Interview CHRISTOPHE TOURNEUR : La percée des éditions Persée

Christophe Tourneur, chargé de communication aux éditions Persée, à Aix-en-Provence, a bien voulu répondre à quelques questions : un échange révélateur des enjeux de l’édition.

Chroniques aixoises : Les éditions Persée ont fêté leur 10 ans l’an passé. Alors que tout le monde est inquiet sur la mort de l’édition et du livre, comment expliquez-vous une telle longévité ?

Christophe Tourneur : La mort de l’édition n’est pas pour demain. L’arrivée du numérique – et avec lui du piratage – a fait beaucoup de mal à d’autres industries culturelles comme la musique et le cinéma qui n’ont pas su tout de suite accompagner le mouvement. Le livre n’a pas non plus été très réactif face à cette révolution, mais le fait que les lecteurs soient encore aujourd’hui très attachés au livre papier protège ce secteur d’activité. Pour notre part, nous devons notre longévité d’abord au talent de nos auteurs, à la richesse et à la diversité de leurs créations, et aussi certainement à une certaine audace qui nous pousse à donner leur chance à de nombreux auteurs méconnus du public. Contrairement à ce que l’on pourrait éventuellement penser, les lecteurs sont avides de découvertes et de nouvelles plumes.

Anjali Vial, jeune auteur de 12 ans et son livre « Moralité » à gauche (© MB/EI) et Levannier, en séance de dédicace, à droite (© Éditions Persée)

CA : Vous êtes très actifs en terme numérique, alors que la plupart des éditeurs sont aujourd’hui frileux vis-à-vis de ce mode de commercialisation du livre, qui ne représente que 3% du marché. Est-ce une démarche qui vous est venue naturellement ou que vous avez développé en réaction au marché ?

CT : Cela a d’abord été naturel. Nous avons fait partie des premiers éditeurs à proposer une grande partie de notre catalogue en numérique. Nous nous sommes toujours dit que le plus important n’est pas le contenant, mais le contenu. Qu’importe le format de lecture d’un texte. Le plus important est le message qu’il véhicule et l’émotion qu’il procure quand on le lit. Puis au fil des ans, ce marché se développant, nous avons remarqué que les plus gros éditeurs ne souhaitaient pas vraiment miser sur ce marché et qu’il nous offraient là une grande place pour toucher les lecteur : proposer du contenu numérique est donc devenu une stratégie très intéressante pour toucher un public de plus en plus large.

CA : Vous êtes désormais distribués par Hachette Distribution, un « graal » si l’on peut dire ainsi dans le milieu de l’édition, gage de sérieux d’une maison mais aussi de réussite. Comment avez-vous vécu ce tournant ?

CT : Devenir partenaire d’Hachette Livre a été une étape importante dans notre croissance, qui nous a permis de franchir un vrai palier en terme de notoriété, notamment auprès des libraires, puis par rebond auprès des lecteurs. Les nombreuses filiales dans le monde de ce distributeur nous permettent aussi de nous ouvrir à l’international. Depuis ce partenariat, nous avons vraiment le sentiment d’avoir grandi et de faire partie intégrante du paysage de l’édition francophone.

“Partager les risques de départ avec l’auteur nous permet de prendre plus de risques artistiques.”

CA : Nous ne savons pas si cela est toujours actuel, mais vous publiiez à compte d’auteurs. Comment ce modèle vous permet-il de dénicher des nouveaux talents, qui se tournent vers vous en sachant que les autres maisons d’édition n’ont pas le même rapport aux manuscrits « inopinés » ?

CT : Nous ne publions pas tout à fait à compte d’auteur. Nous préférons le terme de contrat participatif, car le financement n’est pas entièrement à la charge de l’auteur, mais partagé entre l’auteur et l’éditeur. Une autre différence fondamentale est que nous effectuons une vraie sélection des titres que nous publions. Avec près de 300 manuscrits reçus par mois et une dizaine de publiés (…), trouver les bons textes et donc dénicher les nouveaux talents implique un important travail de lecture et aussi forcément un brin de chance. Car si nous obtenons régulièrement de beaux succès, la réussite n’est forcément pas toujours au rendez-vous, comme pour tout éditeur Mais le fait de partager les risques de départ avec l’auteur nous permet de prendre plus de « risques » artistiques.

CA : Enfin, nous avons remarqué que vous étiez très présents outre-Atlantique, au Canada. Est-ce une volonté de votre part d’explorer ce marché, ou l’aventure vient des manuscrits en eux-mêmes ?

CT : Le Canada représente le plus gros marché francophone de livres en dehors de la France et nous publions plusieurs auteurs Canadiens. Il est donc tout naturel pour nous d’explorer ce marché. Mais au-delà de ça, en tant qu’éditeur francophone, notre vocation est de nous adresser à tous les lecteurs francophones, au Canada, mais aussi en Suisse, en Belgique et sur le continent africain. Notre partenariat avec Hachette Livre et ses filiales internationales nous permet de toucher le public le plus large possible et évidemment nous ne nous en privons pas.

Propos recueillis par Joséphine Gay. Crédit photo © Shutterstock

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