Loading

Multiservice : l'atout commerce des petites communes Dans les petites communes de la Loire, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Les commerces multiservices font partie de celles qui permettent de conserver de la vie dans les petits villages. En route pour un Tour de la Loire de ces commerces qui font vivre les petites communes.

Boulangerie, bar, relais Poste, restauration… Dans les petites communes, les commerçants doivent savoir tout faire. À La Belle Étape, à Fontanès, qui compte 700 habitants dans le canton de Sorbiers, on l’a bien compris : « Il faut se diversifier pour s’en sortir. » Pascal, Romain et Clément Desgoutte proposent de nombreux services : boulangerie, pizzeria, épicerie, café, journal et gaz. Après avoir fait le tour de Fontanès et des environs, avec leur camion pizza, Romain et son père, Pascal, ont repris le multiservice local en novembre 2017. Après quelques mois de travaux, La Belle Étape a ouvert ses portes en janvier 2018. Clément Desgoutte a rejoint son père et son frère dans cette belle aventure familiale en juin.

« S’il n’y a plus de commerce, c’est un peu du village qui disparaît »

Comme dans de nombreuses petites communes, la mairie est propriétaire des murs afin de faciliter l’installation des commerçants. À Fontanès, la commune a même construit le bâtiment. « Si la mairie n’avait pas pris ce risque, il n’y aurait plus de commerce. Et s’il n’y a plus de commerce, c’est un peu du village qui disparaît », explique Michel Gandilhon, le maire de Fontanès.

Mais tenir un commerce multiservice dans une commune de quelque 680 âmes reste un véritable challenge. « Il est difficile de dire s’il faut un nombre d’habitants minimum. Mais en dessous de 1 000 habitants, ça peut être compliqué », souligne Jean-Luc Carrot, conseiller commerce à la délégation Loire de la chambre de Commerce et d’Industrie Lyon Métropole.

« En ne faisant qu’une activité, ça serait impossible de tenir »

Pour ces commerces, l’enjeu est donc d’attirer une population des villages environnants, comme le détaille Clément Desgoutte : « En parallèle, on vend aussi du pain à Aveizieux, du mardi au dimanche. Et, le soir on fait la livraison gratuite de pizzas. Il faut bien faire tout ça pour tenir. C’est avec ce concept-là que l’on peut sortir deux salaires. En ne faisant que boulangerie, ça serait impossible de tenir. » Et tous ces services ne sont pas rentables : « Pour l’épicerie, on ne gagne pas grand-chose. C’est vraiment du service à la personne. »

La recette est donc de s’adapter aux besoins de la clientèle et de ne pas compter ses heures : « Il faut aimer ce que l’on fait parce qu’on bosse beaucoup. Et il faut bien être trois parce que l’on est obligé d’avoir une grosse amplitude horaire pour les gens qui prennent le pain en partant au travail et ceux qui le prennent en rentrant. Les gens n’ont pas d’excuse. S’ils ne viennent pas c’est qu’ils ne jouent pas le jeu parce qu’on s’efforce d’avoir du pain jusqu’à 20 heures.»

Mais de ce côté-là, Clément Desgoutte ne se plaint pas : « La mairie joue le jeu, les habitants aussi. »

« Mon frère, commence à minuit ou une heure du matin pour faire le pain et finit à 14 heures. Moi, j’arrive à 5 heures et on finit à 20 heures si tout se passe bien, souvent à 22 heures voire à minuit s’il y a un match le soir. »
« Primordial pour la dynamique du village »

À Fontanès, quand le dernier commerce a annoncé mettre la clef sous la porte, la mairie a pris les devants : « La commune a construit un bâtiment neuf en 2003. Il comprend 80 m² de surface de vente et l’équivalent en atelier de boulangerie-pâtisserie, plus un logement. On a été aidé par des subventions pour la construction et le loyer permet de rembourser l’emprunt. Ça ne coûte pas cher et c’est primordial pour la dynamique du village. En 2017, le commerce a fermé six ou sept mois. On a vu que ce n’était pas la même dynamique. Le village est morne sans ça », explique Michel Gandilhon, le maire de Fontanès.

Le multiservice La Belle Étape est un lieu incontournable pour ce village de quelque 680 habitants : « Situé en face de l’école, c’est le lieu de vie quotidien du village. Ce commerce est primordial pour la commune. Pour la mairie, 100 % de nos achats se font là. C’est le minimum que l’on peut faire »

« Quand le projet est bien pensé cela fonctionne »

Jean-Luc Carrot, conseiller commerce à la CCI Loire

Existe-t-il des aides pour accompagner la création ou la reprise de commerces en zone rurale ?

« Au niveau de la CCI, nous avons le programme Je lance mon projet , destiné aux porteurs de projet dans la formalisation de leur projet de création ou reprise d’entreprise. Pour la création du commerce, on a notre service entreprenariat avec un accompagnement traditionnel.

Cet accompagnement peut aussi être proposé pour les reprises d’entreprises. Il y a également une aide régionale au développement des entreprises du commerce, de l’artisanat et des services avec point de vente mais ce n’est pas spécifique aux communes rurales. »

Le commerce peut-il être pérenne dans les petites communes ?

« Pour certains projets, surtout en zone rurale, nous avons un service d’étude pour savoir s’il y a un marché ou pas. Il est difficile de dire s’il faut un nombre d’habitants minimum. Mais en dessous de 1 000 habitants ça peut être compliqué. Après ça va dépendre de l’implantation, de l’offre proposée et de ce qui existe dans les villages alentours. L’idéal est d’avoir une activité principale qui draine une autre clientèle que celle du village comme une activité de restauration ou de boulangerie. Et il faut que la commune soit en appuie complet des projets. Ça marche main dans la main entre la commune et le commerçant. »

Quelles sont les clefs du succès d’un commerce multiservice ?

« Le multiservice est le plus compliqué à analyser car on est sur des marchés très étroits. Chaque projet est différent. Il faut développer des offres et être à l’écoute de sa clientèle, par exemple en décalant certains horaires. C’est très contraignant et très complexe pour le gérant. L’offre qui marche d’un côté peut ne pas fonctionner ailleurs. C’est du cas par cas. J’ai accompagné pas mal de multiservices et globalement quand le projet est bien pensé cela fonctionne. »

« On ne peut pas faire autrement que du multiservice »

Petite commune de quelque 420 habitants, située dans le Roannais, Bully accueille depuis quelques années une auberge multiservice. Après quelques mois de fermeture, Véronica, Damien et Nicolas Grégroire se sont lancés dans l’aventure, en juin 2018, en reprenant Un Air de campagne.

« Cela faisait un an que l’on habitait à Bully quand on a vu fermer l’unique commerce du village. On s’est associé à trois avec mon mari Damien et mon beau-frère, Nicolas, pour relancer l’activité », explique Véronica Grégoire.

Elle est architecte designer. Damien, son mari, a de l’expérience dans la restauration et a quitté son emploi dans les pompes funèbres. Nicolas, lui, a une formation de boulanger-pâtissier-traiteur.

À trois, ils proposent un service complet : restauration traditionnelle, pizzeria, relais Poste, dépôt de pain, journal, bar et épicerie avec essentiellement des produits bios et locaux. On trouve de tout ou presque à Un Air de campagne , pour le plus grand bonheur des Bullyçois. « On a tout sur place. C’est génial pour nous. Sans eux, on devrait faire 14 kilomètres sinon pour trouver une Poste », se réjouit Ghislaine, une habitante de la commune.

« On ne se verse pas encore de salaire »

Mais tenir un tel commerce n’est pas chose aisée, comme l’explique Véronica : « Nous avons beaucoup de clients fidèles mais Bully ne compte que 420 habitants. Il faut proposer de nombreux services, on ne peut pas faire autrement. Les pizzas sont ce qui marche le mieux. Le point Poste nous assure aussi un revenu minimum de 300 euros. On a un grand écran. On a diffusé les matches de la coupe du Monde et on fait des projections en plein air. L’été il y a aussi des clients de passage parce que Bully est sur le chemin de Compostelle. L’ancienne gérante faisait autour de 100 000 euros de chiffre d’affaires par an. On a fait 57 000 euros en six mois. »

« Petit à petit, il faut apprendre à tout faire »

Mais au vu des efforts consentis, cela semble bien peu aux yeux de Damien : « On est ouvert du mardi au dimanche. Il faut être ouvert même s’il n’y a personne. Respecter les horaires c’est hyper important. Et le lundi, on fait le ménage et les papiers. » Proposer autant de services est autant de contraintes : « Il faut penser à plein de choses en même temps. Et petit à petit, il faut apprendre à tout faire. Je ne compte pas les heures mais on ne se verse toujours pas de salaire. »

Le doute s’est installé d’autant plus que Nicolas, venu de Cannes pour lancer le projet, souhaite retourner dans le Sud. « Il y a une richesse sociale, une entraide des villageois et plein de petites victoires. Mais il y a aussi des personnes qui râlent et ça déprime parce qu’on donne beaucoup. On est en période de doute. On hésite à changer un peu de formule et à basculer en associatif », concède Véronica.

TOUR DE LA LOIRE DES MULTISERVICES

Nandax

Rilana et Jean-François Jeff Raboutot, propriétaires du "Bistrot de Papi Jo". Ce commerce multiservice de Nandax est ouvert depuis mai 2018. Seul commerce de la commune, le "Bistrot de Papi Jo" fait épicerie, bar et restaurant de mardi à dimanche midi à partir de 7h30.

Rilana Raboutot tient le bar et s'occupe de la clientèle locale. / Photos Tan Fordeveaux
Jean-François, Jeff pour les habitués, propose une épicerie à vocation de dépannage pour les habitants de Nandax.

Saint-Just-en-Bas

La façade du commerce multiservice de Saint-Just-en-Bas. Tenue par Chantal Verdier, l'épicerie fait aussi bar-restaurant, sur réservation. Ce dernier commerce de proximité de Saint-Just-en-Bas est ouvert 7 jours sur 7 de 6h à 15h.

Chantal Verdier tient son commerce multiservices depuis 2011. En 1986 elle n'avait qu'un bar auquel s'est rajouté un restaurant en 2000, puis une épicerie depuis 2011. / Photos Tan Fordeveaux
Marie-Paule Parois (à droite), de l'association Familles rurales, vient prendre les repas préparés par Chantal Verdier pour les livrer jusqu'à St-Georges-en-Couzan.

Champdieu

Le commerce multiservice de proximité Comptoir de campagne de Champdieu dans le Forez est le premier de la petite chaine ligérienne qui avance avec la devise : "Vivre à la campagne ne veut pas dire être loin de tout !" On trouve aussi des Comptoir de campagne à Verrières, Boisset-Saint-Priest, Luriecq dans la Loire, et Charentay et Lancié dans le Rhône.

De gauche à droite : Myriam Muller (responsable), Christophe Cortes (en immersion), Adrien Bouchet(stagiaire), Christelle Chabrolhes (employée) et Loïc Pauty (achats secteur Forez). / Photos Tan Fordeveaux

Verrières-en-Forez

Comptoir de campagne est le commerce multiservices de Verrières-en-Forez.

Loïc Pauty assure le service. Des produits frais et locaux circuit court sont proposés à la vente. / Photos Tan Fordeveaux

Boisset-Saint-Priest

C'est également un multiservice Comptoir de campagne qui est installé à Boisset-Saint-Priest, dans le Forez. Le magasin propose des produits frais et locaux en circuit et fait aussi boulangerie.

Benjamin Faye (boulanger) et Corentin Bessay (employé) dans le magasin qui a ouvert ses portes en juillet 2018. / Photos Tan Fordeveaux

Planfoy

Dans la commune de Planfoy l'épicerie multiservices fait épicerie, dépôt de pain, produits locaux, plats cuisinés et bien plus encore.

Les gérants de l'épicerie sont Loïc Monpert (sur la photo) et Laurence Deneuve. / Photos Philippe Vacher

Dossier réalisé par Clément Goutelle. Photos : Sonia Barcet, Tan Fordeveaux, Clément Goutelle et Philippe Vacher

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.