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Fêtes des classes: près de 150 ans de vagues à Bourg

Cocarde sur le cœur, gibus ou Borsalino vissé sur la tête et orné d’un ruban et parfois écharpe au vent, les Classards s’apprêtent une nouvelle fois à défiler, bras dessus, bras dessous, dans les rues burgiennes. Précédés par les clairons, vielles et ménestriers de la fanfare, la vague reprend une tradition qui date du Second Empire et qui se cherche aujourd’hui une reconnaissance au travers de la volonté de l'interclasse générale caladoise d'inscrire les conscrits (marqué déposée depuis 2011) au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.

Née à Villefranche-sur-Saône, cette tradition fait d’abord écho à la conscription (le service national) qui concernait dès 1798 (loi Jourdan) tous les citoyens hommes de vingt à vingt-cinq ans.

La classe 1899 à Bourg-en-Bresse (conscrits nés en 1879)

A gauche : Le conscrit, carte photographique, éditée par Dix. © Bibliothèque de documentation internationale contemporaine. A droite : Chanson « Le conscrit de 1810 ». Lithographie coloriée au pochoir (1872-1875). © Musée départemental d'Art Ancien et Contemporain d'Épinal.

Ce n’est qu’à la fin du XIX siècle que ce folklore local prit la tournure qu’on lui connaît: avant chaque départ, les appelés organisent la fête des conscrits qui se perpétue aujourd’hui encore malgré la fin du service militaire. Ce rituel veut que les conscrits qui fêtent leurs vingt ans se rassemblent entre fin décembre et début avril (selon les communes).

La soirée du banquet des conscrits s'achevait souvent par un bal ouvert à tous. © Photo extraite du livre de Joseph Maublanc, Danses, chansons et poésies bressanes, textes et reconstitutions, Louhans, Groupe régionaliste Bressan, 1936.
La vague instituée en 1880 en Calade

En 1880, Charles Hugand, originaire de Gleizé et un autre de ses amis, instituèrent la vague, et décidèrent d’habiller à leur frais les conscrits de smoking et de gibus. Ils étendirent la fête aux 40 ans et embellirent la fête avec la retraite aux flambeaux. Par la suite tous les conscrits ont gardé cette tenue. Après la Grande Guerre, cette fête a peu à peu perdu ses références militaires et est devenue une réunion pour chanter sa joie de se retrouver ensemble.

Dans le rituel des conscrits, les attributs militaires sont parodiés. Ainsi, sur cette image publicitaire, la canne enrubannée à grosse tête sphérique imite celle utilisée par le tambour-major qui dirige la musique du régiment... © Collection particulière.

La vague, une marche au pas... titubant

Interrogé par le Progrès en 2018, Jean-Jacques Pignard, historien et conscrit de la « 7 » à Villefranche, explique pourquoi le défilé a pris le nom de "vague". « Jusqu’en 1914, c’est un défilé militaire, les hommes sont en costume, comme aujourd’hui, avec leur gibus, mais ils vont au restaurant en marchant au pas. Comme après le repas, on a beaucoup bu, on a beaucoup chanté… En 1894, à la fin du banquet, les conscrits disent : ‘Oh bah on pourrait peut-être sortir se dégourdir les jambes’, vers 18 heures. Et ils se sont pris le bras les uns les autres et c’est comme ça qu’est née la vague. Mais à midi, c’était toujours au pas ».

Une interview à lire dans son intégralité en cliquant ici

Aujourd’hui, les non-initiés découvrent parfois avec perplexité les matefaims du retinton, le balai des greteniers ou bien encore la vague soutenue par le rigodon et les Ebaudis bressans…

Retinton, matefaim, croutonnier, gretenier : Qu'es te chape?*

* "Qu'est ce que tu dis?" en Patois Bressan

Cocarde : La cocarde est un insigne de couleur (en tissu ou peint) porté par les conscrits.

Gibus : Il s’agit du chapeau claque, un couvre-chef type haut-de-forme devenu chapeau de référence des conscrits.

Conscrit : Jeune homme inscrit sur les registres du service militaire et la « classe » désignant l’année de naissance (tout sexe confondu).

Classard : Désigne une personne de la même classe d'âge, née la même année ou une année se terminant par le même chiffre.

Matefaim (du francoprovençal matafan) : Il s’agit d’une crêpe épaisse. Le Grand Larousse gastronomique la définit comme une « grosse crêpe épaisse et nourrissante, sucrée ou salée, que l’on confectionne en Bourgogne, en Bresse, dans le Lyonnais, en Franche-Comté, en Savoie et dans le Dauphiné. Son nom vient de l’espagnol mata hambre, « tue la faim ». Ces crêpes sont venues ou distribuées gratuitement aux habitants de la commune le lendemain des classes lors du retinton (voir plus bas).

Croutonnier : Désigne les 18 ans. Dans le Mâconnais, désigne un amateur de casse-croûte.

Sous-conscrits (également appelés greteniers, balais ou balayeurs) : Agés de 19 ans, ils sont appelés à succéder aux conscrits. L’histoire veut qu’ils chassaient à coup de balais les 20 ans à minuit, lors du bal du dimanche soir.

Retinton : Il s’agit du repas du lendemain de fêtes. L’ouvrage « Le langage populaire de Mâcon et des environs » de 1926 le définit comme « une ancienne coutume des villages du Mâconnais, en vertu de laquelle les jeunes gens, le lendemain d’un mariage, allaient quêter les restes des « tables ». Là encore il s’agit d’une ancienne coutume des villages du Mâconnais. « Le jour d’un mariage, les personnes qui avaient reçu des dragées de fiançailles et qui ne pouvaient se rendre au repas, dressaient en l’honneur du cortège une table chargée de gaufrettes et autres bonnes choses où les gens de la noce prenaient au passage des friandises et des rafraîchissements. »

Rigodon (ou rigaudon) : Dans la tradition de Bresse, il s'agit d'une musique traditionnelle jouée lors des banquets par deux musiciens, un à la clarinette, l’autre au tambour…

Enregistrement vocal en 2014 à Bourg-en-Bresse du Rigodon par le groupe Courant d'Eire

1872-1972 : découvrez un siècle de conscrits en images à Bourg-en-Bresse

De haut en bas et de gauche à droite : les conscrits en 1872, en 1888, en 1891, en 1911, les 30 ans en 1932, les 40 ans en 1942, les 45 ans en 1947, les 20 ans en 1952, les 60 ans en 1962 et les 70 ans en 1972 / Photos Archives départementales de l'Ain / Fonds Gay

Evolution du nombre de classards à Bourg depuis 2009

Réalisation : Sébastien Jullien.

Remerciements aux Archives départementales de l'Ain et municipales de Bourg-en-Bresse.

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