Affaire Jourdain : un douloureux anniversaire Le 11 février, il y aura vingt ans tout juste que les deux ferrailleurs de Dannes ont enlevé, séquestré, violé et tué Audrey, Amélie, Peggy et Isabelle, en plein carnaval, au Portel. Cette histoire avait épouvanté la France. Elle reste impossible à oublier.

Une indienne, un mousquetaire, une marquise, un pierrot. Quatre jeunes filles, âgées de dix-sept à vingt ans. « Heureuses, souriantes », dit Marie-Josée Merlin. « Insouciantes », pour Laure Lamotte, qui n’a pu s’empêcher : « Je leur ai recommandé de rester ensemble, à quatre. Ce sont les derniers mots que je leur ai dits… »

Elle est la maman adoptive d’Isabelle et Audrey Rufin, toutes trois fraîchement arrivées de l’autre bout du département avec Virginie, la plus jeune des sœurs. Marie-Josée Merlin est la mère de Peggy et Amélie, filles de la côte élevées à la rude beauté de la région des caps, de ses pêcheurs, de ses paysages, et de son carnaval aussi, que les sœurs Merlin veulent faire découvrir à leurs amies. C’est enthousiasmant, tout simplement excitant.

Audrey, Amélie, Isabelle et Peggy. Photo repro La Voix

À vingt kilomètres de là, à peu près au même moment, deux types âgés de 35 et 38 ans, ferrailleurs, repris de justice, marginaux vivant dans un baraquement dont le délabrement n’a d’égal que celui du sens moral de leur famille, montent dans leur camionnette. Ils partent au carnaval, eux aussi, mais leurs intentions sont aussi noires que sont pures celles des quatre amies d’Outreau.

C’est le dernier jour de la fête. L’apothéose. On danse, on chante – « à tue-tête », diront les copains –, on s’amuse et la soirée passe comme ça, innocence, insouciance, c’est la vie qui commence, elle est pleine de promesses.

Jean-Michel Jourdain (à gauche), 35 ans, et Jean-Louis Jourdain, 38 ans. Photo repro La Voix

Mais Jean-Michel et Jean-Louis Jourdain rôdent. On les voit, dans leur fourgonnette aux rayures vertes. Au Portel, à la plage, à Equihen, et aussi sur la route qui relie les deux communes. Un couple les suit, même, pendant un long moment, intrigué par leur manège. Et voit parfois monter de jeunes gens dans la camionnette, histoire de boucler plus vite les trois kilomètres. Juste avant de rentrer, ce couple-là verra monter quatre personnes. Dont l’une habillée en mousquetaire rouge.

C’est le début de l’horreur. Peggy, Amélie, Audrey et Isabelle sont prisonnières des deux monstres de Dannes. La porte du fourgon est bloquée, et celui-ci roule, roule, roule vingt kilomètres, jusque la plage de Sainte-Cécile. Ce n’est plus seulement l’horreur, alors. C’est l’inhumain. Et la mort.

La camionnette des frères Jourdain est retrouvée à Dannes, au domicile familial. C'est elle qui a servi à transporter les jeunes filles jusqu'à Sainte-Cécile. Elle sera au coeur des débats lors du procès de Saint-Omer. Photo AFP

Marie-Josée Merlin ne trouve pas ses filles et leurs copines, au rendez-vous du petit-déj’, le lendemain matin. Les heures passent et l’angoisse monte, terrible, irrépressible. Il faudra huit jours aux policiers pour remonter jusqu’aux deux ferrailleurs. Qui ont eu le temps de laver leur fourgon à grande eau et même de tenter maladroitement de le repeindre. On en parle tant, depuis quelques jours, dans les journaux.

Les indications de Jean-Louis Jourdain, tout au bout de la garde à vue, finiront par conduire les enquêteurs jusqu’à cet endroit de la plage où reposent les quatre corps, sous un mètre de sable. Les quatre malheureuses ont été massacrées, suppliciées, humiliées. Les deux « frères siamois de l’horreur », comme dira l’avocat général Luc Frémiot, ne voudront jamais dire ce qui s’est vraiment passé. Ni aux policiers, ni aux juges, ni même aux mamans, si admirables, si dignes dans la douleur immense, au long des deux procès.

Infographie Jean-Philippe Dervaux

Les experts parleront de massacre, la justice les condamnera à perpétuité. La région et même bien au-delà en sera bouleversée. À jamais, ces gamines sont les enfants chéries de tout un peuple rongé par l’horreur du crime. Lors de leurs obsèques, bouleversantes, le père Leprêtre s’adressera aux quatre cercueils et interpellera la société toute entière : « Je crois qu’un jour, Peggy, Amélie, Audrey et Isabelle, vous viendrez à notre rencontre et que vous nous direz : qu’avez-vous fait de notre mort ? » C’était à la basilique de Boulogne-sur-Mer. Il y a vingt ans.

Jean-Michel Jourdain

Né en 1962, il a travaillé comme maçon. Mais c’est surtout comme ferrailleur qu’il est connu de la population de Dannes, une petite commune de la côte, qui voit en lui un marginal violent qui habite dans un taudis. Avant la dramatique nuit de février 1997, il avait déjà été condamné à 15 ans de réclusion criminelle

Jean-Louis Jourdain

Âgé de trois ans de plus que son frère, il lui est pourtant soumis. Ferrailleur lui aussi, Jean-Louis Jourdain est considéré comme un débile léger. Lorsqu’ils commettent les meurtres et les viols, il habite chez son frère Jean-Michel avec sa compagne, déficiente intellectuelle.

C’est lui qui désigne le lieu où sont enterrées les quatre victimes. Auparavant, il avait déjà été condamné à 10 ans de réclusion pour viol.

« Ce n’est pas le carnaval qui a tué mes enfants »

Vingt ans plus tard, les deux familles vivent toujours avec le souvenir des quatre jeunes filles. Au quotidien. « Depuis qu’elles sont parties, elles sont toujours là », confie Marie-Josée Merlin, la maman de Peggy et Amélie, en désignant les nombreuses photos qui habillent les murs du salon, dans sa maison du Portel. « Quand ça ne va pas, je discute avec elles. Comme pour garder le contact », ajoute-t-elle, le sourire triste.

Les dates anniversaires sont particulièrement difficiles. Mélanie, la troisième fille de Marie-Josée, appréhende toujours le mois de février. « Tous les ans, ça recommence. Des groupes partagent des hommages sur Facebook. Ça fait bizarre de voir la photo des filles en se réveillant… »

Le plus dur, pour les familles, ce sont les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux. L’une d’elles, qui tourne depuis deux ans, laisse entendre que l’un des frères Jourdain serait sorti de prison… alors que leurs peines incompressibles ne sont pas encore arrivées à échéance (fin février pour Jean-Louis, en 2019 pour Jean-Michel). «L’an dernier, on nous disait qu’ils avaient obtenu un logement social dans le coin, se souvient Mélanie. On a appelé toutes les mairies pour vérifier.» L’info était fausse, évidemment. Mais elle a suffi à réveiller le spectre des Jourdain. « Ça me fait peur pour moi et mes enfants car ils recommenceront, c’est certain », estime Virginie Rufin, la sœur d’Audrey et Isabelle. Ça n’empêche pas les sœurs des jeunes filles de continuer à vivre.

Boulonnaise pur jus, Mélanie Merlin a même repris le flambeau du carnaval, qu’elle fête chaque année au Portel. « Ça fait toujours peur à ma mère, mais je fais très attention et je suis bien entourée. » Marie-Josée Merlin ne s’y est jamais opposée. « Ce n’est pas le carnaval qui a tué mes enfants. C’est juste ces saloperies qui étaient là », lâche-t-elle en serrant les dents. Cette année, pour marquer le 20e anniversaire, les familles ont accepté de rendre un hommage public aux victimes. Pour la première fois, une cérémonie aura lieu le samedi 11 février à 11 heures devant l’hôtel de ville du Portel, à l’initiative de la mairie. « C’est une bonne idée. Ça fait plaisir qu’on ne les oublie pas. »

L'affaire Jourdain en douze dates

11 février 1997. Peggy et Amélie se rendent déguisées au carnaval du Portel avec leurs copines Audrey et Isabelle. Elles disparaissent pendant la nuit.

12 février. Marie-Josée Merlin a donné rendez-vous à ses filles Peggy et Amélie à Équihen-Plage. Mais elles ne sont pas là. Elle contacte Laure Lamotte, la mère adoptive d’Audrey et Isabelle. La police est alertée, les recherches commencent. Les proches des quatre jeunes filles fouillent les environs et placardent des affiches un peu partout.

Dès le lendemain de la disparition, la famille et les amis des quatre jeunes filles se mobilisent avec l'espoir de les retrouver saines et sauves. Ils ne savent pas qu'il est déjà trop tard...

17 février. Les jeunes filles sont toujours introuvables. Alors que la presse nationale s’est emparée de l’affaire, le parquet de Boulogne ouvre une information judiciaire pour «enlèvement et séquestration».

19 février. Laure Lamotte reçoit un appel anonyme dénonçant les frères Jourdain, des ferrailleurs de Dannes, comme suspects. Les enquêteurs se mettent sur cette piste.

Craints et rejetés par tout Dannes, les Jourdain vivaient de leur activité de ferailleurs. Photo archives La Voix

20 février. Jean-Michel et Jean-Louis Jourdain sont interpellés dans leur appartement à Étaples.

21 février. Après plus de 24 heures de garde à vue, Jean-Louis Jourdain craque. Il conduit les enquêteurs à Sainte-Cécile et désigne l’endroit où les quatre jeunes filles sont enterrées, dans les dunes de Saint-Gabriel.

22 février. Les frères Jourdain sont mis en examen pour séquestration, viols et assassinats. Ils se renvoient chacun la responsabilité de la mort des jeunes filles.

Un militaire du GIPN assurant la sécurité de l'une des reconstitutions d'octobre 2000. Photo Jean-Pierre Filatriau

11-15 décembre. Une reconstitution est organisée à Sainte-Cécile, mais les deux frères continuent de se renvoyer la balle.

16-27 octobre 2000. Les deux frères sont jugés par la cour d’assises de Saint-Omer. Ils sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté de 22 ans pour Jean-Michel Jourdain et de 20 ans pour Jean-Louis.

Un hommage à Audrey, Amélie, Isabelle et Peggy lors du procès aux assises de Saint-Omer . Photo Patrick James

18-27 mars 2002. Les peines sont confirmées en appel par la cour d’assises de Douai.

21 août 2002. La cour de cassation rejette le pourvoi de Jean-Michel Jourdain. Les condamnations sont définitives.

Marie-Josée Merlin et Laure Lamotte (à gauche), les mamans des jeunes filles, lors du premier procès aux assises en 2000. Photo Bruno Fava

24 novembre 2012. Laure Lamotte s’éteint à Boulogne à l’âge de 80 ans.

Luc Frémiot, avocat général à la cour d’appel de Douai

« Je suis toujours bouleversé. Chaque fois que je passe dans cette région. Et j’ai des images, bien sûr… La file d’attente devant le palais de justice, avant le début du procès. Des gens attendaient là avec des panneaux réclamant la mort des Jourdain. Le travail exceptionnel de l’officier de police judiciaire qui a fini par faire parler Jean-Louis Jourdain…

JE SUIS MARQUÉ À VIE PAR CETTE HISTOIRE»

Et ce moment où je descends au milieu du prétoire et l’interroge, au cœur du procès. Il vacille, raconte qu’il a mis le plus grand soin à reboutonner chacune des victimes… Mais c’est tout ce qu’on saura. Comme toute cette région, je suis marqué à vie par cette histoire. »

Me Blandine Lejeune, avocate des familles des victimes

« C’est l’affaire la plus douloureuse que j’ai eue à plaider. Celle qui a laissé le plus de traces. Ce n’est pas seulement vrai pour moi: chaque fois que je passe par là, j’ai la sensation que la région est encore imprégnée de ce drame. Je me souviens de la difficulté à parler à mes clientes.

des choses qu’on n’a jamais vues ailleurs...»

J’ai dû leur apprendre des choses d’une grande cruauté. J’avais évidemment un devoir de vérité envers ces deux mamans, mais en même temps, j’avais la préoccupation de ne pas aller trop loin dans certains détails. Il y avait dans cette histoire des choses qu’on n’a jamais vues ailleurs… »

Me Antoine Deguines, avocat de Jean-Michel Jourdain en 1997

La fin de la période de sûreté est arrivée pour Jean-Louis. Pour Jean-Michel ce sera dans 2 ans. Les deux frères sont-ils libérables dans un avenir proche ?

« Non pas du tout ! Pendant la période de sûreté, il n’y aucune remise de peine possible. Et seulement après la fin de la sûreté, des remises de peine peuvent être effectuées. Si le détenu travaille, s’il suit des cours, en fonction de son comportement général. Mais aussi de son passif.

Personne n’imagine pouvoir les remettre dehors »

Le juge d’application des peines qui libérera les frères Jourdain n’est pas encore juge, il n’est peut-être même pas encore né! Il faudrait qu’ils soient très malades, ou qu’il y ait l’assurance qu’ils soient hors d’état de nuire. Personne n’imagine pouvoir les remettre dehors. Et même si c’est autre chose, il faut imaginer comment les familles des victimes et même l’opinion publique pourraient admettre ça. »

Patrice Quételard, maire de Dannes

« J’ai reçu trois appels, à la mairie, de Jean-Michel Jourdain. Il m’a contacté depuis sa prison il y a quatre ou cinq ans.

ça fait un peu froid dans le dos

J’avoue que ça m’a surpris, ça fait un peu froid dans le dos. Il a été très correct. Il m’a dit qu’il avait entamé des démarches juridiques pour récupérer le terrain rue du Stade. Mais ça n’a pas abouti puisqu’on a récupéré la parcelle, au titre des biens sans maître, car il n’y avait pas de propriétaire connu. »

Le commissaire Muller : « Un avant et un après Jourdain »

Il était en 1997 le patron de la brigade criminelle de la PJ de Lille. Romuald Muller en est aujourd’hui le directeur interrégional, et malgré une carrière hors du commun, il reste profondément marqué par l’affaire Jourdain.

Voilà un flic aux références inattaquables comme on dit chez Audiard. Dans la région, il a arrêté les islamo-gangsters du gang de Roubaix, résolu d’autres crimes sordides comme ceux de Caroline Le Gentil ou Sandra Lecoeuche, arrêté les cyclistes de l’affaire Festina; avant cela, il avait travaillé à l’antiterrorisme sur l’attentat du DC 10 d’UTA ; après, il a traqué les gros trafiquants de stupéfiants aux Caraïbes, puis géré l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York, quand il était en poste à Washington. Un cador.

La plage de Saint-Gabriel où les quatres filles ont été tuées. Photo Guy Drollet

Mais si on s’assied devant lui, dans son bureau de la PJ de Lille, il dit sans un instant d’hésitation, l’œil d’un éclair grave: « L’affaire Jourdain, pour moi, il y a un avant et un après. » Il parle du choc psychologique reçu par les policiers, de la dimension dramatique du crime – « le nombre et l’âge des victimes, on a tous imaginé nos enfants… » – et surtout de ce moment qui l’a marqué à vie. Il suffit de le voir déglutir au moment de dire: « Les conditions de découverte des corps. On était tous là. Certains ont creusé. Ne voyant rien, on avait même demandé à Jean-Louis Jourdain s’il nous baladait et puis… ce bout d’étoffe rouge…»

QUAND ON VOIT À QUI ON A AFFAIRE… »

Le commissaire Romuald Muller devient directeur d’enquête le 17 février 1997. « Le procureur a réagi à l’avis de recherche paru dans La Voix du Nord. Il faut alors vérifier plus de 70 témoignages. » Tout reprendre à zéro. Et constater que toujours, revient ce fourgon aux bandes vertes. Chercher. Interroger. Confronter. Jusqu’à trouver le nom du nouveau propriétaire. « C’est le mercredi en fin d’après-midi que sort le nom des Jourdain. Quand on voit à qui on a affaire… » Le lendemain matin, les enquêteurs interpellent les Jourdain. « Ils commencent par nous dire qu’ils étaient chez eux, ensemble, et récitent le programme télé. Avec les mêmes mots. Vu le programme et leur niveau de culture…» Les policiers ont le fourgon, une boucle d’oreille d’Audrey à l’intérieur, et… le témoignage d’un couple qui reconnaît formellement Jean-Michel Jourdain. Ce sont eux, bien sûr.

IL LUI PARLE RELIGION, L’AUTRE CRAQUE »

Mais les filles sont-elles en vie ? C’est une course contre la montre. Un policier réussit à capter une sensibilité chez Jean-Louis Jourdain: « Il lui parle de religion. D’une sépulture décente… Et l’autre craque.» Dessine un plan. Emmène les enquêteurs. Au moment de creuser, « notre vraie mission, alors, était de rendre les corps aux familles », dit Romuald Muller, qui baisse encore un peu la voix: « Mon regret, c’est de ne pas avoir pu expliquer aux deux mamans ce que nous savions. Nous n’avions pas de téléphones portables, alors…»

Jean-Louis Jourdain dans les dunes de la plage de Saint-Gabriel lors de l'une des reconstitutions. Photo Jean-Pierre Filatriau

Les quatre corps, Jean-Louis ailleurs, l’émotion, le désarroi, la douleur… Le retour à Boulogne, pour terminer les interrogatoires et présenter les deux frères au juge, et c’est fini. C’est du moins ce qu’on croit. « C’était dur… On n’arrivait pas à se séparer… » Et encore aujourd’hui, ils n’arrivent pas à oublier.

À Dannes, rue du Stade, les voisins des Jourdain n’ont pas oublié...

Dans le village, situé entre Étaples et Boulogne où vivait en clan la famille des meurtriers, il y a eu un avant et un après affaire Jourdain. Personne n’a oublié le taudis rempli de ferraille rue du Stade. Les voisins se souviennent avec effroi de cet endroit répugnant où régnait une ambiance de cour des miracles.

Le taudis des frères Jourdain, au 42 de la rue du Stade.

C’est un bout de terrain engazonné servant de parking, en attendant un futur lotissement. Rue du Stade, où se trouvait le baraquement et l’univers sordide des Jourdain, la commune a fait table rase d’un passé trop encombrant. S’il n’y a plus aucune trace visible, le voisinage n’a pas oublié cette famille qui vivait en clan, dans la déchéance la plus totale. Patrick Magnier, l’ancien policier municipal, habitait déjà juste en face. Ses rapports de voisinage avec eux n’ont jamais été mauvais car il se faisait respecter.

«Je devais intervenir pour du tapage, des bagarres, des problèmes avec leur chien, parce qu’ils importunaient des passants, se souvient-il. Je connaissais Louis le père, Jeanne la mère. Ils ont vécu jusqu’à onze dans ce taudis avec les enfants du troisième frère, dans des conditions d’hygiène déplorables, sans eau courante. On voyait les plus jeunes passer tout nus dans la cour pour aller aux toilettes.» L’endroit, où s’entassait la vieille ferraille que les frères revendaient, inspirait de la crainte. «Les gens évitaient de passer sur le trottoir devant chez eux pour ne pas avoir de problèmes.» Tout le monde se méfiait. La corpulence des deux frères Jean-Michel et Jean-Louis avait quelque chose d’intimidant. «J’ai vu Jean-Michel sortir un moteur d’une voiture à la simple force des bras», se souvient Patrice Quételard, le maire.

même les gendarmes avaient peur »

Michel et Marie-France, eux aussi, n’oublient pas. Leur maison était mitoyenne de celle des Jourdain. «Au début, quand nous sommes arrivés, ils étaient polis. Nos rapports de voisinage se sont dégradés quand Jean-Michel est sorti de prison. C’était un peu le chef. Il avait une mauvaise influence sur le reste de la famille. À partir de là, ils n’ont cessé de nous provoquer. Même les gendarmes avaient peur. Les deux frères (qui vivaient à Étaples) étaient interdits de séjour à Dannes et pourtant, ils étaient là tout le temps.»

Aujourd'hui le terrain est devenu un parking engazonné. Photo « La Voix »

Tout le monde connaissait la camionnette qu’un ancien employé municipal leur avait revendue. C’est d’ailleurs son identification, qui a permis de remonter jusqu’à eux. Leur arrestation n’avait surpris personne. « On craignait que ça arrive. On se disait que s’ils violent ou font un mauvais coup, ils éviteront de le faire à Dannes car la première maison où tu vas c’est chez eux. ».

Dans les dunes de Saint-Gabriel, près de ce blockhaus, les corps d’Isabelle, Peggy, Audrey et Amélie ont été retrouvés sur les indications de Jean-Louis Jourdain, le 21 février 1997. Photo Guy Drollet
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