Internet mon amour

Selon la Royal Society Britannique, Internet va mourir en 2023. Donc logiquement et si tout se passe bien, avant moi. La cause ? L'augmentation ahurissante du volume de données échangées. Il serait tel qu'il ne serait bientôt plus transportable car trop gourmand en énergie. En vue de ce scénario catastrophe, je me suis fixé comme objectif de me couper d'internet pendant quelques temps. Juste histoire de voir si je pourrais m'en sortir en 2023...

Il y a 10 ans quand le médecin me demandait combien de temps je passais devant un écran quotidiennement, je répondais, non sans honte, entre 1h30 et 2h. Je me rends compte qu'aujourd'hui ce chiffre, je l'ai multiplié au moins par 5. Bien évidemment, sur ces 10h quotidiennes, 1 ou 2 sont consacrées au travail. Mais le reste ce n'est que de l'oisiveté. Un soir, affalé sur mon lit je me suis surpris à regarder des vidéos sur les problèmes que rencontrent les cyclistes à Rouen. Je suis resté devant mon écran, subjugué par le sujet pendant 2 ou 3h. Autant vous dire que je suis désormais incollable sur le vélo Rouennais. Internet pour ça c'est génial. On arrive à s'ouvrir et à se passionner pour des choses dont on se foutait il y a encore quelques années. A petite dose, internet c'est super. Mais on arrive très vite à une utilisation très, voire trop importante et ça devient vite une perte de temps.

En trainant sur le World Wide Web je suis tombé sur un article en rapport au « Printemps du Numérique ». Il titrait : « The Dead Web – La Fin » (plutôt putaclic non ?). Je lis en diagonale l'article et j'apprends qu'un effondrement général d'internet pour 2023 a été évoqué lors d’un symposium scientifique organisé en 2015 par la Royal Society britannique. Ils débattaient sur la « Capacity Crunch» (la crise de capacité) d’internet. Un monde sans internet ce serait inimaginable aujourd'hui. Plus de réseaux sociaux, de films et de musique en « libre » accès ou encore même de porno ! Il m'était assez compliqué de conceptualiser la chose. Alors pour mieux cerner ma dépendance à cet outil, j'ai décidé de me couper de L'Internet. Ouais je sais, je suis plutôt téméraire comme type ! Je me suis fixé au moins 1 semaine, voire plus si j'en suis capable. Faut pas trop déconner non plus. Je prends cette décision pendant le week-end et décide de me sevrer à partir du Lundi soir. Une coupure du net ça se prépare, ça se prend pas à la légère.

« En gros je prends une dernière dose avant mon sevrage. »

Un peu avant 19h, je fais donc le tour une dernière fois de tous mes réseaux sociaux, regarde mes dernières notifications et vérifie mes mails pour être sûr que je ne loupe pas une nouvelle importante. En gros je prends une dernière dose avant mon sevrage. Je n'ai prévenu personne de cette coupure du net. J'espère que je ne louperais rien d'important.

Plus aucune notification à l'horizon, je peux partir l'esprit tranquille.

L'heure fatidique arrive. J'ai hâte de tout stopper. Je me sens comme soulagé de me détacher d'internet pendant un temps. J'espère que mes journées seront plus productives. Ca y est, je coupe le wifi de mon ordinateur que je ne tarde pas à éteindre d'ailleurs, puisque sans internet, je me rends compte que cet outil numérique ne me sert plus à grand-chose. En revanche, je laisse la 4G allumée sur mon téléphone. Cela va me permettre de mieux comprendre comment les notifications nous sollicitent à longueur de temps sans que l'on s'en rende vraiment compte. Mais bien évidemment, j'ai l'interdiction de les regarder.

« Que faire pour s'endormir, je n'ai même plus accès au porno... »

Les premières impressions sont sympathiques. Je me retrouve assis sur mon lit, seul avec mes pensée et du silence. Le silence c'est la première chose qui me frappe. Il est devenu oppressant. En fait Internet c'est bruyant et on ne s'en rend plus compte. C'est véritablement une présence.

Grand fan de musique je me suis habitué à toujours avoir un fond sonore autour de moi. Et sans internet, il ne m'est plus possible d'écouter de nouveaux sons... Je reste donc deux heures à réfléchir en silence, chose qui ne m'était pas arrivé depuis très longtemps. Au bout d'un temps je décide de remonter le vieux tourne-disque de ma mère dans ma chambre. Je récupère ses vinyles et finit la soirée avec comme fond musical The Clash, The Rolling Stone, Cat Stevens ou encore la B.O de New-York New-York. Vers 22h30, je m’ennuie et décide donc d'aller me coucher. Se mettre au lit avant minuit est une chose qui ne m'était pas arrivée depuis très longtemps ! Comme par habitude je vais pour regarder mon portable. Sans pouvoir accéder à Facebook, Youtube ou autre application nécessitant une connexion je le repose très vite. Que faire pour s'endormir, je n'ai même plus accès au porno... J'angoisse un peu à l'idée de ne pas trouver le sommeil. Finalement je m'endors plus rapidement que d'habitude. Pour le moment je vis très bien ce sevrage !

« Moi qui pensais avoir du mal à tenir une semaine, je vais faire durer l'expérience plus longtemps. »

Les jours se suivent et se passent plutôt bien. Je vais en cours, sors le soir ; internet ne me manque pas trop. Moi qui pensais avoir du mal à tenir une semaine, je vais faire durer l'expérience plus longtemps. Les inconvénients que j'ai rencontré depuis le début sont assez minimes. J'ai quelques soucis pour prendre les transports en commun à l'heure. Je n'ai pas pensé à récupérer les horaires de mes lignes... Je redécouvre donc les « joies » de l'attente aux arrêts de bus. En revanche, il m'est devenu impossible de passer mon code de la route en ligne. Je suis donc obligé de me rendre sur place pour essayer de le passer le plus vite possible. Cela me prend beaucoup plus de temps que d'ordinaire, mais mes journées sont assez tranquilles alors ça ne pose pas vraiment de problèmes.

Avec tout mon temps libre j'essaye de me remettre à la lecture. Je récupère le bouquin que j'avais commencé il y a quelques temps : L'échec de la pensée. Je retourne quelques pages en arrière et m'y remets. En vain. Impossible de rester concentré. Ce genre d'écrit ne me correspond pas trop. En revanche son titre me va plutôt bien.

Pour passer le temps, je décide de découvrir les films qui trainent chez moi et que je n'ai jamais pris le temps de regarder. Je tombe sur New-York New-York. C'est parfait, j'ai adoré la B.O ! La coïncidence me plait, je le regarde sans tarder. Je trouve enfin le temps de m'intéresser à un pan de la culture cinématographique qu'il me manquait. Scorcese, Bertolucci ou encore Barassat rythment certaines de mes journées.

Je me rend compte à quel point la plupart des vidéos que je regardais à longueur de temps sur internet sont vides et inutiles. Je commence à regretter ce temps perdu bêtement... C'est l'heure des grandes résolutions : lorsque je serai de nouveau connecté, youtube c'est fini ! Je refuse de retomber dedans à nouveau. J'ai tellement mieux à faire.

« Je racontais plus haut qu'internet est bruyant. Il l'est encore plus que ce que j'imaginais. »

Cela fait maintenant 4 jours que l'expérience a débuté. J'ai reçu une quantité de notification assez impressionnante. Mon portable s'allume sans cesse au rythme des messages Facebook. Le fait de ne pas pouvoir les lire devient frustrant. Se passe-t-il quelque chose d'important ? M'invite-t-on à une soirée ou m'envoie-t-on simplement des gifs de chat ? Impossible de le savoir. Par contre cela me permet de comprendre à quel point nous sommes sollicités à longueur de temps par l'extérieur. Instinctivement dès que notre portable s'allume on check pour voir de quoi il s'agit. On n'y pense même plus. Je comprends mieux pourquoi j'ai beaucoup plus de mal à me concentrer lorsque je dois travailler ou même lire. Toutes les 5 minutes c'est une nouvelle notification qui arrive et qu'on s'empresse de regarder. Au fond on sait très bien qu'il s'agit d'une info bidon du style demande pour Candy Crush ou une invitation pour un vide grenier à la Chapelle sur Erdre. Mais malgré cela on regarde. Parce qu'au final on ne sait jamais. Je racontais plus haut qu'internet est bruyant. Il l'est encore plus que ce que j'imaginais.

Les notifications me narguent...

Dès que je regarde mon téléphone j'aperçois le petit autocollant qui me rappelle que je n'ai toujours pas regardé mes notifications. 24 du côté de Facebook, 10 sur Snapchat, 7 sur Linkedin et je ne sais pas combien de mails. « Il doit bien y avoir au moins une chose importante », cette question m'obsède de plus en plus. J'espère surtout ne pas avoir reçu de mail trop urgent à propos de ma demande de stage... Inch'allah comme on dit.

« J'ai l'impression d'être un aventurier des temps modernes, c'est vachement plaisant ! »

Voilà le week-end et ses soirées qui arrive. C'est cool, mes potes ont le réflexe de me prévenir par texto de ce qu'ils font ! Ils pensent à moi, c'est plutôt sympa. Je débarque donc dans la maison d'un ami avec un pack sous le bras. On est une bonne trentaine et mon premier réflexe est de vouloir mettre du son. D'habitude en soirée c'est toujours moi qui m'en charge (j'aime bien ça). Je retiens mon doigt avant de taper une recherche sur youtube. Ouf je l'ai échappé belle ! Mais alors comment je vais pouvoir passer du son sans pouvoir accéder à internet. En plus j'avais pas mal de bons morceaux en stock... Je me retrouve donc à devoir demander aux personnes présentes à la soirée si ils peuvent passer des titres que je vais leur dicter. Ça ne pose pas de problème mais j'en viens à expliquer à tour de bras l'expérience que je fais en ce moment. J'ai toujours le droit à la même réflexion : « je sais pas comment tu fais, moi sans internet je suis perdu ». J'ai l'impression d'être un aventurier des temps moderne, c'est vachement plaisant ! Si j'avais su plus tôt qu'il en fallait aussi peu pour impressionner les gens... Enfin quand je dis si peu j'exagère en réalité. Cela fait 5 jours que je me suis coupé du réseau et les notifications que je reçois sans cesse m'insupportent de plus en plus. J'ai besoin de voir ce dont il s'agit. Et je dois avouer que le porno me manque aussi... Moi qui pensais tenir plus d'une semaine je me retrouve à attendre avec impatience Lundi soir pour pouvoir me reconnecter à nouveau.

Internet, cette merde

Ca y'est, nous y voilà : Lundi 19h, je peux enfin regarder ce qu'il s'est passé sur l'internet ! Je suis donc capable de comptabiliser ce que représente une semaine d'internet en termes de message et notifications. Ma vie sur les réseaux peut se résumer en 31 notifications Facebook, environ 250 messages, 8 notifications Linkedin, 27 mails, 24 Snaps et un message sur Soundlcoud.

Et au milieu de tout ça, rien de vraiment important. Ah si, j'ai reçu mes conventions de stage... Toute cette pression pour ça. je suis presque déçu de ne pas avoir loupé quelque chose d'important. Je n'aurais pas du céder à la tentation.

Internet c'est vraiment de la merde. Je ne peux plus m'en passer. Mais je peux essayer de diminuer ma consommation. Ce serait déjà un bon début.

Oh, un gif de chat !

Clic.

Elouen Rouchy

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.