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La reconversion L'accompagnement à la reconversion chez les sportifs de haut niveau

La reconversion, vaste sujet qui fait miroiter bien des pensées. Généralement, quand on en parle, c’est pour montrer sa réussite. Mais c’est seulement à de rares occasions qu’on en évoque le processus.

Pourtant, chaque reconversion est le fruit d’une histoire personnelle, d’un parcours initiatique, d’un chemin parcouru. Aucune ne ressemble à l’autre.

Cependant, dans le domaine du sport de haut-niveau, il subsiste quelques conditions nécessaires pour utiliser le terme de reconversion. D’abord, l’athlète doit être reconnu comme sportif de haut-niveau. Pour cela, au-delà des performances qu’il réalise, il doit être reconnu par plusieurs textes législatifs et respecter la charte du sport de haut-niveau. Ensuite, le sportif doit figurer pendant au moins quatre ans sur la liste des sportifs de haut-niveau, catégorie Elite, établie par le Ministère des Sports.

Fabrice Saint-Jean

Ancien athlète français, spécialiste du saut en hauteur

" Je ne peux en vouloir à personne de ne pas m'avoir aidé dans ma reconversion."

Fabrice Saint-Jean est un ancien athlète de haut niveau. A 38 ans, cet ex-sauteur en hauteur, néo-retraité des pistes ne cache pas ses regrets quant à sa reconversion. Mais il souhaite maintenant transmettre son expérience aux jeunes sportifs.

" J’aurais aimé mieux faire les choses."

Ayant eu peur pendant un temps d’être jugé, il n’a pas osé demander de l’aide afin de préparer sa reconversion. « Avec le recul, c’était une erreur ». Un témoignage qui rappelle que l’accompagnement est un besoin fondamental pour retomber sur ses pieds à la fin de sa carrière.

Aujourd’hui, Fabrice souhaite aider les jeunes sportifs à préparer leur avenir, afin qu’ils ne refassent pas les erreurs que lui a commis. Fabrice s’est donc lancé dans la préparation mentale. En se servant de son expérience d’athlète de haut-niveau, il espère pouvoir « partager son vécu » et ainsi accompagner d’autres athlètes dans la période importante qu’est l’acceptation de la reconversion.

" Les clubs n'ont pas une vocation sociale pour aider les sportifs à se reconvertir " - Sophie Javerlhiac-Bodin, sociologue

Sophie Javerlhiac-Bodin, sociologue à l'Université Rennes 2. Ancienne pongiste de haut niveau.

Sophie Javerlhiac-Bodin s’est intéressée à la question du processus de reconversion dans le cadre de ses recherches. Elle espérait mettre en lumière toutes les possibilités qui s’offrent aux sportifs et en a profité pour écrire un livre.

Couverture du livre de Sophie Javerlhiac Bodin - Édition PUR

« Un ancien sportif qui se reconvertit dans le sport n’est pas nécessairement un bon entraîneur » nous confie Sophie, rappelant au passage que la vie est riche et qu’il est important que les sportifs s’ouvrent au monde pour se réintégrer dans la société.

" Préparer sa reconversion en amont, en tant que sportif, n’est pas la bonne solution."

Un sportif de haut niveau est concentré à 100% sur ses performances tout au long de sa carrière « On doit y penser seulement à 30 ans ». En effet, penser trop tôt à l'après, c’est envoyer un signal négatif à son entraîneur, comme si l’athlète n’était pas assez investi.

« Quand vous êtes un sportif de haut niveau, vous êtes un héros sportif, vous faire aider est synonyme de faiblesse ». Un sportif de haut niveau se construit souvent seul et n’admet que très rarement avoir besoin d’aide. « C’est une erreur. Beaucoup d’athlètes la font mais ne disent rien » s’inquiète Sophie Javerlhiac-Bodin. Selon elle, il est nécessaire de démocratiser l’accompagnement à la reconversion afin de faire le deuil de sa vie de sportif de haut niveau.

Dorothée Mériau

Ancienne joueuse de l'équipe de France de Basket handisport

" Je n’ai pas eu le temps de m’habituer au confort que nous offre le sport de haut niveau et c’est tant mieux, cela m’a aidé dans ma reconversion."

Dorothée Meriau, 35 ans, rêvait depuis son plus jeune âge de devenir professeur d’EPS. Malheureusement pour elle, il en a été autrement. Un jour d’entraînement de gymnastique, Dorothée manque sa tentative de salto et se blesse gravement. Le constat est sans appel : Dorothée sera paraplégique.

Mais déterminée et combative, l’Angevine ne se laisse pas abattre. En quête de nouvelles sensations, elle s’essaie à de nombreux sports : tennis, surf, ski, etc. Mais c’est sur le basketball qu’elle jette son dévolu. Rapidement, Dorothée progresse et participe à un stage avec l’Equipe de France de basket handisport. Quelques temps plus tard, la voilà partie pour Londres et les Jeux Paralympiques de 2012.

« Quel que soit le projet, ma famille m’a toujours soutenue. », nous confie Dorothée, consciente que l’accompagnement à la reconversion est fondamental pour retrouver goût à la vie et réussir dans la vie professionnelle.

" Suite à mon accident, j’ai voulu mettre en relation ma passion du sport et le handicap."

Une fois sa carrière terminée, Dorothée décide de développer la pratique handisport au sein de la Ligue de handball. Son objectif ? Montrer que malgré le handicap, la pratique du sport à haut niveau reste possible. Forte de son expérience de sportive et estimant que chacun a sa place dans la société, Dorothée met tout en œuvre mener à bien son objectif.

Solerys : un accompagnement pour une reconversion

Véronique Morel, conseillère en évolution professionnelle à Uniformation, a travaillé pendant dix ans à Solerys, une structure spécialisée dans la transition de carrière, le reclassement professionnel et les bilans de compétences, ouverte à tous.

Entre 2014 et 2015, Solerys a mené un projet qui permettait de conseiller des sportifs de haut niveau en parallèle de leur carrière sportive. Le but était d’accompagner chacun pour trouver un projet professionnel en vue de leur fin de carrière. Les accompagnants voulaient surtout montrer qu’il existe d’autres domaines que les métiers du sport et que les sportifs ont d’autres compétences, qu’ils peuvent être curieux.

Les sportifs s’engageaient sur la base du volontariat. Les accompagnants partaient de l’expérience sportive de ces sportifs de haut niveau, pour en extraire des traits de personnalités, des compétences, et ainsi percevoir ce qu’ils étaient capables d’apporter dans le monde professionnel.

Lors du premier entretien, chaque athlète expliquait sa démarche et ses besoins. A partir de là, l’accompagnant pouvait établir un bilan de personnalité. Le but n’étant pas de donner à ces sportifs un projet préétabli mais plutôt de faire émerger des pistes tout en conservant les valeurs auxquelles ils adhéraient dans leur travail.

" lI faut qu’ils trouvent leur force intérieure pour aller de l’avant."

Véronique Morel a eu l’occasion de rencontrer de nombreux sportifs. La plupart avait déjà réalisé un travail personnel, sur le deuil de leur ancienne carrière. Selon elle, le plus dur était de détruire les barrières qu’ils se mettaient eux-mêmes. Sans grande connaissance du monde de l’entreprise, les sportifs se sentaient démunis. Véronique Morel expliquait donc qu’il était important de toujours valoriser le parcours sportif et d’en faire quelque chose de positif.

Le temps et les investigations consacrés à ces sportifs se sont souvent révélés bénéfiques et de nombreux sportifs sont parvenus à trouver leur voie.

Olivier Alinéi

Ancien basketteur de haut niveau

" Il faut que l'entourage aide les sportifs de haut niveau à sortir de leur bulle."

Ancien basketteur professionnel, Olivier Alinéi est désormais gérant de l’entreprise Cogné. Suite à une blessure, il a été contraint d’entamer son processus de reconversion un peu plus tôt que prévu.

« La reconversion n’est pas compliquée si l'on sait ce qu'on veut faire » explique Olivier. Une carrière sportive laisse peu de répit, selon lui, néanmoins vers 28 ans, il faut commencer à penser à l’après pour ne pas être pris de court une fois la carrière terminée.

« Pour une reconversion réussie, il faut faire le deuil de sa carrière de sportif. ». C’est un travail personnel mais nécessaire à mener pour essayer de trouver un nouveau sens à la vie du sportif, qui n’était jusque-là que sport et performance. Et c’est à cet instant que le rôle de la famille se révèle important. C’est un soutien et une nécessité pour redescendre sur terre et mettre un pied dans le monde professionnel.

" Plus le palmarès est moindre, plus la reconversion est facile car nous sommes moins exigeants."

Olivier était un basketteur reconnu par ses pairs avec une carrière plus qu’honorable (sélections en Equipe de France, participation aux Championnats d’Europe). Mais il l’avoue, il n’a jamais été considéré comme une star du basket. Un statut qui lui a permis de conserver les pieds sur terre dans son après-carrière. « Je ne suis pas Tony Parker et cela m’a aidé à redescendre socialement pour exercer un métier plus classique ».

Sportail community : Le linkedin du sport

Paoline Ekambi ancienne basketteuse professionnelle a créé Sportail Community en 2015, un réseau social dédié aux sportifs de haut niveau. L’idée de Paoline était de favoriser l’insertion des sportifs dans le monde professionnel.

" Permettre aux entreprises de trouver les sportifs plus facilement sur le net."

Paoline est persuadée que le profil de sportif de haut niveau est très convoité par les entreprises. « Nombre d’entreprises souhaitent recruter de nouveaux talents sportifs pour leur potentiel hors du commun ». Une idée qui l’a poussé à créer cette plateforme 2.0.

Aujourd’hui, il existe de nombreux professionnels et dispositifs qui se destinent à accompagner et structurer un projet de reconversion. « Nous souhaitons rendre facile la communication entre sportifs et entreprises ». Les sportifs de haut niveau développent des compétences transverses, organisationnelles, et managériales, acquises pendant leur carrière sportive. Ces savoirs sont précieux pour le monde de l’entreprise. Le tout est ensuite de savoir se vendre sur un nouveau marché.

"La reconversion, n’est pas tabou. Elle est cachée et c’est pire !" - Vincent Lavandier, entraîneur de basket

Qu'en pense un entraîneur ?

Vincent Lavandier, 47 ans, est entraîneur de basketball. Doté d'un regard acéré sur la complexité du monde sportif et notamment sur le phénomène de la reconversion, il ne peut s’empêcher de remarquer les faiblesses du système français.

« On parle mal du phénomène de la reconversion en France » explique-t-il tout en précisant que les Etats-Unis ont un coup d’avance en termes de préparation à la reconversion. Malgré les efforts réalisés, la situation doit évoluer dans ce domaine en France.

Pour inciter cette évolution, Vincent met le doigt sur le rôle des éducateurs.

" Les éducateurs des centres de formation ont un rôle très important en ce qui concerne la reconversion."

Pour lui, l’idée de reconversion doit être au cœur de la carrière d’un sportif de haut niveau, car elle peut s’arrêter à tout moment. Les athlètes doivent avoir une porte de sortie. Et pour cela, l’école doit rester au cœur de la formation sportive. « Nous sommes là pour ne pas faire oublier le mot ‘‘étude’’ à nos jeunes sportifs en formation ». Vincent ajoute notamment que par son rôle d’éducateur, il avait accès aux conseils de classe de ses joueurs en formation. Parfois en conflit avec sa direction sur la corrélation entre sport et étude que faisait la direction, il n’hésitait pas à intervenir pour le bien de ses joueurs, gardant toujours à l’esprit qu’une carrière est éphémère. D’où l’importance de bien préparer la suite.

Pour en savoir plus

Quels dispositifs sont proposés pour accompagner le sportif dans sa reconversion ?

De nombreux dispositifs sont mis en place pour accompagner le sportif dans son projet de reconversion. L’INSEP a créé plusieurs postes dédiés au sujet au sein de sa structure (service d’orientation, psychologue, etc.). Ainsi, toutes les informations sont centralisées et accessibles pour le sportif. Il peut alors appréhender son après-carrière plus sereinement.

De son côté, le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) s'est penché sur le sujet. Et en partenariat avec la Fondation Adecco, il a décidé de mettre à disposition des agents de proximité qui peuvent assurer un suivi personnalisé pour les athlètes. Le bilan de compétences reste aussi un bon moyen d’accompagnement pour préparer son après-carrière. Et cela permet au sportif d’avoir une vision d’ensemble sur ce qu’il sait faire en dehors du sport.

Un reportage de Marie Bourdet, Maxence Caron et Jane-Élise Chapelière.

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