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Quelles leçons tirer de l’épidémie? Regards croisés Venant d’horizons fort différents, Christophe Dunand, Blaise Matthey, Samia Hurst et François Walter, nous livrent leurs visions d’une crise qui s’impose à tous

«Ce fut vers le début de septembre 1664, que, comme mes voisins, j’entendis dire incidemment que la peste était arrivée en Hollande.» Comme les Londoniens décrits par Daniel Defoe, nous avons tous entendu approcher l’épidémie. D’abord lointaine et abstraite, elle s’est faite menaçante et concrète. Bien sûr, il ne faut pas exagérer les parallèles: à la fin de l’épidémie, en 1665, 15 à 20% des habitants de la capitale, restent sur le carreau. Et c’est une société noyée sous les morts que l’auteur décrit...

On en est très loin. La maladie elle-même, l’impressionnant dispositif sanitaire, social et économique mis en place en un temps record, ont limité la catastrophe, comme le précise le directeur de la Fédération des entreprises Blaise Matthey. En s’appuyant sur leur socle technologique et humain, nos démocraties ont subi l’épreuve du feu.

Elle a été ainsi révélatrice de nos forces et faiblesses, ajoute l’éthicienne Samia Hurst. Aux mouvements de solidarité collective des individus et des pays ont répondu des gestes de replis et de rejet. Au niveau individuel et collectif, il a fallu faire des choix, vite, et (se) les appliquer, pour ne pas dire (se) les imposer, sans être sûrs d’ailleurs qu’ils étaient les meilleurs.

Le traitement a été rude pour des sociétés allergiques à l’incertitude, à cette «malice des temps», qui formaient le cœur des réflexions philosophiques et religieuses de jadis. Mais cette résignation était il est vrai liée aussi à l’impuissance pratique. Ainsi, lors de récentes épidémies (1956, 1968), mais pas toujours (1720), comme le relève l’historien François Walter, on a laissé faire.

Et maintenant que faire? Christophe Dunand adjure de ne pas «recommencer comme avant». Comme en 2007, où l’épreuve à peine surmontée, tout est reparti sur des bases intenables pour l’environnement et donc pour l’humanité.

Cette crise a pris à revers d’une manière saisissante l’idéologie dominante. Mais sur quoi va-t-elle déboucher? Tout est ouvert. Une voie mène à des solidarités accrues au sein des sociétés et entre des pays confrontés à des défis qu’aucun ne peut espérer relever seul. Mais d’autres propositions sont sur la table, ruineuses sûrement, mais d’un abord séduisant, qui nous susurrent à l'oreille: au diable demain et les autres si je m’en sors avec les miens. Marc Bretton

François Walter:«Les catastrophes ne génèrent pas de pédagogie»

Par Rocco Zacheo

Face à la puissance inédite de l’expérience à laquelle nous soumet le Covid-19, il est tentant de tourner le regard vers le passé pour mieux saisir quel genre de traces ont laissé dans les annales des phénomènes similaires. Comment a-t-on vécu les vagues morbides, souvent dévastatrices, à travers les siècles? Quelles stratégies ont été élaborées pour y faire face? A-t-on assisté après chaque épisode à de petites renaissance économiques ou morales ou, au contraire, la planète a continué de tourner comme si rien ne s’était passé?

Avant de livrer des éléments de réponse, François Walter, professeur honoraire d’histoire à l’Université de Genève souligne les étonnantes facultés d’oubli dont a fait preuve ces derniers mois la société contemporaine. «Une des plus grandes surprises face au phénomène pandémique actuel, souligne-t-il, a été de constater l’absence de mémoire par rapport aux grippes qui nous ont précédées au XXe siècle. Je pense à l’asiatique de 1956 et à celle de Hong Kong de 1968. Je les ai vécues moi-même mais je n’en garde aucun souvenir précis. Pourtant les deux ont causé la perte de centaines de milliers de vies dans le monde.» Ces épisodes viraux permettent surtout de saisir les différences considérables qui caractérisent les réponses sanitaires élaborées jadis et en 2020. «À l’époque, on a laissé l’immunité se faire de manière collective, au risque de devoir compter un nombre très élevé de morts.»

Un choix analogue a celui adopté ces temps-ci par certains pays en Europe, mais qui se justifiait autrement par le passé. «Techniquement, on n’avait pas les moyens d’enrayer la maladie, on était contraint de se protéger comme on pouvait. On admettait par ailleurs que les personnes à risque puissent être confrontées à une issue fatale. Aujourd’hui, on a tout mis en œuvre pour empêcher ce scénario. Cela est peut-être lié au fonctionnement très technologique de notre société, qui a cru avoir les moyens de stopper la maladie en faisant appel notamment à l’utilisation massive des moyens de réanimation. Très vite, cependant, on a fini par se rendre compte qu’on n’avait pas assez de ventilateurs et d’infrastructures pour répondre à une stratégie basée sur l’immunité collective. Ce constat a été un choc: on possédait la technique mais on n’a pas réussi à l’appliquer sur une large échelle. Les décisions portant sur le confinement et sur la paralysie de l’économie découlent de cette prise de conscience précisément.»

«Chaque crise suscite de nouvelles normes et produit du social.»

En remontant le fil du temps, on n’échappe pas aux retours cycliques et tout aussi pandémiques de la peste, qui a sévi avec régularité – tous les 15 ou 20 ans – en Europe entre le XIV et le XVIIIe siècles. Les comparaisons avec ce que connaît aujourd’hui la planète seraient certes peu judicieuses, ne serait-ce que sur le front de la mortalité. À l’époque, chaque épisode fauchait environ un tiers de la population. Les analogies significatives avec les temps présents ne manquent pas pour autant. «Dans la plupart des cas, une pandémie était précédée par toute sorte de rumeurs. Deux solutions se présentaient dès lors aux autorités: soit elles essayaient de cacher ces rumeurs, soit elles imposaient un confinement strict. En 1720, la vague partie de Marseille a poussé à l’adoption de mesures extrêmes. Les villes et villages suisses se sont littéralement barricadés, tandis qu’en Province on a construit un grand mur pour empêcher les gens de quitter la ville portuaire pour aller se réfugier à la campagne. Des soldats étaient postés autour du mur, chargés de tirer sur les fugitifs.»

D’autres analogies à travers l’histoire, au sortir de chaque crise? «Chacune suscite de nouvelles normes et produit du social. Au XIXe siècle, par exemple, le choléra ou le typhus ont donné ont coup d’accélérateur aux politiques d’aménagement urbain, avec une amélioration des adductions d’eau et des égouts. Souvent, on en sort avec de nouvelles règles de comportement et des interdictions qui s’ajoutent aux existantes. Mais de manière générale, on n’apprend pas grande chose de ces expériences; les catastrophes, quelles qu’elles soient n’entraînent pas d’éléments pédagogiques. On oublie vite et on reprend à vivre comme avant. Ce sera le cas aujourd’hui encore, malheureusement.»

Samia Hurst: «Le virus est un puissant révélateur»

Par Katya Berger

Professeure d’éthique biomédicale à la faculté de médecine de l’Université de Genève, directrice de l’Institut Éthique, Histoire, Humanités (iEH2), Samia Hurst intervient régulièrement sur les plateaux de la RTS pour éclairer la crise sanitaire sous l’angle éthique. Ainsi qu’elle le développe dans une vidéo mise en ligne par les HUG via YouTube, l’éthicienne voit essentiellement le coronavirus comme un «révélateur – de nos forces, de nos faiblesses, de nos failles et de nos valeurs». Il pose en somme un verre grossissant sur les tensions entre ces valeurs: «C’est pourquoi l’on assiste à tant de débats publics, ce qui est très sain», estime-t-elle.

Si la fille de l’helléniste et ancien recteur de l’Université de Genève, André Hurst, s’est confinée avec sa famille depuis le début de la crise, elle admet que sa charge de travail a considérablement augmenté. «Les cours en ligne nécessitent une grande réorganisation. Je fais face à plus de demandes de la part des médias, auxquelles je réponds favorablement car je ne veux pas manquer à ce que je considère comme l’une de mes tâches». À cette dernière s’est également ajoutée la direction du groupe d’experts Éthique, droit et social au sein de la Task Force scientifique Covid-19, ce qui lui «prend beaucoup de temps aussi».

Notre société s’expose-t-elle à des dangers d’ordre éthique en temps de pandémie? «Oui, répond l’experte, on peut à tout moment se tromper de priorité». Il suffit de songer aux décisions épineuses auxquelles ont été confrontés les intensivistes en Italie. Ou aux choix de certains pays, tel le Brésil, de laisser l’épidémie se propager sans adopter de mesures de prévention: «Le risque principal consiste à négliger la valeur de la vie humaine.» On peut aussi se tromper dans les faits, dans leur communication, suite à laquelle de mauvaises décisions seront prises. «Pendant une pandémie, rappelle Samia Hurst, l’incertitude fait partie de la donne. Il y a forcément des informations manquantes. On apprend à mesure...»

Parmi les facteurs d’erreur, on aurait tort de renvoyer dos à dos les intérêts économiques et ceux de la santé. «Il faut se rappeler qu’une pandémie, même sans qu’aucune mesure sanitaire ne soit prise, porte gravement atteinte à l’économie», note la médecin. D’abord, parce qu’une importante mortalité ne la sert pas. Ensuite, parce que la peur modifie nos comportements. «L’étude d’une économiste saint-galloise attribue près de la moitié des pertes économiques actuelles non pas au virus lui-même, ni aux mesures antipandémiques, mais à la peur des gens qui modifient spontanément leurs habitudes de consommation.»

Une autre distorsion courante des faits relève du «paradoxe de la prévention». À savoir: dès lors que les mesures prises débouchent sur un succès, on a tendance à croire que les courbes de contagion se seraient tassées de toute façon. «Parce que la prévention a été efficace, on a l’impression qu’elle a été inutile!», résume Samia Hurst. À l’inverse, la compassion et la quête d’un remède produit elle aussi ses illusions d’optique. Elle peut persuader de l’efficacité d’un médicament en réalité inutile, voire délétère. On cite aujourd’hui l’exemple historique de la saignée comme une erreur évidente, mais, au Moyen-Âge, les médecins qui la pratiquaient avaient eux aussi pour but de soigner les gens.

Parce que la prévention a été efficace, on a l’impression qu’elle a été inutile!

La Suisse, selon l’éthicienne, s’est montrée très raisonnable. Des recommandations moins contraignantes que celles de nos voisins se sont révélées efficaces. En Italie, des mesures beaucoup plus strictes ont agi plus lentement sur les courbes. Le terrain culturel y est pour beaucoup. «Le risque, maintenant, c’est que les gens se croient protégés», sachant pourtant que 90% de la population n’a pas d’immunité contre le coronavirus. Or, la spécialiste assure que «si on revient à notre vie d’avant, en deux semaines, on en sera au même point qu’au début». À ce propos, elle serait tentée d’examiner la logique selon laquelle une quarantaine ou un confinement équivaudraient à une forme de mobilisation. «On demande aux gens de faire un effort pour le bien général, de lutter contre un ennemi commun: cela ne mérite-t-il pas salaire?», se questionne-t-elle.

Parmi les choses que cette épidémie révèle, Samia Hurst pointe ici un «déficit de culture scientifique dans notre population». Elle s’explique: «Je ne parle pas du savoir, mais du «comment sait-on?». Comment différencier une connaissance d’une opinion.» La méthode «devrait être enseignée à l’école», au nom des enjeux démocratiques qu’elle recoupe. En sciences, «quand on émet une hypothèse, on doit d’abord essayer de l’invalider. Chercher pourquoi on a raison est à la portée de tous. La démarche scientifique consiste à chercher pourquoi on a tort, et de conclure que l’on a raison que si l’on n’y arrive pas».

Interrogée sur les traces que laissera la pandémie, Samia Hurst s’avoue démunie. «Ma réponse sera peut-être tout autre dans six mois.» Elle liste en revanche ces «éléments devenus visibles alors qu’ils ne l’étaient pas». Et de recenser la possibilité fréquente du télétravail; le caractère essentiel de métiers peu valorisés; le nombre de personnes, dans une ville riche, faisant la queue pour obtenir l’équivalent de 20 francs de nourriture… Toutes les priorités mises en lumière par le coronavirus ne dureront pas nécessairement. «Quand on affirme privilégier l’essentiel, on est obligé de définir cette notion, et de l’opposer à ce qui ne le serait pas – cela ne va pas de soi.» Reprendra-t-on ainsi des activités qu’on a su freiner sans trop de peine? Selon un scénario optimiste qui verrait la crise dépassée dans un avenir proche, oubliera-t-on cette passagère clarté sur nos hiérarchies des valeurs?

Blaise Matthey: «Sans la technologie, nos sociétés se seraient effondrées»

Par Christian Bernet

Blaise Matthey, le patron des patrons, nous reçoit dans des bureaux vides. L’immeuble au vert fumé de la rue de Saint-Jean abrite la Fédération des entreprises romandes (FER); il a été déserté. «Nous sommes tous passés au télétravail en moins d’une semaine, raconte le directeur de la FER. Et cela s’est très bien passé.» Il faut dire qu’il avait déjà préparé un plan pandémie à la suite du Sras de 2003. «Depuis, les technologies ont fait un bond incroyable et ont grandement facilité sa mise en place.»

De par son rôle de conseil aux entreprises, la FER s’est trouvée en première ligne lors de l’épidémie. «Il a fallu répondre à des milliers de demandes et organiser l’information sur notre site. Les allocations perte de gain pour les indépendants ont été mises en place, ce qui a généré un gros travail administratif pour nos institutions sociales.»

Féru d’informatique («j’ai testé huit systèmes de vidéoconférence»), Blaise Matthey se dit très satisfait de cette expérience de télétravail. «Dans une économie très tertiarisée comme la nôtre, le travail à distance va se développer.» Il y voit des opportunités, mais aussi des risques. «Il est plus difficile de transmettre les valeurs de l’entreprise à distance. Des gens peuvent se sentir isolés. Il faudra par ailleurs trouver le bon équilibre entre les besoins de l’entreprise et la souplesse demandée par les employés après cette généralisation contrainte.» Enfin, le bureau s’étant déplacé à la maison, se pose des questions comme l’équipement à mettre à disposition, le remboursement des frais, les horaires et les objectifs à atteindre.

«Un changement radical de notre économie signifierait aussi des baisses de prestations.»

Le secteur immobilier va subir cette mutation de plein fouet car les entreprises vont réduire leurs surfaces. «Les bureaux vont subsister mais seront partagés par plusieurs personnes. À l’inverse, la demande de surfaces pourrait augmenter dans le résidentiel.»

L’épidémie a fait un grand vainqueur, selon lui: les technologies. «Que ce soit pour le travail, pour appeler leur famille ou pour faire les courses, les gens ont utilisé internet à haute dose, comme jamais ils n’avaient imaginé le faire. Sans les nouvelles technologies, nos sociétés se seraient effondrées. La 5 G devrait sortir gagnante car qu’aurait-on fait sans la 4G ces derniers temps?»

Pour Blaise Matthey, «c’est la démonstration qu’on ne peut pas bloquer les avancées technologiques au nom d’un passé soi-disant meilleur. Revenir en arrière ne nous épargnera pas les crises. Mais il est vrai qu’il faut réconcilier progrès technologique et utilité pour l’humain.»

Les démocraties européennes ont, elles aussi, très bien tiré leur épingle du jeu, estime le directeur de la FER. «Le droit d’urgence a très bien fonctionné tout en préservant les libertés fondamentales. Face à certains régimes totalitaires, c’est une belle leçon à tirer pour les pays européens qui critiquent souvent injustement leur système.»

Le virus va-t-il changer le monde de demain? «Il faut coller à la réalité, estime Blaise Matthey. Si les États financent actuellement les entreprises, c’est pour éviter de tomber dans une crise majeure. Aujourd’hui, les patrons de PME n’ont qu’une question: comment se relancer et rembourser les dettes qu’elles contractent. Il est difficile de leur dire qu’en plus, elles doivent changer leur modèle de production, sans savoir quoi leur proposer. Il faut d’abord conserver les places de travail et payer les salaires. Exportatrice, Genève a plus que jamais besoin d’une bonne desserte aérienne, ferroviaire et routière.»

«De toute manière, notre économie est obligée d’évoluer et de répondre progressivement au défi climatique. La technologie et la science y contribueront. Mais il faut être conscient qu’un changement radical des paradigmes économiques signifie aussi des baisses de prestations. Sommes-nous disposés à ne plus avoir un hôpital aussi performant ou à baisser les retraites?»

Blaise Matthey ne croit pas à un changement majeur. «On ne va pas déglobaliser la chaîne logistique, sauf partiellement pour les produits sanitaires qui ont fait défaut durant cette crise.» Selon lui, la réalité des prix va continuer à s’imposer, même s’il appelle de ses vœux une plus grande consommation locale.

Christophe Dunand: «La crise a validé nos constats»

Par Marc Bretton

Cette crise nous pose de nombreuses questions, explique Christophe Dunand, membre du comité d’Après, réseau de l’économie sociale et solidaire, qui regroupe de 350 entreprises et organisations et conseiller en stratégie à Réalise, entreprise de formation par la pratique.

La première, c’est évidemment de savoir si elle sonne notre glas. Nous sommes confiants dans notre survie, mais nous avons fortement réduit nos activités de production et allons essuyer une perte de chiffre d’affaires de plusieurs centaines de milliers de francs, car nous formons et nous plaçons dans l’économie et nos résultats seront limités tant que l’économie ne se sera pas relevée.

En même temps, la crise nous a beaucoup appris. Notre organisation fondée sur une hiérarchie limitée, une culture d’autonomie et de confiance a encaissé sans trop de problèmes l’explosion du cadre. Cela ne veut pas dire que les collaborateurs n’avaient pas d’inquiétudes, qui pour sa santé, qui pour l’avenir de l’entreprise, mais notre organisation laisse de la place aux ressentis et aux émotions. Et des émotions, il y en a eu, puisqu’il a fallu mettre toutes les formations en stand-by pour une durée indéterminée et une partie du personnel en réduction d’horaire.

Deuxièmement, cette crise valide aussi des constats que nous avons dressé depuis les années 90 et qui nous ont poussés à former aux meilleures pratiques écologiques dans nos métiers et se préparer à former aux métiers de demain en lien avec la transformation sociale et écologique. Cette pandémie est à la santé ce que le réchauffement est au climat, le signe que notre mode de développement n’est pas tenable, qu’il faut en changer.

Va-t-on le faire? Dans un manifeste rendu public récemment, notre Chambre s’inquiète que non. Nous craignons que les deniers publics ne soient gaspillés pour ranimer l’économie d’hier, non pour investir dans l’économie de demain, alors que des moyens sont nécessaires pour financer la transition écologique et sociale: isolation des bâtiments, production d’énergie renouvelables, éco quartiers.

«Si nous ne faisons rien, très vite, notre mode de vie continuera de provoquer des bouleversements majeurs»

C’est maintenant ou jamais. Si nous ne faisons rien, très vite, notre mode de vie continuera de provoquer des bouleversements majeurs. Les dépenses énormes des effets des changements climatiques, par exemple, nous priverons alors de toute capacité d’innovation et de soutien à la transition. Or nous devons engager des changements bien plus massifs que ce que pensent les gens.

La question n’est pas de savoir si demain, tout le monde aura une voiture électrique, mais si tout le monde, hors d’un vélo, possède directement un véhicule automobile. Est-il utile d’avoir une ligne aérienne avec Paris quand il y a le TGV? Il y a évidemment dans tout cela un volet profond de transformation personnelle: si tous nos actes d’achats, en termes d’alimentation, de transports, d’habillement, de loisir sont guidés par des critères écologiques et sociaux et privilégient les solutions locales, ce sera un pas énorme.

Mais il y a aussi un volet collectif: à l’avenir, les activités économiques et sociales devront respecter les frontières écologiques de la planète, qui ne peuvent pas être aménagées ou repoussées. Cette société à 2000 Watts aura des impacts énormes qui rendent cruciale la création d’un fond pour financer les changements et absorber les chocs. Ce ne sera pas le retour au Moyen Âge, mais à une société plus résiliente, plus sobre, plus conviviale, avec d’autres intérêts qu’actuellement. La Chambre n’a pas de baguette magique, mais ses membres travaillent depuis des décennies sur d’autres manières d’agir et de produire. On sait faire de l’économie durable, des transports durables, de l’habitat durable etc. Notre capital d’expériences est à disposition pour être mutualisé Marc Bretton.

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