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L'Arche à Paris au coeur du débat Newsletter N°38 - juin 2019

EDITO par Anne Delaval, directrice de L'Arche à Paris

Le grand débat national était une belle opportunité pour L’Arche à Paris d’être au coeur d’un débat citoyen pour penser la société de demain. Oui, les personnes en situation de handicap mental sont des citoyens à part entière. Elles sont conscientes des enjeux d’aujourd’hui, notamment écologiques, et forces de proposition pour contribuer à faire progresser l’ensemble de la société en apportant des idées novatrices.

Fin Février, en partenariat avec le cercle Vulnérabilités et Société, L’Arche à Paris a convié les membres d’autres associations médico-sociales du village Saint-Michel (Paris 15e) et des jeunes volontaires de service civique pour vivre un temps de débat résolument différent. Chacun a pu réfléchir, prendre part et exprimer ses opinions avec une réelle liberté. Le débat a valu autant par ce qu’il a tissé de lien social que par la lucidité, la créativité et la poésie des idées formulées.

L’écho suscité dans la presse a permis de relayer très largement cette expérience. Nous nous en réjouissons. À chaque fois que L’Arche à Paris aura l’occasion de se situer au-delà de la prise en charge, pleinement contributrice d’un débat de société, elle le fera avec enthousiasme et l’intime conviction qu’elle est dans sa mission. Celle de travailler ensemble à construire une société plus humaine.

"être citoyen c’est valoriser la personne humaine"

Le 25 février dernier, L’Arche à Paris a participé au Grand débat national en partenariat avec le cercle Vulnérabilités et Société*. Par petits groupes, des personnes en situation de handicap mental et de jeunes volontaires de Service Civique ont échangé sur la citoyenneté et l’écologie. Reportage de Sophie Bergot.

« Toi tu travailles dans quel groupe ? Citoyenneté ou écologie ? ». Benjamin m’interpelle à l’entrée de la « Salle des associations » du Village Saint Michel dans le 15e. Ce soir, près de 100 personnes se pressent pour participer à un « Grand débat » et l’excitation est palpable. J’y croise des personnes de L’Arche à Paris et des nouveaux visages, de tous horizons et de tous âges. L’enjeu est sérieux : il s’agira de faire émerger une vingtaine d’idées qui seront déposées sur le site web du Grand Débat national. « On attend beaucoup de votre imagination », lance un organisateur. Des groupes se forment pour débattre d’écologie ou de citoyenneté, autour d’un animateur. Dans un joyeux brouhaha, Jean-Louis hausse la voix pour se faire entendre de sa tablée : « Je vous propose de donner chacun votre vision de la citoyenneté ». « C’est le vivre ensemble, commence Pierre-Ivan, accueilli à L’Arche. C’est lire les journaux et avoir accès aux infos ». Ashley poursuit : « C’est avoir ses propres choix, affirmer ses goûts ». « C’est le droit d’être dans la cité et la laïcité », déclare Marcel, un sage aux cheveux blancs. Le tour de table continue. « C’est pouvoir parler et être entendu », ajoute Abou. Jean-Louis prend des notes.

Chaque idée énoncée est associée à une image, pour faciliter le vote à la fin du tour de table. Seules deux propositions seront retenues et présentées en plénière. En m’approchant d’un autre groupe, je repère une dizaine de journalistes, cahiers ou micros à la main, certains une caméra à l’épaule. L’événement sera relayé dès le lendemain dans les journaux et à la radio. Tant mieux. Ces débats adaptés aux plus fragiles sont si rares, autant en faire parler ! Je m’immisce dans un nouveau groupe qui discute aussi de citoyenneté : « Toutes les personnes, avec des handicaps visibles ou invisibles, méritent de la reconnaissance ». Une personne en fauteuil roulant insiste : « Nous voulons accéder physiquement au vote, avec un accompagnement humain. Même handicapés, nous participons à l’économie. Être citoyen c’est valoriser la personne humaine ».

Je me dépêche d’aller écouter les idées sur l’écologie, car l’heure consacrée aux ateliers tourne. Ici on a des solutions : « Éteindre la lumière, arrêter les pesticides, prendre les transports en commun, arrêter de jeter… Et pour que ça marche, il faut commencer par le faire, avec le sourire ! ». On a aussi des revendications : « Il faut arrêter le changement d’heure, ce n’est plus possible, il faut respecter le sommeil des gens ». Les idées fusent : planter des milliards d’arbres, faire des avions à énergie renouvelable, réduire le plastique, trier… Vient le moment des restitutions en grand groupe. Un binôme de chaque tablée présente deux propositions, oralement et par un mime, déclenchant de chaleureux applaudissements. Jean-Claude se laisse aller à la poésie : « Être citoyen, c’est laisser pousser les fleurs ».

Cette soirée, chaleureuse et simple, enthousiasme les participants : « Nous sommes un bel exemple de démocratie vivante », « le bien commun, il est là ce soir », « ça donne envie de faire des petits pas ». Samuel est plus ambitieux : « Il faut que les gens prennent exemple sur nous et montrer à Monsieur Macron l’ambiance. On est les meilleurs, ou au moins, on en fait partie ! ».

* Groupe de réflexion et d’action qui étudie comment la vulnérabilité peut contribuer au développement économique et social.

L'écologie et la citoyenneté sont les deux thèmes discutés dans les petits groupes

"Comment se sentir citoyen quand il y a des inégalités ?"

Les échanges lors du débat ont été riches et parfois intenses. Ils ont fait émerger une vraie conscience écologique parfois pointée d’inquiétude. Parmi les réponses possibles, l’affirmation d’une interdépendance* forte et le désir réel d’être reconnu comme citoyen pour oeuvrer ensemble à l’évolution du monde. Florilège…

Des propositions concrètes pour sauver la planète :

« Plus de transports en commun »,

« Passer à l’avion électrique à panneaux solaires »,

« Arrêter l’eau quand tu te brosses les dents »,

« Éteindre la lumière quand on n’est pas là ».

Une conscience écologique qui s’inscrit dans une vision de la société et de la planète pour faire une place d’honneur à l’interdépendance :

« Il faut se rapprocher »,

« Un tandem solidaire, personne handicapée et personne valide »,

« Se donner la main pour sauver la planète »,

« On a besoin de la terre, des plantes et des animaux »,

« La planète n’est pas une poubelle »,

« On est trop riche, on gâche trop ! »,

« Les pauvres marchent sur les décharges !

Un désir fort d’être reconnu en tant que citoyen :

« Droit de dire son mécontentement par son vote »,

« Que mon handicap ne m’empêche pas d’être reconnu dans ma vie de couple »,

« Être citoyen, c’est avoir moins peur des personnes handicapées »,

« Dans les réseaux sociaux, on n’aide pas ceux qui tombent »,

« Comment se sentir citoyen quand il y a des inégalités ? »,

« Penser avec le coeur et moins avec les intérêts économiques »,

« On ne peut pas râler si on n’a pas voté »,

« Agir autour de soi au lieu d’attendre des choses au plus grand, au plus loin »,

« Soyez acteurs de votre futur ! ».

*Concept bouddhiste pour décrire le fait que tous les éléments de la nature sont en interactions et dépendent les uns des autres pour exister.

Des propositions loin d’être «déficientes»

L’expérience de ce débat est une expérience heureuse et même joyeuse. Les participants ont envie de recommencer. C’est une conversation citoyenne inclusive dans laquelle les idées émises par les personnes en situation de handicap mental, sont loin d’être « déficientes », au contraire ! Ni liste de doléances, ni joutes d’intérêts particuliers, les idées échangées dans ce débat se sont avérées « éco-responsables », voire « socio-responsables ».

Ces propositions ont été intégrées au rapport de synthèse publié par le cercle Vulnérabilités et Société, « La voix singulière des plus vulnérables pour l’intérêt général », que vous pouvez télécharger sur leur site. Ce rapport rassemble aussi les contributions d’Adef Résidences, AD-PA, AG2R La Mondiale, Les Petits frères des pauvres, Maisons de Famille, et l’OEuvre Falret. Tous membres du Cercle Vulnérabilités et Société, comme L’Arche en France, ils se sont aussi engagés dans cette opération inédite destinée à recueillir la parole de leurs résident(e)s.

Reportage de franceinfo

Jean Vanier est mort à l'âge de 90 ans

Le fondateur de L’Arche s’est éteint le 7 mai à l’âge de 90 ans à Paris. Nous ne verrons plus sa grande silhouette, son sourire et son regard plein d’humanité et de tendresse. Nous n’entendrons plus la belle voix de cet infatigable défenseur des personnes en situation de handicap mental. Nous n’entendrons plus ses mots, pleins de sagesse qu’il aimait partager à travers le monde dans des conférences. « Les personnes ayant un handicap mental nous révèlent ce que c’est qu’être humain », rappelait-il. Jean Vanier laisse derrière lui une oeuvre magistrale pleine d’humanité, mais aussi un grand vide.

Tout commence en 1964 par une intuition. Celle que la personne la plus fragile aide chacun à accepter sa propre vulnérabilité. Ce fils de diplomate canadien, d’abord tenté par une carrière d’officier dans la Royal Navy, décide de se consacrer à la philosophie. Au cours d’une visite dans un hôpital psychiatrique, Jean Vanier fait la connaissance de Raphaël et Philippe, tous deux atteints d’un handicap mental. Touché par leur détresse et leur dénuement, il décide de vivre avec eux et achète à Trosly-Breuil dans l’Oise une petite maison pour les accueillir. Cette rencontre est le début d’une aventure humaine hors du commun. Très vite, des jeunes de France, du Canada, du Royaume-Uni, d’Allemagne se joignent à lui, faisant le choix de vivre avec des personnes ayant un handicap mental. Aujourd’hui, L’Arche est présente dans 37 pays sur les cinq continents.

Jean Vanier est aussi un grand témoin de son temps

« De quoi avons-nous le plus besoin au monde? Ce n’est pas d’être normal, mais d’être aimé et que quelqu’un croie en nous… », confiait-il. Il ne cessait de clamer la force de la fragilité dans un monde qui ne prône que la performance. De nombreuses personnalités aimaient le côtoyer, car il faisait du bien. Sa présence agissait comme un baume sur ceux qui étaient confrontés aux affres du monde. Jean Vanier n’aimait pas les honneurs. Mais il les acceptait bien volontiers, même avec joie, car il savait qu’à travers lui, on honorait la personne avec handicap mental. Il reçut notamment le prix Georges Pompidou et le Prix Templeton en 2015 et a été fait Commandeur de la Légion d’honneur en 2016. Jean Vanier appelait inlassablement au dialogue, à l’ouverture et à la paix. Parce qu’il rejoint les besoins fondamentaux et universels de tout homme et de toute femme, la voix de Jean Vanier dépasse les frontières culturelles et religieuses. Jean Vanier a été un des premiers directeurs de L’Arche à Paris. Il nous rendait visite parfois. Nous aimions l’accueillir. Il va nous manquer. Il va manquer au monde.

Les derniers mots de Jean Vanier avant de nous quittés : « Je me sens profondément en paix et dans la confiance. Je ne sais pas de quoi mon futur sera fait, mais Dieu est bon et quoiqu’il arrive, ce sera pour le mieux. Je suis heureux et dis merci pour tout. Du fond du coeur, mon amour pour chacun de vous. »

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© L'Arche à Paris - mai 2019 - Photos : Elodie Perriot

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