En Grèce, elle a changé les réfugiés en scouts Bénévole pendant trois mois dans le camp de réfugiés de Katsikas, dans le Nord de la Grèce, Clarisse van der Straten y a créé une unité scoute. L’unité « Hope ».

Clarisse van der Straten avait prévu un tout autre voyage : « Après huit mois à travers l’Europe (ndlr : Laponie, Pologne), je pensais partir en Grèce, puis remonter les Balkans jusqu’en Italie, descendre à pied d’Assise à Rome avec une copine, et de là, me mettre en chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle ». La jeune femme de 26 ans comptait voyager grâce à « Workaway » : « C’est un site internet qui reprend des endroits où il est possible d’être logé et nourri en échange de travail. » Elle a commencé son périple dans une ferme en Grèce, dans les Épires.

"Quitte à travailler gratuitement, autant le faire dans un camp de réfugiés"

Finalement, elle n’ira pas plus loin que la Grèce. Où elle passera trois mois dans un camp de réfugiés. Pourtant, on lui avait dit de ne pas s’en approcher : « On me disait de faire attention : “il y a des camps de réfugiés là-bas, ça peut être dangereux !”. Et je rassurais : “non, non, je n’irai pas… je ne suis pas sotte.” En fait, on me l’a tellement dit, que j’ai commencé à y penser. Quitte à travailler gratuitement, autant le faire dans un camp de réfugiés. »

Trouver un camp où œuvrer n’a pas forcément été simple. Clarisse van der Straten débarque au camp de Katsikas, dans le Nord de la Grèce, à septante kilomètres de la frontière albanaise. Le camp a été ouvert lorsque la route des Balkans a été fermée.

« Je devais juste y aller trois semaines. Mais j’y apprenais tellement de choses que j’y suis finalement restée trois mois. »

Dans le camp, un petit millier de réfugiés. Une majorité de Syriens qui cohabitent avec des Kurdes, des Irakiens, des Afghans, des Yazidis… « A priori, ce sont les militaires qui gèrent le camp. Mais la seule fois qu’ils m’ont parlé, c’était parce que des enfants faisaient trop de bruit pendant qu’ils faisaient leur sieste. Les volontaires sont organisés, il y a tellement de choses à faire. Tous les matins, il y a des réunions entre les bénévoles. »

Ses premiers jours sur le camp, Clarisse van der Straten les passe comme couturière. « Mes compétences en coutures étaient assez limitées, mais si on est légèrement capable de faire quelque chose, on en devient responsable et puis on apprend sur le tas. Et j’ai pu bénéficier de cours de couture particuliers donnés par un tailleur d’Alep. »

Mais le quotidien de Clarisse van der Straten n’est pas fait que de couture. Elle passe aussi une partie de son temps à l’école du camp. « Tout a commencé le matin du troisième jour après mon arrivée, alors que je ne servais à rien, un homme m’a attrapé le poignet et m’a demandé de venir faire répéter les tables de multiplications en anglais. C’est comme ça que je me suis retrouvée prof de maths. C’était le premier jour de l’école du camp, trois classes avaient lieu simultanément dans une grande tente. »

« Au début, les enfants étaient très gênés, désolés de ne pas savoir certaines choses. Pour certains, cela faisait plus d’un an qu’ils n’avaient plus été à l’école. Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas à être gênés. Et que, de toute façon, je n’étais pas une vraie prof, non plus. »

Après quelques semaines passées au camp de Katsikas, Clarisse van der Straten prend conscience que le plus grand problème des jeunes qui y sont coincés, c’est l’inaction. « Ils sont les seuls à n’avoir absolument rien à faire au camp. Les enfants vont à l’école. Et beaucoup d’autres projets de volontaires sont prévus pour les enfants. Les adultes sont généralement venus pour sauver leur famille, donc ils ont un peu plus de quoi s’occuper. Mais pour les douze à vingt-cinq ans, c’est le néant. »

Il ne faut pas longtemps pour que l’idée de créer une unité scoute dans le camp de réfugiés germe dans l’esprit de celle qui fut guide. Mais de l’idée à sa réalisation, il y a parfois un monde. Clarisse van der Straten en parle autour d’elle. Le staff ne traîne pas à se monter. Reste à convaincre les jeunes devenir des scouts. « On a affiché un panneau en plein milieu du camp pour annoncer la création des scouts, invitant les jeunes à venir s’inscrire. Le jour des inscriptions, on croisait les doigts pour qu’on ait tout de même quelques gamins qui viendrait sur la journée. Quand on est arrivé, on a été très surpris de voir qu’il y avait une quarantaine de jeunes qui qui faisaient la file pour s’inscrire. » L’unité « Hope Scouts of Katsikas » était née.

Première réunion des scouts de Katsikas

La première réunion est déjà une évasion. Les scouts quittent le camp. Ils ne vont pas bien loin. À 200 mètres de là, sur un terrain prêté par un voisin du camp. Après quelques explications sur le scoutisme, place aux jeux. Une bataille d’eau clôt l’après-midi dans l’enthousiasme. L’espace d’une après-midi, les jeunes réfugiés sont redevenus des enfants ordinaires.

Les scouts de Katsikas ont choisi de baptiser leur troupe « Hope » (espoir). L'idée, c'est de s’évader du camp pendant quelques heures. Qu'ils puissent oublier pendant quelques instants qu’ils sont des réfugiés, coincés dans les montagnes grecques à quelques dizaines de kilomètres d’une frontière qui leur est fermée.

« Tout sur le camp est baptisé "Hope", espoir. Pour ne pas le perdre. C’est un peu de la méthode Coué mais ça revient tout le temps. »

L’unité « Hope » surprend, provoque le rejet de certains. Pour l’une de ses premières véritable sortie, la troupe met le cap sur Demati, un petit village à trente kilomètres de Katsikas. « Les scouts y ont été accueillis par tout le village. Un prêtre a mis un petit terrain à leur disposition pour camper. Tout le village était dans le coup : ils nous ont préparé des plats traditionnels, ils ont emmené les jeunes en promenade dans les bois. Puis, tout à coup, le maire débarque, s’engueule avec un villageois : il dit qu’on doit partir, qu’il va appeler l’armée. Finalement, une quinzaine de villageois ont été se planter avec leurs voitures à l’entrée du village pour qu’on puisse rester ». Pour bloquer l’éventuelle arrivée de l’armée qui n’arrivera jamais.

Du coup, Demati deviendra un point de chute régulier pour les scouts de Katsikas. Sur les chemins autour du village, des amitiés improbables se créent : « Lui, il est Kurde et c’est mon ami maintenant », lance un Syrien à Clarisse van der Straten.

Le regard des Grecs sur la troupe les surprend aussi : ils sont devenus des scouts ordinaires. Plus des réfugiés.

La mer où tant sont morts

Une des activités a emmené les scouts en bord de mer. « C’était forcément particulier, vu qu’ils ont pratiquement tous traversé la mer Égée pour arriver en Grèce, que beaucoup y ont vu la mort. C’est un gros traumatisme, explique Clarisse van der Straten. Un des gamins s’est mis dans l’eau et s’est mis à faire “ les gens qui flottent ”, disait-il. On ne savait pas trop comment réagir. On a laissé faire : il avait besoin que ça sorte. »

Free hugs: "C'était pas gagné"

Le départ de Clarisse van der Straten n’a pas stoppé l’élan des scouts de Katsikas. Pas plus que la fermeture du camp. « Les réfugiés sont maintenant dans des hôtels de la région, mais les scouts continuent de se réunir », explique celle qui régulièrement reçoit des nouvelles de Grèce.

Une troupe de pionniers, plus âgés que les scouts a aussi vu le jour à Katsikas. Juste après le départ de Clarisse van der Straten, ils ont décidé d’aller en ville, à Ioannina, pour une distribution de câlins gratuits, de « free hugs ».

« Franchement, je me suis dit qu’ils allaient au casse-pipe. Parce que Ioannina n’est pas franchement la plus « refugees friendly » (amicale avec les réfugiés). Mais ça s’est super bien passé, m’ont-ils dit, photos à l’appui. Ils m’ont dit qu’ils avaient reçu des milliers de câlins. »

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Retour au pays

"Je me sentais coupable de pouvoir partir juste parce que je suis née au bon endroit"

Après trois mois passés à Katsikas, Clarisse van der Straten décide de rentrer en Belgique. "Je voulais être avec ma famille. Je me sentais coupable de quitter les réfugiés, de pouvoir le faire, de pouvoir décider de quitter le camp, d'avoir les papiers - la nationalité - qui me permettent de le faire, de ne pas être coincé là. Juste parce que je suis née au bon endroit. Ce n'est pas juste"

11 février 2017

Textes et mise en forme : Arnaud HUPPERTZ - L'Avenir / Photos : Clarisse VAN DER STRATEN - Andrea SANCHEZ - Pauline DEMANET - Hope Scouts of Katiskas

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