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Il y a un an, une fusillade a bouleversé les beaunois Un dossier du bien public

Le souvenir est toujours vivace, à Beaune. Une nuit de fin juillet, des coups de feu ont déchiré l'air. Un groupe de jeunes a été visé lors d'une fusillade.

Soupçons de racisme, de règlement de comptes, réactions variées... le sujet a inquiété les Beaunois de longs mois durant. Retour sur les circonstances du drame et sur les événements qui en ont découlé.

30 juillet : l'attaque...

Les faits se sont déroulés à hauteur du city-park du quartier Saint-Jacques. Photo Tony Le Pennec

Il est très tôt, en ce lundi 30 juillet 2018, quand la nuit est troublée par les événements. À environ 4 h 30, des coups de feu, tirés avec un fusil de chasse depuis une voiture, ciblent un groupe d'une quinzaine de jeunes installé dans le city-park du quartier Saint-Jacques. Parmi eux, sept personnes sont blessées, dont deux gravement : deux jeunes hommes âgés de 24 ans. Leur pronostic vital n'est toutefois pas engagé, malgré des blessures importantes (poumon perforé, rein atteint...). Ils ont été transportés au CHU de Dijon.

Les secours sont mobilisés rapidement, ainsi que les forces de l'ordre. La police scientifique, notamment, se présente sur place dans la matinée. On apprend par la suite que plus tôt dans la nuit, à 1 h 25, une autre voiture avait déjà pris les jeunes pour cible en leur fonçant dessus.

...et les réactions

"Cela ne semble pas provenir ni d'un acte terroriste, ni d'un trafic d'armes. Beaune est une ville très calme, contrairement à des villes voisines." Le maire, Alain Suguenot, sur place. (Photo Manuel Desbois)

Le jour même de l'attaque, la polémique est lancée au niveau politique.

Sylvie Beaulieu. Photo François Bailly (CLP)

Ainsi, Sylvie Beaulieu, conseillère régionale Rassemblement national, a rapidement répondu au maire de la Ville : "Cette fusillade n’est que l’un des symptômes de l’explosion de l’insécurité qui ne se concentre plus uniquement dans les quartiers dits sensibles mais se propage dans les territoires ruraux et les villes moyennes. Les violences, les trafics et la criminalité accompagnent aussi les subventions de la politique de la ville qui se contentent d’entretenir quelques caïds au lieu d’assurer la paix et la tranquillité."

De son côté, Danièle Jondot-Paymal, élue d'opposition, estime que "la réaction du maire est à côté de la plaque", ajoutant que celui-ci "[faisait] comme s’il n’y avait pas de jeunes et de problèmes à Beaune"

les premières hypothèses

L'enquête se poursuit durant les jours suivants. Les deux voitures impliquées, une Clio rouge et une Mercedes classe B de couleur sombre, sont recherchées. Parmi les sept blessés, cinq sortent de l'hôpital dès le lendemain. Plusieurs hypothèses sont déjà envisagées, notamment celle d'un règlement de comptes, avec un éventuel lien avec une agression à main armée, qui avait eu lieu un mois plus tôt dans le quartier des Blanches-Fleurs. La possibilité d'une attaque à caractère raciste est aussi évoquée, les victimes ayant rapporté qu'elles avaient été traitées de "bougnoules".

Cinq des sept blessés ont pu quitter l'hôpital dès le lendemain. Photo Manuel Desbois

la question du racisme divise

Alors que d'un côté, la justice précise que, pour l'heure, le mobile raciste n'est pas établi, l'association SOS Racisme réagit par le biais d'un communiqué : "La justice doit tout mettre en œuvre pour retrouver les auteurs de cette tentative d'assassinat et faire toute la lumière sur cette affaire."

L'association des musulmans de Beaune, dont les membres se disent très choqués par l'attaque, demande à rencontrer le maire. "On attend de lui qu’il montre qu’il est aux côtés des victimes, qu’il les comprenne", déclare Mohamed El Houmri, le porte-parole de l’organisation. De plus, l'association déplore certains commentaires jugés haineux postés sur les réseaux sociaux depuis l'attaque. Des dépôts de plainte sont envisagés.

Côté particuliers, une page Facebook est créée quelques jours plus tard pour les victimes et les personnes souhaitant les soutenir. Elle est lancée par une jeune femme qui a été témoin du drame. Une des habitantes de quartier s'émeut elle aussi des événements et publie un témoignage sur le web.

LES JOURS SUIVANTS,

DE PLUS EN PLUS DE RÉACTIONS

Alors que les réseaux sociaux restent inondés de posts concernant la fusillade, associations et responsables politiques continuent de réagir. La Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) déclare dans un communiqué qu'elle se constituera parti civile si le motif raciste est confirmé. Six autres associations rédigent de leur côté un texte commun. La députée Fadila Khattabi réagit également. "Je veillerai à que toute la lumière soit faite sur cette affaire", assure-t-elle. De son côté, sur les réseaux sociaux, le maire de Beaune promet son soutien aux victimes.

Côté particuliers, une page Facebook est créée quelques jours plus tard pour les victimes et les personnes souhaitant les soutenir. Elle est lancée par une jeune femme qui a été témoin du drame. Une des habitantes de quartier s'émeut elle aussi des événements et publie un témoignage sur le web.

Un rassemblement populaire...

Vendredi 10 août, le groupe Facebook de soutien aux victimes organise un rassemblement populaire sur les lieux de la fusillade, dans le quartier Saint-Jacques. Entre 100 et 200 personnes se réunissent, notamment de nombreux habitants du quartiers, mais aussi des élus et des membres d'associations, ainsi que les deux avocats des victimes.

Photos Charlotte Deley

...et des interpellations

Le jour même du rassemblement, le procureur de la République annonce dans un communiqué que deux Côte-d'Oriens, un résidant à Dijon, l'autre possédant une adresse dans l'agglomération, ont été interpellés. "Leur localisation s’est avérée difficile, ceux-ci étant très mobiles sur le territoire national", indique le texte. Les deux individus ont été repérés dans les Bouches-du-Rhône, où la police judiciaire de Dijon est allée les interpeller, aidée des forces de l'ordre de la région. Une course-poursuite s'est engagée avec l'un des deux hommes, qui a volontairement foncé sur les policiers, en blessant un à la jambe.

Les deux personnes sont placées en garde à vue pour tentative d'assassinat et violences aggravées par trois circonstances, ainsi que pour tentative d’homicide volontaire sur personne dépositaire de la force publique pour le second.

Il s’agit de deux hommes âgés de 31 ans, déjà connus de la justice. Leurs casiers font mention de 22 condamnations pour l’un et 21 condamnations pour l’autre, notamment pour des faits de vols et vols aggravés, de détention d’arme, de violences, de destructions ou dégradations de biens et d’infractions routières. L’un d’eux a déjà été condamné pour vol avec arme par une cour d’assises. Il est donc en récidive légale criminelle.

Le racisme ne serait pas la raison première de l'attaque

Alors que depuis les événements, le motif xénophobe était mis en avant, l'audition des témoins, des victimes et des deux hommes interpellés laisse entendre qu'il ne s'agissait pas de la raison première de l'attaque. "Au vu des auditions des témoins et des victimes, la voiture n’était pas venue dans un but raciste. Ils recherchaient quelqu’un, probablement en lien avec un trafic de véhicules", déclare ainsi le procureur de la République. Les insultes xénophobes proférées au moment de la fusillade constituent toutefois une circonstance aggravante.

Rapidement, les associations SOS Racisme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié envers les peuples et la Ligue des droits de l'Homme annoncent leur décision de se constituer partie civile. De son côté, la Licra s'exprime une nouvelle fois par le biais d'un communiqué.

En photo : Alain David, président de la Commission nationale mémoire histoire et droits de l’Homme de la Licra et vice-président de la section de Dijon. Photo Franck Bassoleil

Une mise en examen rapide

Deux jours après leur interpellation, les deux suspects sont mis en examen et placés en détention provisoire. Ils nient avoir été présents lors des tirs, mais reconnaissent leur participation à la première altercation, de laquelle ils auraient tenté de fuir, et non de foncer délibérément sur les jeunes.

polémique et contestation

Ce qui est devenu un faits divers d'envergure nationale concentre les questions et les critiques. Ainsi, peu de temps après la mise en examen des suspects, la France insoumise 21 s'exprime. Tout en saluant le travail des enquêteurs, la section départementale du parti politique regrette le manque de soutien psychologique offert aux habitants du quartier. "Lors du rassemblement (du 10 août), nous avons été frappés lors de nos discussions avec les personnes concernées, de l'immense détresse et désarroi dont elles témoignaient", assure la section dans un communiqué.

"La polémique n'a pas lieu d'être"

De son côté, la Licra réagit, une nouvelle fois, en contestant certains éléments délivrés par le procureur de la République adjoint, Thierry Bas, dans un article du journal Le Monde, où ce dernier indiquait que le premier coup, lors de la première altercation, était parti de la bande de jeunes, et en répétant que, de prime abord, les agresseurs n'avaient pas d'intention raciste. La Licra s'émeut, par la voix d'Alain David, vice-président de la section Dijon : "Cela ne correspond pas aux témoignages que j’ai recueillis", assure-t-il, évoquant des attitudes "transformée[s] en sectarisme et finalement en racisme". Thierry Bas, de son côté, répond : "Il est difficile de savoir ce qui s’est dit exactement [...] Dans ce dossier, la police et la justice ont fait leur travail. Nous avons mis le paquet. [...] La polémique créée par ce communiqué n’a vraiment pas lieu d’être."

Thierry Bas. Photo Rémy Dissoubray

Dans le quartier, on veut éviter que de tels faits se reproduisent

En septembre, les habitants se remettent doucement. Une réunion de quartier, en présence du maire et du sous-préfet de Beaune, est organisée dans la salle Saint-Jacques, à quelques dizaines de mètres seulement des lieux de la fusillade. "L’émotion a été vive", reconnaît le maire Alain Suguenot. "Il faut être ensemble pour faire en sorte que cela ne se reproduise plus", a de son côté clamé le sous-préfet, Jean-Baptiste Peyrat. Des projets ont été évoqués concernant le city-stade, afin de faire évoluer ce lieu, devenu funeste pour les habitants.

Dans l'attente d'un jugement

Depuis lors, peu de choses ont vraiment évolué concernant la fusillade. Les deux hommes suspectés d'en être les auteurs ont à nouveau été entendus par les gendarmes en 2019, mais pour d'autres faits, sans rapport avec le drame du quartier Saint-Jacques. Ils restent en détention dans l'attente du procès.

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