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VALERIE CORDIER "pour eux, ça vaut le coup de se battre"

Salle Combe, c’est le grenier des Templiers. Là où depuis trois semaines, dans cette ancienne menuiserie reconvertie en salle communale, le ravitaillement est entreposé pour être approvisionné sur la vingtaine d’auberges éphémères que compte les Templiers. La salle Combe, c’est le côté obscur de la course, on n’y respire pas le bon air de nos grands causses, on n’y prend pas plus la lumière et encore moins les honneurs. Le mal de dos peut s’inviter, la migraine aussi, le découragement encore plus. Faut juste accepter de lire un fichier long comme la liste de mariage de la princesse de Monaco, le Champagne, les flûtes et les petits fours en moins et de se pencher, de soulever, de porter, de trier, d’étiqueter puis de stocker au millimètre sur cette dalle de 1000 mètres carrés.

C’est également l’espace où sont triés les cadeaux des coureurs. 50 000 pièces s’ajoutant aux 50 tonnes de ravitaillement, les petites mains des Templiers ont de quoi jouer aux petites fourmis.

A trois jours de la course, le gros de la besogne a été réalisé. Hier, le groupe de bénévoles formé par la Chrysalide, cette structure de soins centrée sur la réinsertion sociale triait les dernières poches cadeau encadrée par Evelyne et Valérie, celle-ci de dire « ici, dans cette salle, je ne pense pas. Je ne dis jamais que je suis malade. Je ne veux pas m’enfermer ».

Comme chaque année depuis 10 ans, Valérie Cordier est bénévole sur les Templiers. A la mi octobre, c’est comme un rituel automnal, un passage de saison, elle pousse la porte des Templiers avec son beau blouson rose cintré et siglé « Marathon de New York ». Un blouson fétiche ? Cette question lui déclenche un petit sourire «non, non ! C’est octobre rose et en plus j’aime le rose. A la maison, j’ai un jardin d’ornement, c’est ma fleur préférée ».

Valérie a bien une fiche de mission mais elle sait quoi faire, elle s’assoie sur une petite chaise et sans rechigner, se met le nez aussi bien dans les tickets repas que dans les bacs dossards, elle souligne « je suis devenue polyvalente ». Cette année, elle sera les jours de course à la remise des trophées, à l’arrière de la scène à préparer les objets d’art créés pour honorer ceux et celles qui franchiront en vainqueur l’arche du bonheur.

Le bonheur, aujourd’hui, Valérie le savoure à chaque battement de cil, à chaque mouvement de lèvres, à chacun des mots qu’elle lâche avec beaucoup de précision « je suis heureuse de ma vie. C’est en moi et je ne veux pas m’enfermer avec elle. Je n’ai pas envie que cela s’arrête».

Le Elle, c’est la maladie, le IL, c’est le mot, cancer, qu’elle ne craint pas de prononcer. Elle vit avec, elle le regarde droit dans les yeux, elle ne cille pas, elle ne vacille pas, elle mène son combat aux côtés de Jean Gab son compagnon, sa fille Amandine et les copains, copines de la course à pied et du vélo « pour eux, ça vaut le coup de se battre. Ils me disent « allez on t’aime ». Sans oublier la famille, Nathalie qui fut autrefois championne de France de kayak, Martine, Arnaud, la maman, le papa qui fut ouvrier tourneur dans les Ardennes puis à Lille, tout ce petit monde qui au détour d’un marathon, d’une cousinade se réunit pour s’encourager, pour s’entraider.

Car Valérie est une marathonienne confirmée. Lorsque la Course du Viaduc se crée en 2007, Jean Gabriel, patrouilleur sur l’ouvrage conçu par l’architecte Norman Foster la taquine «inscrits toi car ça sera peut être la seule fois que tu pourras traverser le viaduc à pied» et « courir entre ciel et terre » tel était le slogan de cette première édition « me donna des ailes pour faire des marathons »…avec Paris, Nice – Cannes, Le Beaujolais et New York dans la boîte à souvenirs « j’ai même le projet de recourir New York en 2021 ».

Car depuis l’annonce brutale de cette maladie en une phrase, trois mots et point final « pourtant je connaissais ce médecin, on avait fait du vélo ensemble », Valérie ne croit qu'en des jours meilleurs, malgré les opérations, les traitements usant et vomissant, la très douloureuse perte de cheveux, l’angoisse des proches, les scanners « je fais mes prières personnelles». Elle jardine, elle cuisine, elle lit du Guillaume Musso, furetant dans ces énigmes bien ficelées pour s’échapper et mieux revenir dans la normalité du quotidien. Elle rêve de retrouver un job dans un centre de loisirs, elle fut directrice dans le passé « c’est une passion, c’est toute ma vie, monter des projets pédagogiques avec les enfants, ça te booste. Les enfants, c’est une grande richesse ». Elle a repris toutes ses activités physiques. Le Marathon de New York, c'est dans trois ans. C'est loin mais c'est demain.

Created By
GILLES BERTRAND
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Credits:

Gilles Bertrand Photography

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