine ou dix jours. On naviguait soit vers Arcachon, soit vers Brest. Pendant l'année, le week-end, on allait aussi faire des tours en baie des Sables-d’Olonne. J’ai appris la voile comme ça, mon père rentrait à l’intérieur du bateau et me laissait la barre."

"On avait notre balade habituelle : le port de pêche, le remblais, la baie des Sables d’Olonne. Un jour, j’ai croisé une régate d’Optimist, le national Petit Bateau. 500 Optimists sur la mer, j’avais 12 ans. Cette régate ça a été le déclic."

Premières compétitions en Optimist en Vendée - © Collection personnelle Sébastien Simon

Et premières victoires en Optimist - © Collection personnelle Sébastien Simon

Chapitre 4 : "Sébastien Simon, ingénieur"

Jusqu’au collège, je n’étais pas forcément un très bon élève. Ensuite, plus les années avançaient et plus je me suis passionné pour ce que je faisais

"Après le bac, J’ai fait un IUT en sciences et génie des matériaux à Nantes-Carquefou, puis dans la foulée l’école d’ingénieur ENSCBP à Bordeaux, spécialité matériaux composites - mécanique."

A l'heure de la construction de L'IMOCA ARKEA PAPREC en janvier 2019. Vincent Riou, vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 a parrainé Sébastien Simon pour ce projet. © Guénolé Seiler - France Télévisions

" C’est surtout quand j’étais à l’IUT que j’ai commencé à me passionner pour ce qui touchait à l’univers des matériaux, calcul de structures, etc... C’est pour cette raison que j’ai choisi ensuite l’ENSCBP à Bordeaux-Talence.C’est une formation qui a été demandée par des grands groupes aéronautiques comme le groupe Airbus, Thalès. Une filière apte à former des ingénieurs pour faire le lien entre les ouvriers, techniciens, et les ingénieurs de bureau d’étude."

"Cette formation axée sur les matériaux composites me passionnait, un aspect de haute technologie avec des perspectives ouvertes sur l’aéronautique ou le nautisme."

"J’ai suivi le cursus de cette école d’ingénieur en apprentissage, avec une alternance au sein de la société d’Yves Parlier basée sur le bassin d’Arcachon."

"J’y ai passé deux ans, j’étudiais la possibilité de tracter des navires de commerce par kite, dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre. J’ai fait pas mal de simulation sur des parcours transatlantiques, transpacifiques… J’ai aussi adapté un système de pilotage par kite sur un bateau de pêche au Québec."

En janvier 2019, les premières pièces du futur voilier IMOCA. © Guénolé Seiler - France Télévisions

"Après deux ans, j’ai démissionné de mon alternance chez Yves Parlier, par envie de voir d’autres choses. Au moment où j’ai démissionné, je m’intéressais déjà beaucoup à la course au large, et j’ai gagné la sélection CMB Bretagne."

"Pour ma dernière année d’école d’ingénieur, toujours en alternance, j’étais au Pôle Finistère Course au large, avant de valider mon diplôme à l’été 2014. J’ai rendu mon mémoire une semaine avant ma première Solitaire du Figaro, et j’ai soutenu mon mémoire… dix jours après l’arrivée de la Solitaire ! Dans mon mémoire d’ingénieur, il y avait une partie sur la traction des navires de commerce par kite, et une autre sur la conception d’un petit dériveur de plage, toujours tiré par kite"

Arrivée d'un nouveau foil pour équiper le bateau dans la perspective du Vendée Globe. © Martin Viezzer / Arkea Paprec

Chapitre 5 : "Un Imoca, c'est davantage une machine qu'un bateau"

Sébastien victorieux dans la Solitaire du Figaro, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en septembre 2018. © Alexis Courcoux, Bretagne CMB Voile

En Figaro, on a tous le même bateau, ce qui fait la différence, c’est le « bonhomme » ( Le skipper NDLR) à 100%.

"Le fait que le Figaro soit un bateau monotype, ça en fait un bateau plus résistant, que l’on va pousser. Les limites, ce n’est pas le bateau, presque. Il n’est pas indestructible, loin de là, ça reste un bateau. Mais on peut quand même aller très très loin, dans des conditions météo difficiles. ça m’est arrivé de rester au spi sous 40 nœuds de vent et au final le bateau tient, il navigue très bien. Le Figaro est un bateau exceptionnel et très marin."

Septembre 2020 : Sébastien Simon à l'entrainement au large à bord de son IMOCA © Eloi Stichelbaut - polaRYSE / Arkea Paprec

"Un IMOCA, c’est différent, je l’associe davantage à une machine qu’à un bateau. Pour le coup, on rentre réellement dans un sport mécanique, où il faut savoir préserver la machine et préserver le bonhomme, parce que ça peut être très dangereux."

"Il faut rester très humble, connaître ses limites à soi et les limites du bateau. Il y a des moments où on a envie d’accélérer, parce que le bateau a envie d’accélérer tout le temps, surtout avec l’apparition des foils. Il y a des moments où plus la bateau va vite, et plus le bateau devient puissant. Donc il faut savoir doser entre « aller vite » et « préserver le matériel."

"Les courses en IMOCA comme le Vendée Globe sont des courses d’endurance, donc ce qui compte d’abord… c’est d’aller au bout."

Chapitre 6 : " Le sport, mon capital mental"

Séance de squash aux Sables-d'Olonne © Yves Quéré / ARKEA PAPREC

"J’ai besoin de me libérer l’esprit, j’ai besoin de me dépenser, j’ai besoin de me retrouver en plein air, de profiter… Sans cette notion de plaisir, on ne peut pas faire du sport à haut niveau je pense.

"J’ai besoin aussi de m’ouvrir à d’autres sports. C’est pour ça que je fais de la course à pied, du surf, du petit bateau volant… Je ne navigue pas que sur mon IMOCA. Ça me permet aussi de revenir sur le bateau super motivé. Je pense qu’on a un capital mental… En quelque sorte, il faut gagner, remplir ce capital mental avant de prétendre s’aligner sur une course."

Surf dans un rouleau... indonésien en mai 2019 © Compte Instagram Sébastien Simon

"Pour moi, le sport c’est un besoin. Quand je fais une journée de bureau, lorsque le bateau est en chantier… Bref, pas moyen de naviguer, un gros projet d’entreprise à gérer… Et bien le soir, il faut que j’aille me dépenser absolument. Soit je vais courir, soit je vais jouer au squash, soit je vais surfer... Peu importe, mais il faut que je fasse quelque chose."

Après le rouleau indonésien... © Compte Instagram Sébastien Simon

Chapitre 7 : "La longue préparation vers le Vendée Globe"

Comme un avant goût des mers du sud à l'entraînement en Bretagne en septembre 2020. © Eloi Stichelbaut - polaRYSE / Arkea Paprec

" Le pot au noir, c’est quelque chose que j’appréhendais avant d’avoir fait la Transat Jacques Vabre. Je l’ai fait avec Vincent Riou en novembre 2019 donc je serai un peu plus rassuré la prochaine fois que j’irai le traverser. Après, il y a d ’autres sections de parcours qui semblent assez compliquées. Comment aborder le grand sud, quelle trajectoire adopter ? "

Le fait de se retrouver un mois tout seul dans les mers du sud où il fait froid, gris. Ça je pense que moralement c’est super dur. Je préfère ne pas trop y penser avant, parce que j’ai pas envie que ça me freine.

© Eloi Stichelbaut - polaRYSE / Arkea Paprec

" La préparation mentale, j’en ai fait un peu en Figaro, c’est ça qui m’a permis de progresser beaucoup. J’étais très émotif avant et j’étais beaucoup dans la comparaison. Ça me bridait un peu."

" La préparation physique, je pense être au point. Une manœuvre sur le bateau, c’est 40 minutes d’effort intense, et il faut un peu de temps pour récupérer. Je n’ai pas un gabarit de mec hyper costaud, mais je pense être assez complet en cardio, en masse musculaire. ( Un mètre 74 pour 69 kilos ndlr) "

" Pour ce Vendée Globe, j’ai beaucoup travaillé sur l’ergonomie du bateau. 80 jours à l’intérieur d’un bateau, c’est tellement inconfortable, spartiate . Il faut bien tout penser pour pouvoir bien manœuvrer, se reposer. "

" Quand on va sur le pont, il faut ralentir voire arrêter le bateau. Pas question d’aller sur le pont quand le bateau vole, c’est trop dangereux. Quand on est en mer, il faut savoir être raisonnable. Parfois, il faut savoir perdre un peu de temps dans la manoeuvre et être sûr de pouvoir repartir sans être blessé et sans avoir cassé de matériel. Ça peut vite devenir l’enfer sinon… "

Chapitre 8 : " A quelques heures du départ "

En confinement à la maison avec sa compagne Alexandra et son chien Chiffon. © Sébastien Simon

" Il n’y aura personne sur les pontons, personne sur le chenal, ça va être un départ comme tous les autres courses finalement. Je trouve ça triste, mais il faut s’estimer heureux de pouvoir partir. Avec tout le travail réalisé, ça aurait été dommage de repousser le départ."

" Je suis un peu triste, parce que pour moi le Vendée Globe c’est indissociable de cette fête populaire, et de cette effervescence. Malheureusement, je ne le vivrai pas et je pense que c’est le genre d’émotions que l'on vit une seule fois dans sa vie. Mais je me dis aussi qu’il y a des choses qui sont bien plus grave que « notre Vendée Globe ». Moi, je vais essayer de me faire plaisir et de donner un peu d’air frais à tous ceux qui voudront bien suivre notre course."

Echanges avec son ami Sébastien Dutreux, un autre skipper vendéen au départ le 8 novembre.

" Le Covid a tout chamboulé ces derniers mois. On avait un programme bien défini depuis plusieurs années déjà. Je devais aller aux Etats-Unis avec le bateau notamment. Au final, la flotte IMOCA est resté bloquée pendant deux mois et demi, avec l’incertitude d’aller sur l’eau, avec l’incertitude d’avoir une course qualificative pour le Vendée Globe. Aujourd’hui, au final, on a réussi à s’adapter, et on se retrouve aux Sables d’Olonne avec tous les concurrents qui ont eu une préparation assez conséquente. "

Ma copine Alexandra m’a préparé des podcasts, sur des thématiques sciences ou sport, elle m’a préparé 11 livres, plutôt des romans policiers. J’ai aussi de la musique, j’ai 120 films... Donc normalement largement de quoi voir venir.

" Je pars avec un état d’esprit de conquérant, de vouloir bien faire, assez serein. Forcément un peu stressé, mais en même temps j’ai commencé à prendre confiance en mon bateau et.. en mes foils. Après une semaine et demie de confinement, à l’approche du départ, je commence à cogiter un peu, à réfléchir, donc mon sommeil devient un peu perturbé. C’est normal… c’est aussi ce que je suis venu chercher. "

" Les conditions du départ vont être magiques. Il fera doux, vent de sud, sud-est, force 10 à 12 nœuds, mer plate. Ça aurait été parfait pour les partenaires et le public mais on sera les seuls à en profiter. Des supers conditions pour le départ… Dès la première nuit, on va traverser un front donc des manœuvres à prévoir. C’est toujours un peu délicat surtout avec le stress du départ… "

Chapitre 9 : " J'espère que la chance va nous sourire à un moment donné "

"ça fait une semaine qu'on est parti, on a passé les Canaries. Pas très rapide, je crois qu'on fait aussi rapide en Figaro sur une transat"

"Mardi, on a traversé une grosse dépression avec près de 40 noeuds de vent (75 km/h NDLR), c'était solide... Je m'en suis bien sorti, j'étais super content. Pas de gros dégâts, mis à part les girouettes qui captent le vent en haut du mât. J'ai dû en mettre une autre de rechange à l'arrière du bateau en attendant."

"Je me suis arrêté aux Açores pour monter en haut du mât et essayer de réparer ces girouettes, malheureusement sans succès. Au final beaucoup d'énergie, des milles perdues par rapport aux autres concurrents. On n'a toujours pas trouvé la raison de cette panne, et franchement je ne sais pas quoi y faire. On essaie de trouver une solution et je vais peut-être devoir remonter là-haut. En attendant, cette girouette fait l'affaire. Mais c'est sûr que quand il n'y a pas beaucoup de vent, elle est perturbée par les vagues, les frottements, les voiles."

Au coeur de la tempête tropicale Theta © Sébastien Simon

"Et puis il y aussi ma première tempête tropicale qui s'appelait Theta. Je suis allé raser le centre, et j'ai ensuite empanné vers les Canaries. Ce dimanche matin, il fait super beau, il fait chaud, je suis en tee-shirt. La nuit, je n'ai plus besoin de duvet..."

" Une mauvaise surprise ce matin avec le classement ( 15ème NDLR ). Je n'imaginais pas ça du tout, on n'a pas réussi à progresser. On ne va pas s'alarmer tout de suite, il reste du chemin et j'espère que la chance va nous sourire à un moment donné... "

Passage des Canaries en vue, au sixième jour de course © Sébastien Simon

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