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Réfugiés : quelle réponse face à la crise humanitaire ?

Des citoyens lumière de l’humanité

A ceux qui ne veulent pas voir ; à ceux qui verrouillent les frontières ; à ceux qui bafouent les droits fondamentaux comme le droit d’asile ; à cette Europe et à cette France qui rejettent ; aux complices des esclavagistes...répondent des milliers de citoyens engagés qui ne se résignent pas face à l’appel au secours de leurs semblables. Ils, elles, eux ne parlent pas la même langue, ont une couleur de peau différente ; cette couleur et cet épuisement des traits qui les désignent à la répression policière dans les trains entre l’Italie et la France.

Les citoyens de l’ombre qui leur portent aide et soutien sont la lumière de l’humanité de ce début du XXIe siècle.

Si les réponses à la crise humanitaire des réfugiés sont multiples, il en est une qui aiguillonne toutes les autres : la solidarité. A ne pas confondre avec la charité, cette bonne conscience rance des bien nourris.

Ce que l’on retient du débat organisé par notre journal, c’est que secourir et accompagner c’est recevoir, un verbe à double sens. Cette hospitalité partagée n’a rien de mièvre. Elle est fondamentale pour qui veut rester un être humain debout.

La crise humanitaire des migrants – crise de l’accueil essentiellement comme le dit une intervenante – est devant nous. Et les heures qui filent sont une course contre la montre. Course contre les préjugés par un travail d’éducation populaire ; course contre les projets de loi – comme celui qui se prépare en France – qui veulent instaurer un tri honteux entre les damnés de la terre ; course contre les causes de l’exil : guerres, crise climatique, économique ; course contre les inégalités béantes. Les citoyens sont en première ligne pour mener ces combats humanistes, quels que soient leur histoire et leur parcours. Chacun peut faire. Rien n’est pire que de rester spectateur.

Françoise Verna

Ne jamais « se fatiguer » de témoigner

« J’ai mon passeport avec moi. Aucun d’entre eux n’a de papiers ni de bagages. Leur exil les a privés de leur nom, leur identité c’est d’être ­vivants et c’est tout. Leurs enfants, leurs ­petits-enfants voudront savoir, retrouver les impossibles pistes traversées, l’épopée légendaire qui aujourd’hui est un fait divers, en cas de massacre. "Énième" est l’adjectif obscène qui accompagne le titre, à côté du substantif neutre de naufrage. Énième : le journaliste est fatigué d’avoir à compter, d’avoir à lever les sourcils pour la énième fois. »

C’est par la lecture de ce texte signé Erri de Lucca que Françoise Verna, directrice de la rédaction, a introduit la table ronde consacrée aux réfugiés, qui s’est tenue jeudi 26 octobre à l'AGora des Galériens, au siège du journal la Marseillaise. Ajoutant : « "la Marseillaise" ne sera jamais "fatiguée" d’avoir à lever les sourcils (et plus) et, surtout, de témoigner. C’est le rôle d’un quotidien engagé. »« "la Marseillaise" ne sera jamais "fatiguée" d’avoir à lever les sourcils (et plus) et, surtout, de témoigner. C’est le rôle d’un quotidien engagé. »

En présence de Jean-Yves Abecassis de l’ONG SOS Méditerranée ; Dany Cohen, avocat, militant des Droits de l’Homme ; Cécile Dumas, responsable du PCF dans les Alpes-Maritimes ; et Dominique Mazel, président du collectif AGIR, il s’agissait ce soir-là de contribuer à s’interroger sur les réponses à apporter face à cette crise humanitaire.

Compte-rendu et témoignages.

La Méditerranée, un grand cimetière

C’est pour beaucoup l’épreuve la plus terrible. Il y a eu les longs mois de marche, la chaleur, le froid, la pluie mais l’approche du rivage est pour beaucoup, selon des témoignages que nous avons recueillis, un formidable espoir et une cause de terreur. « Est-ce que nous aurons la chance de voir l’autre rive ? » Une lancinante question qui revient dans bien des têtes. Il y a bien sûr l’argent pour le passeur à sortir de la doublure de sa veste et puis ce canoë pneumatique incertain où s’entassent des familles entières...

« La Méditerranée est le chemin migratoire le plus emprunté au monde. De la Libye jusqu’à l’Italie, ce sont 80% des gens en détresse qui empruntent cette route maritime Et c’est encore en Méditerranée que l’on déplore énormément de pertes humaines. La Méditerranée est un grand cimetière. Pour les six premiers mois de 2017, 73% des disparitions sur les chemins migratoires dans le monde se sont produits en Méditerranée. Pour les dix premiers mois de la même année, 74% des personnes arrivées en Europe ont emprunté la route de la Méditerranée centrale. »

Le propos est de Jean-Yves Abecassis, responsable de la sensibilisation scolaire pour l’ONG SOS Méditerranée, qui affrète l’Aquarius pour venir en aide depuis 2016 aux migrants en perdition, qui a porté secours à plus de 23 600 personnes. Et les 10 et 11 octobre derniers, ce navire a secouru 660 personnes, dont 241 mineurs.

L’Europe complice de la terreur

« Parmi les personnes qui ont été accueillies à bord de l’Aquarius, beaucoup ne voulaient pas parler, ce que l’on comprend à l’écoute des récits de ceux qui témoignent sur le sort qui leur a été réservé en Libye. Elles l’on fait à bord du bateau. L’enfer de la détention dans ce pays. Toutes ces personnes ont raconté leur kidnapping, détenues contre leur gré, capturées contre rançons, violées à grande échelle, réduites à l’esclavage, autrement dit le travail forcé. »

La torture, le banditisme, dans un pays où les armes circulent en quantité impressionnante, « tout pousse les gens à fuir la terreur qui sévit là-bas », poursuit Jean-Yves Abecassis. Quitte à prendre des risques insensés. « Nous avons publié récemment plusieurs témoignages qui vont dans le même sens. Les rapports de l’ONU confirment ces propos. Ce qui veut dire que ces choses-là sont bien connues. »

Et l’Union européenne, ses décideurs, savent que tout accord conclu avec ce pays pour arrêter les flux migratoires passe par cette chaîne de banditisme, de milices armées de Libye, un pays qui n’a pas signé les accords de Genève concernant les réfugiés. « A bord de l’Aquarius, nous avons aussi recueilli des personnes qui ne cherchaient pas à fuir la misère, parce qu’elles étaient diplômées, avaient un travail. » Ce qu’elles fuyaient, c’était cet enfer d’un pays en proie au chaos.

Que ce soit à la tribune ou dans l'assistance, ces acteurs de terrains et ces citoyens ne peuvent se résoudre à ce qui constitue une véritable crise humanitaire. Photos Robert Terzian

« Ce qui n’a pas empêché l’Italie de conclure un accord avec les gardes-côtes libyens qui disposeraient désormais d’une étendue beaucoup plus large d’intervention pour freiner la progression des migrants vers l’Italie. De 12 000 à 66 000 miles nautiques. Une volonté d’étendre le périmètre de l’intervention libyenne qui s’est faite sans aucune réaction et dans le silence le plus total. » D’autres « projets » sont en cours de réalisation pour bloquer des migrants venus du Niger ou du Tchad dans le Sud de la Libye. Des projets dont sont complices bien des gouvernements européens, dont celui de notre pays.

C’est dans ce contexte que se sont développées la sensibilisation et la mobilisation des ONG. « Car depuis 2014, sur ce même fond de cynisme et d’ immoralité – il n’y avait plus d’opérations de sauvetage –, cette situation a conduit à la création de SOS Méditerranée. Sa véritable raison d’être. »

Si l’ONG intervient en mer, le rôle et l’action de SOS Méditerranée ne s’arrêtent pas là. « Nous voulons aussi former des citoyens, à la place des simples spectateurs que nous sommes trop souvent », ajoute Jean-Yves Abecassis, dont l’une des tâches est de sensibiliser les plus jeunes à l’ampleur de cette tragédie.

La prise de conscience est donc essentielle pour faire monter le degré de solidarité.

Gérard Lanux

Quand « le droit international est rompu »

La France, une terre d’asile pour ceux qui fuient la misère économique, l’arbitraire politique ou les conflits armés, voire les trois à la fois ? Il est plus que permis d’en douter à l’écoute des témoignages de Cécile Dumas, élue PCF à Antibes, et de l’avocat marseillais Dany Cohen. « Avoir la possibilité de demander l’asile est un droit fondamental », rappelle ce dernier.

Si la défaillance des États en matière de sauvage en mer a été pointée au cours du débat, il est également apparu que rien ne semble être mis en place par les pouvoirs publics français pour faciliter l’accès aux droits. Quand il ne s’agit pas purement et simplement de l’entraver.

Cécile Dumas en fait le constat au quotidien ou presque dans les Alpes-Maritimes, département pas franchement réputé pour le progressisme des majorités politiques.

Au-delà, et en complémentarité, du très médiatisé et très criminalisé combat de Cédric Herrou, la fédération du Parti communiste s’est jointe aux associations locales pour porter assistance aux migrants et contribuer à faire respecter leurs droits. « Nous ne sommes pas confrontés à une crise migratoire, mais à une crise de l’accueil », constate d’emblée Cécile Dumas.

Dispositif policier « à 50 000 euros par jour »

Lorsque les réfugiés arrivés d’Italie parviennent dans cette enclave, devenue symbolique, qu’est la vallée de la Roya, il leur faut se rendre à Nice afin de déposer un dossier qui parfois – mais parfois seulement – fait figure de sésame. Sauf que, relève Cécile Dumas, « pour aller à Nice, il faut repasser par l’Italie, et là c’est cocagne pour la police ». « Un dispositif policier qui coûte d’ailleurs 50 000 euros par jour », ajoute-t-elle.

Au chapitre des accrocs à la légalité, elle raconte qu’à la frontière franco-italienne, les migrants sont censés « se voir remettre des documents dans une langue qu’ils comprennent ». Or, le document qui leur est proposé est exclusivement rédigé « en français, et la case "Retour au pays d’origine" est préalablement cochée. Le droit international est déjà rompu ».

Cécile Dumas relève néanmoins que « depuis deux ans, des choses ont bougé, on a tout de même l’impression d’avancer ». Elle indique à cet égard que le préfet a déjà été condamné à deux reprises. Mais, s’ils ne désarment pas, les militants continuent de se heurter à de nombreux obstacles. L’un des problèmes étant « de prouver ce que l’on affirme par rapport aux policiers ».

« Nous escortons régulièrement des petits groupes de réfugiés jusqu’à la Pada [Plateforme d’accueil des demandeurs d’asile, ndlr – lire aussi ci-contre] qui se trouve à Nice. Or, le seul moyen de s’y rendre, c’est le train », poursuit-elle. Et là, ils se retrouvent fréquemment confrontés à un comité d’accueil des forces de l’ordre, en général pour le moins hostile.

La solidarité criminalisée

A cela s’ajoutent également des complications d’ordre administratif, notamment liées à la carence de personnels dans les préfectures. Par exemple, déclare Cécile Dumas, « cet été la Pada est restée fermée quinze jours ».

Saluant l’action menée par l’élue et les militants qui l’entourent, Dany Cohen vient en outre confirmer que dans de nombreux cas « la loi n’est pas appliquée ». Car, souligne-t-il, « on ne peut pas renvoyer quelqu’un de notre territoire sans qu’il ait pu faire une demande d’asile ».

Il explique ainsi que ce droit, que certaines autorités n’hésitent pas à bafouer, trouvent « sa source dans trois textes ». Dans la Constitution de la Ve République, en premier lieu. « Il est également garanti par la Convention de Genève, qui date de 1951, au lendemain donc de la Seconde Guerre mondiale et de la barbarie nazie, et ratifiée la France », précise l’avocat. Il relève enfin que des directives européennes, bien qu’« embryonnaires », existent aussi à ce propos et que, même si certains critères manquent de « précision », « on peut tout de même s’en prévaloir ».

Dany Cohen dénonce le fait qu’à l’inverse « la répression se met en marche ». Non seulement contre les migrants mais encore à l’encontre de ceux qui, par humanité, leur viennent en aide. Il cite à cet égard le cas de Cédric Herrou. « Quand on porte secours, on n’a pas à être condamné », affirme-t-il, estimant que « la loi est censée visée le trafiquant, pas le militant ».

« Nous observons l’émergence d’un gros souci de passeurs mafieux mais, là, la police est moins regardante », renchérit Cécile Dumas.

Mineurs isolés : « L’État a minima »

La question des mineurs isolées a également été soulevée. Alors qu’a priori, ainsi que le rappelle Cécile Dumas, « le Département ne doit pas laisser un mineur dormir dehors », la réalité est tout autre. Et le phénomène des mineurs laissés à l’abandon aurait plutôt tendance s’amplifier si là encore le tissu associatif et la sphère militante ne venaient pas pallier le désengagement de l’État. L’élue communiste rapporte que la disparition, dans les Alpes-Maritimes, de trois foyers de l’enfance n’est pas de nature à enrayer le fléau. « Mais grâce à des actions juridiques, au travail des associations et surtout à la solidarité, nous parvenons à des avancées sur ce terrain-là aussi. » Puisque au moins un centre pour mineurs devrait pouvoir voir le jour ici.

Face à des « institutions (qui) ne peuvent pas ou ne veulent pas assumer leurs responsabilités », Dany Cohen en appelle à « la construction d’un réseau d’aide citoyen ».

Les déclarations du Premier ministre la semaine dernière à l’occasion du congrès de l’Association des Départements de France (notre édition des 21 et 22 octobre) viennent corroborer l’idée que « l’État va faire a minima ». « Nous sommes devant une telle détresse humaine qu’il faut le forcer à aller plus loin », plaide l’avocat.

Agnès Masseï

« La demande d’asile est un droit fondamental. On ne peut pas renvoyer quelqu’un sans qu’il ait eu la possibilité de la formuler. »

Dany Cohen, avocat marseillais

« La complicité des autorités européennes avec la Libye se révèle au grand jour. Une attitude qui concerne aussi la France. »

Jean-Yves Abeccasis, SOS Méditerranée

« Ce n’est pas à une crise migratoire que nous sommes confrontés. Nous nous heurtons en revanche à une crise de l’accueil. »

Cécile Dumas, élue PCF d’Antibes

« Les États membres se défaussent de leurs responsabilités »

Dans l’impossibilité de participer physiquement au débat, la députée européenne Marie-Christine Vergiat (Front de gauche) a tenu néanmoins à témoigner sur ce sujet auquel, dans le cadre de son mandat, elle accorde un intérêt tout particulier. C’est à travers une vidéo enregistrée depuis le Parlement européen à Strasbourg et diffusée au cours de la soirée qu’elle s’est donc exprimée.

A son sens, « lorsque l’on parle des réfugiés et de la réponse que l’on peut apporter à la crise humanitaire, il est important de restituer ce débat par rapport aux migrations internationales, parce qu’on a de plus en plus tendance à distinguer les bons réfugiés, ceux qui auraient le droit d’être accueillis dans l’Union européenne, et tous les autres qui seraient des mauvais migrants ».

Sur ce point, elle a donc tenu à rappeler quelques chiffres : « On compte aujourd’hui 244 millions de migrants internationaux dans le monde. Parmi eux, 80 millions sont originaires d’Asie, 60 millions d’Europe et 40 millions de l’Union européenne. Ceux-ci, que l’on nomme en général "expatriés" migrent pour moitié d’entre eux à l’intérieur du continent européen. Et à côté de cela, il y en a seulement 35 millions qui viennent d’Afrique et 85% d’entre eux migrent à l’intérieur même du continent africain. C’est avec ces chiffres-là qu’il faut voir la crise des réfugiés. »

Des réfugiés qui « sont autour de 65 millions dans le monde, réfugiés stricto sensu, c’est-à-dire ceux qui ont quitté leur pays et les déplacés internes comme on dit ».

Aussi considère-t-elle que « la crise des réfugiés doit être analysée à cette aune-là ».

En matière de « réponses », la députée indique que « le Parlement européen vient d’en apporter deux » qui, de son point de vue, s’avéreront « insuffisantes ».

La première concerne « un mécanisme de réinstallation pour permettre aux États membres de faire venir directement dans des conditions sûres ces réfugiés depuis les pays où ils sont installés vers l’UE. Ce mécanisme devrait à terme concerner 20% des besoins mondiaux, c’est-à-dire 250 000 personnes. Or, actuellement, seules 13 000 personnes sont réinstallées sur le sol de l’Union européenne. » Tandis que la seconde mesure réside, elle, dans « la réforme de Dublin, une nouvelle fois avec la mise en place du mécanisme de relocalisation de façon pérenne ».

Or, déplore-t-elle, « les institutions européennes n’ont pas les moyens d’obliger les États membres à faire en la matière, et c’est bien le principal problème car ceux-ci se défaussent de leurs responsabilités vers l’UE ».

Elle souligne ainsi que « l’attitude de la France » est symptomatique et « indigne d’un pays qui se prétend toujours la patrie des Droits de l’Homme ». Notamment à travers la manière dont elle se comporte à la frontière franco-italienne (lire aussi page 3) et en raison « du projet de loi qui va être examiné au mois de janvier prochain ».

A.M.

Tisser un réseau contre l’indifférence

L’apport et la démarche de Agir, qui regroupe vingt-six associations du Pays d’Aix, sont irremplaçables. « Parce que nous sommes quotidiennement sur le terrain. Notre collectif est né quand nous avons vu arriver aux portes de certaines associations des étrangers sans papiers. Hors de question de laisser ces gens passer sans leur tendre la main », dit Dominique Mazel, président de ce collectif. Dont les animateurs ont vite ressenti la nécessité de coordonner le champ d’intervention de ces associations.

« Comment donc allions-nous fonctionner ? Comment faire preuve de la plus grande efficacité ? Il était évident que la Cimade serait notre ancrage juridique. Et notre apport particulier est de chercher à offrir un toit à tous ces gens. »

Grâce à son action, ce collectif a réussi à loger 76 familles. « Des enfants, des adultes, des grands-parents. Et cela a été pour nous un très grand bonheur », poursuit Dominique Mazel.

Un engagement réciproque

Sur le terrain, cela se passe ainsi : « Quand un migrant est accueilli, il bénéficie de l’aide de deux ou trois référents qui les accompagnent vers différentes structures. Habillement, restauration et cours de français sont des passages obligés. Ce que les membres de ce collectif considèrent comme un engagement réciproque. » Pour accompagner les premiers pas de ces migrants dans l’insertion dans leur pays d’accueil , un pôle santé a également été mis en place, avec le concours de Médecins du monde. « Cela fonctionne bien », témoigne Dominique, tout comme le pôle retour à l’emploi. « Nous nous sommes très vite aperçus que beaucoup de ces gens ont de très bonnes capacités. »

La sensibilisation de la société civile est aussi prise en compte. « Un groupe dédié à la communication a été constitué à cet effet, pour faire passer ce message. Car tous les concours sont précieux. » S’il reçoit un écho parfois, ce message d’Agir n’est cependant pas assez entendu. « Et si nous essayons de faire que les gens se sentent un peu chez eux, il y a malheureusement des retours et nous avons nous-mêmes du mal à supporter le degré de précarité dans laquelle ils vivent. »

Faire fonctionner le tam tam

Mais les responsables du collectif confient qu’ils ont acquis une vision assez complète du territoire sur lequel ils inter viennent. « Nous disposons également d’un local qui sera un véritable lieu de vie, un lieu de rencontre. Mais notre démarche fait aussi des petits. Nous avons essaimé, et nous nous mettons en quête d’appartements aux loyers accessibles, ou d’hôtels à des prix raisonnables. » Et les gens d’Agir se rendent compte qu’une marge de la population s’intéresse à ce travail et cherche à les soutenir. Certes insuffisamment, car les offres de logement restent malheureusement très en deçà des besoins. Pas facile de convaincre les gens qu’une simple chambre, ou mieux encore un petit appartement inoccupé, peut soulager bien des détresses.

Le concours de tous

Le souci des animateurs d’Agir est de « faire fonctionner le tam tam », ajoute Dominique Mazel, qui a bien conscience que sans la sensibilisation des citoyens, sans arriver à réduire à néant la peur de l’autre, on ne pourra pas répondre à des besoins qui vont aller grandissants. Comment rester insensible à cette détresse ? Une raison de plus pour conjuguer toutes les bonnes volontés et tous les talents. Ceux des militants associatifs par qui tout passe. Ils sont en effet en première ligne, et avec infiniment de professionnalisme oeuvrent à donner à des gens sans souffle une première bouffée d’oxygène.

Mais tous les autres rouages ont leur rôle à jouer et leur importance. Les juristes, et encore les militants politiques. Tous ont commencé à tisser un réseau contre l’indifférence. Celui que Dominique Mazel appelle de ses vœux. Pour mener un combat digne des valeurs que prétend porter notre nation. Celui de la libre circulation des hommes et de la défense de leurs droits. Ce qui nécessite le concours de tous. Mais le gouvernement actuel ne manifeste pas l’intention de prendre ce chemin.

G.L.

« Nous préparons des événements pour sensibiliser l’opinion publique à la détresse des réfugiés. Sans les citoyens, nous ne pouvons rien. »

Dominique Mazel, collectif Agir

Sensibiliser et « mettre la valeur partage en actes »

Comment gagner la bataille de l’opinion publique sur la question des réfugiés ? Si chacun s’accorde sur le fait que la « solution miracle » n’existe pas, des pistes sont tout de même avancées par les intervenants et l’assistance.

A l’heure où le repli sur soi et la peur de l’autre ont quelque peu tendance à sévir, la mobilisation citoyenne sur la question des réfugiés ne semble pas aller de soi. Pourtant, quand bien même doit-elle encore être amplifiée, elle existe bel et bien.

Belle affluence et débat animé à l'Agora des Galériens au siège du Journal la Marseillaise.

Les associations, qui ne peuvent pas ou que très peu compter sur les pouvoirs publics, en font fréquemment le constat. SOS Méditerranée est de celles-ci. Récemment consacrée « Grande cause nationale », elle juge ce label « très utile pour sensibiliser », explique Jean-Yves Abecassis. Et sensibiliser justement, son ONG s’y attache d’une manière générale mais avec un axe de travail tout particulièrement réservé au milieu scolaire. « Le message moral et citoyen y passe très bien », explique-t-il en indiquant que ces questions ont d’ores et déjà été abordées avec des milliers d’élèves qui se montrent réceptifs au sort des réfugiés. « J’ai confiance dans ce que sera l’opinion publique de demain », commente-t-il.

« Démultiplier les actes de solidarité »

Plus nuancé, Dany Cohen admet se sentir parfois « un peu désespéré » mais n’en croit pas moins aux vertus de « l’exemple » pour provoquer un effet boule de neige. « Pour démultiplier les actes de solidarité », enchaîne Cécile Dumas, « les gens doivent connaître les droits internationaux ». Elle raconte ainsi que « désormais, sur la question des mineurs, il arrive que nous appellent certains policiers qui n’ont pas envie de faire le sale boulot ». « Si eux arrivent à être solidaires – je ne dis pas cela pour les stigmatiser, mais ils ont des ordres –, on peut y parvenir avec les citoyens », estime-t-elle.

Dans l’assistance, des voix s’élèvent pour témoigner, interroger et échanger avec les intervenants. Parmi elles, celle de Christine Mendelsohn, membre du comité exécutif national du PCF, qui évoque son retour d’expérience au terme d’un séjour en Grèce : « Là-bas, tout le monde a aidé les réfugiés et Aube dorée [le parti d’extrême droite, ndlr] n’a pas progressé, il est toujours à 6%. Plus on met en actes la valeur partage, plus on fait reculer la droite et l’extrême droite. Les Grecs affirmaient en outre que de pouvoir aider les autres ça les tenait debout. »

A.M.

Crédit photos : La Marseillaise/Robert Terzian et SOS MEDITERRANEE/Anthony jean, Marco Panzetti, Laurin Schmid, Patrick Bard

Credits:

SOS Méditerranée

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